Être disciple de Jésus, c’est devenir voyant

Homélie du dimanche 17 janvier 2021 : Père Ollier

Chers frères et sœurs, je souhaiterais au cours de cette homélie mieux comprendre avec vous ce que signifie le mot disciple. Disciple, c’est-à-dire ce que nous sommes comme chrétiens. Être chrétien, c’est avant tout être un disciple de Jésus.

1.      Être disciple

Ce terme, faut-il le noter, appartient à l’univers chrétien. On l’oublie assez volontiers mais il est absent du corpus de l’Ancien Testament. Bien peu sont disciples dans l’Ancien Testament. On pourrait tout de même noter quelques personnalités qui s’apparentent à la vie des disciples de Jésus. Comme Elisée qui a pris la suite d’Elie tel que cela nous est rapporté dans le second Livre des Rois (2 Rs, 2-9), au temps de la royauté. Il y a un prophète qui s’est levé, plein de fougue, Elie qui a combattu le paganisme des rois d’Israël. A sa suite est venu Elisée son disciple.

Rares sont les mentions des disciples dans l’Ancien Testament. Le talmid, c’est-à-dire l’élève, qui traduit le mot disciple ne se rencontre guère, pas plus d’ailleurs que dans la littérature grecque classique.

Disciple c’est une invention du christianisme. Une invention de Jésus. Cette invention de Jésus ne sort pas simplement de son esprit ; on pourrait dire qu’elle sort de sa propre expérience. Et c’est là très rassurant que Jésus – nous appelant à être ses disciples – ait d’abord expérimenté cette condition. On l’oublie souvent, Jésus, avant de faire des disciples, a été lui-même disciple.

Il a été disciple de son cousin Jean-Baptiste. Celui-ci désigne Jésus comme :

Celui qui vient derrière moi

Cette expression signifie celui qui, se mettant en marche derrière son maître, se fait son disciple.

Jésus a été le disciple de Jean Baptiste avant qu’Il ne « passe devant lui » et qu’à son tour il fasse des disciples en réinventant la condition même de disciple.

2.      Devenir voyant

Nous le trouvons dans cet évangile selon saint Jean. Lorsque saint Jean-Baptiste a désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, s’ensuit cette scène : les disciples entendirent ce que saint Jean Baptiste disait et se mirent en marche derrière Jésus.

Se retournant, Jésus vit – et c’est très important qu’Il les voit – Jésus vit qu’ils Le suivaient et Il leur dit : « Que cherchez-vous ? » « Rabbi -ce qui veut dire Maître- où demeures-tu ? » et Il leur répondit : « Venez et vous verrez », dans une traduction plus littérale on pourrait écrire « venez et devenez voyants »

La condition du disciple c’est de voir et de bien voir. De voir l’essentiel, en regardant comme l’oreille écoute. Paul Claudel, dans un admirable livre qui s’appelle L’œil écoute, une méditation esthétique, a inventé cette expression « l’œil écoute. » L’œil voit à la manière dont l’oreille écoute. Il voit et il écoute doublement, car lorsque nous écoutons, nous prêtons l’oreille dans un même temps à une petite musique qui échappe immédiatement à l’audition, nous entendons des motifs qui apparaissent sous la vibration des voix ou des sons, nous entendons des sous-entendus, nous entendons des formes inclues dans une mélodie. Pour illustrer cela j’ai demandé à Samuel Liégeon, notre organiste, d’improviser à l’orgue après cette homélie et de cacher, dans son improvisation, deux airs connus.

 En nous exerçant à écouter, à écouter profondément ce qui nous est dit, à entendre les signaux faibles, nous nous exerçons à voir, au-delà de l’apparence, sous les voiles de ce qui nous apparaît premièrement.

Prenons un exemple. Un pauvre dans la rue, marqué par les stigmates de sa présence dans cette jungle qu’est la rue parisienne. Pour les avoir fréquentés, je peux vous dire à quoi ces hommes et ces femmes sont confrontés dans la rue : violence, solitude, dégradation.

Un pauvre dans la rue. Que voyons-nous ?

Ne verrons-nous que ce que nous voyons. Sommes-nous empêchés de voir l’enfant d’hier, qui a été porté dans les bras de sa mère, allaité, chéri, un enfant qui a joué, qui s’est ému, un enfant aujourd’hui meurtri et défiguré mais qui porte encore en lui, au fond de ses yeux, l’étincelle qui brille dans le regard de tout enfant.

Et plus l’apparence nous est ordinaire dans notre famille, dans ceux qui nous entourent, plus nous devons nous efforcer de voir l’essentiel en nous-mêmes d’abord. Dans l’apparence de l’ordinaire, une vie qui se déroule, il y a l’extraordinaire et l’essentiel de la vie comme un miracle. Chaque matin je me réveille et je me dis : « Quelle chance de vivre ». La vie n’est pas simplement un fardeau. C’est une chance immense. Chaque matin, je me réveille et je me dis comme le faisait saint Philippe Neri : « Dieu m’a conservé la foi ». Je me réveille croyant. Quelle chance formidable ! Chaque jour, je vois dans ceux qui m’entourent, mes confrères que je croise incessamment, des prêtres de Jésus Christ qui ont donné leur vie et vivent pour Lui chaque jour.

Sous l’apparence se tient l’essentiel et c’est à cela que Jésus nous convie dans l’évangile. Il ne fait aucun doute que Jésus nous a appris et nous a donné la grâce de voir l’essentiel d’une vie humaine, la dignité inaliénable de la personne humaine. L’essentiel d’une vie qui ne se donne à voir qu’à ceux qui lui prêtent attention.

Amen.

Et pour nous entraîner à voir l’essentiel, exerçons notre oreille. Ecoutons maintenant l’improvisation de notre organiste et reconnaissons les airs qu’il y a mêlés.

 

 

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