Il fait entendre les sourds

 

Il a bien fait toutes choses. Il fait entendre les sourds

Admirable conclusion de l’Évangile de ce jour. Qui appelle plusieurs remarques que je traiterai à la suite

  1. Nous sommes tous, par nature, des écoutants.
  2. Nous sommes tous aussi plus ou moins sourds. Sourds aux hommes, sourds à Dieu.
  3. Certains même n’entendent plus rien. Il leur semble que le ciel est fermé.

 

Nous sommes tous des écoutants

Nous sommes tous des écoutants, des auditeurs. Et l’audition est pour l’homme un sens premier. Examinons : nous avons tous pour respirer trois canaux : la bouche et les deux narines. Nous avons deux yeux pour voir, deux oreilles pour entendre, une seule bouche pour parler. Cette énumération signale une hiérarchie. La respiration est essentielle à la vie plus que la vue ou l’ouïe. Deux yeux pour la vision, deux oreilles pour l’écoute et une seule bouche pour parler.

L’écoute avant la parole.

« Soyez prompt à l’écoute et lent à parler. » C’est l’enseignement unanime de la Bible et de la sagesse chrétienne.

« Ecoute Israël », c’est le premier des commandements, dit Jésus, lorsqu’on l’interroge. « Ecoute, Israël, le Seigneur est ton Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même. ». Mais, le premier commandement, c’est : « Écoute ».

« Écoute mon fils, la sagesse de ton Père. Grandis dans le respect du Seigneur. » Et Jésus, dans l’évangile, ne cesse de recommander l’écoute. « C’est à la mesure dont vous écouterez que vous serez mesurés ». Et vous connaissez tous la phrase si célèbre qu’elle est passée dans le langage commun : « celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !».

Nous sommes donc tous des écoutants par nature, mais nous savons que nous sommes  plus ou moins sourds et malentendants.

 

Nous sommes plus ou moins sourds. Sourds aux autres et sourds à Dieu

Il nous arrive bien souvent lors de discussions, de répondre sans écouter, sans entendre ce qui nous est dit. Et les débats furieux que nous suivons sur les plateaux de télévision en ce moment en donnent une image caricaturale. Personne ne s’écoute, c’est la foire d’empoigne, tout le monde parle.

« Tu ne m’écoutes pas, dit l’épouse à son époux. Tu lis ton journal. Pose ton journal et écoute-moi. ».

A la condition naturelle d’écoute de l’homme, se substitue une attitude de sourd :  Ah, si seulement nous écoutions, mais nous parlons et nous nous montons la tête. Bien souvent nous monologuons pour n’aboutir à rien.

Bien souvent aussi, nous refusons d’écouter Dieu. Sa voix qui parle dans notre conscience. Avez-vous remarqué qu’aujourd’hui dans le langage commun, ce mot de conscience, non pas conscience psychologique mais conscience morale a tout simplement disparu. On ne parle plus de la conscience, de la conscience morale, de cette voix qui, en nous, dit de la part de Dieu, car c’est la voix de Dieu : « fais ce qui est bien et évite ce qui est mal. » C’est comme si cette voix de la conscience avait disparu.

Nous n’écoutons plus Dieu dans sa Loi, qui nous indique le chemin du bien. Nous n’écoutons plus, ou en tout cas pas assez, Dieu qui parle dans sa grâce, et dans ce qu’il nous offre. Et pourtant, nous chrétiens, nous avons été délivrés de la surdité du péché, car il y a assurément dans le fait d’être sourd, ou de rester sourd, une faute originelle. Par votre baptême, vous avez été délivrés de ce handicap. De même que vous avez entendu Jésus dire au sourd bègue de l’Évangile, au milieu du territoire païen de la Décapole : « Effetah ! c’est-à-dire, ouvre-toi », vous tous ici présents, au jour de votre baptême, vous avez entendu un prêtre prononcer cette parole : « ouvre-toi ». Et vous avez alors été délivrés de votre surdité.  Et si vous ne voulez pas entendre Dieu ou ne plus l’entendre aujourd’hui, c’est bien votre faute.

Mais il y a une surdité plus complète, plus grave et certainement aussi plus pénible.

 

Ceux qui ne peuvent entendre ; comment leur rendre l’audition ?

La surdité de ceux qui ne peuvent entendre, qui sont interdits d’entendre. Ceux pour qui en particulier, le ciel est fermé, la Parole de Dieu muette, pour des raisons qui sont parfois culturelles, philosophiques, de commodité ou de simple conformisme.

Comment pourront-ils guérir de cette surdité si quelqu’un ne leur parle de sorte qu’ils entendent ?

Le diocèse de Paris et, à sa suite, la paroisse s’engagent dans un chemin d’annonce de la Parole de Dieu. Nous sommes au début de ce chemin, plus exactement d’un renouvellement de ce qui fait la caractéristique de l’Évangile, de l’Eglise, l’annonce de l’évangile.  « Malheur à moi, dit saint Paul, si je n’annonce pas l’Évangile », l’Eglise est missionnaire, et sinon elle n’est plus rien. Nous n’en sommes qu’au début, nous savons que pour parler, il faut être formés ; on ne s’improvise pas apôtre de Jésus-Christ ou évangélisateur, ou témoin de l’évangile. Nous serons formés par des sessions, par des rencontres fraternelles, pour nous permettre de nous délivrer de quelques préjugés sur l’annonce de l’Évangile. Nous croyons tous que c’est très difficile, c’est faux. Parce que ce dont nous témoignons, c’est le cœur de ce que nous sommes. Dire que nous ne pouvons pas témoigner, c’est comme admettre que nous sommes incapables de dire le meilleur de nous-mêmes, de ce que nous portons de meilleur en nous. Il ne faut pas partir en croisade, mais dire simplement ce que nous avons reçu de l’Évangile de Jésus-Christ, la force de pardon, la force de paix, la puissance de résurrection, l’espérance dont on voit bien que le monde est cruellement privé ces jours.

Pour pouvoir parler, sachez écouter, sachez entrer dans le silence de l’écoute de Dieu, qui parle en vos cœurs, qui parle en votre conscience. Lorsque vous aurez été suffisamment attentifs à cette parole de Dieu en vous, elle trouvera en vous un écho pour qu’à votre tour vous puissiez parler avec grâce.

Que le Seigneur vous fasse le don d’être des témoins authentiques de l’Évangile en actes et en paroles.

Amen.

 

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