La Cène du Seigneur

Homélie du Jeudi Saint : la Cène.

Un homme meurt

Un homme meurt et  livre son testament.

Il réunit autour de lui ses proches.

Tous attendent et se demandent quelle sera la teneur de ce testament.

Tous ne le savent pas encore.

Mais tous ne pourront recevoir l’héritage.

 

Car ce que livre celui qui meurt, ne peut-être reçu que par un type d’humanité.

Une forme d’humanité qui n’est pas tout d’abord intéressée par l’avoir ou l’enrichissement.

Une forme d’humanité qui n’est pas d’abord intéressée par le pouvoir des sciences ou de la technique en leur prétention infinie.

Non, ce que livre cet homme n’est recevable que par une forme d’humanité avant tout sensible au don de soi et à la générosité.

 

Voici mon testament : mon corps

Voici mon testament, dit l’homme qui s’en va et meurt, à ceux qui sont réunis autour de lui.

-« Mon corps »

‘ Ceci est mon corps’, prenez-en soin,

c’est mon bien le plus précieux.

Vous le voyez blessé aujourd’hui.

Demain il sera mis à mort.

Recevez ce corps rompu, pour vous, à cause de vous. Soignez-le ».

 

-« Et comment le soignerons-nous ? » demandent ceux qui sont présents.

 

-« Vous le guérirez en le recevant comme je vous le donne, dans une âme généreuse.

Vous le guérirez en oubliant un temps, vous-mêmes et vos soucis.

Vous le guérirez en vous souvenant de ce corps livré.

‘Faites ceci en mémoire de moi’.

En faisant mémoire de tous ceux qui souffrent et peinent, de tous ceux qui ne sont pas même un instant regardés par vous.

Vous le soignerez, en vous souvenant de l’injustice que j’ai subie et que tant d’hommes et de femmes éprouvent encore aujourd’hui, parce qu’ils ne sont pas aimés. »

 

Ils ne sont pas aimés parce qu’ils ne sont pas des vôtres.

Mais une société fragmentée, qu’on nous annonce hélas, est une société d’empilement et non de consentement. Une société sans lien et sans liaison, interdite de parole, confinée par sa peur.

 

Or le Verbe de Dieu s’est fait homme et a consenti à notre humanité, sans distinction de sexe, de couleur ou de langue.

A cette humanité tout entière, il s’est livré tout entier, parfaitement.

 

Entre vos mains, dans quelques instants, voici ce corps livré ce jour.

Entre vos mains, dans quelques instants, cette vie très sainte.

 

Qu’en ferez-vous ?

 

Mon corps livré pour qu’il devienne votre et mon amour aussi

Devenez semblables à lui, semblables à ce corps qui se livre pour vous et pour la multitude.

Consentez à l’humanité tout entière sans distinction -et sans naïveté non plus- car consentir à l’autre c’est prendre le risque d’être refusé comme lui a été refusé.

Jésus a pris le risque et le prend encore aujourd’hui devant vous. Il a pris le risque d’être rejeté. Prenez le risque de l’être et pour les mêmes raisons. Prenez le risque d’aimer.

Qui n’a jamais fait l’expérience de se voir rejeté dans son amour ne sait pas vraiment ce que veut dire aimer.  L’homme ne vit bien qu’en aimant, qu’en aimant comme le Christ nous a aimés.

Voici mon testament, nous dit-il ce jour.

‘Ceci est mon corps livré’ par amour pour vous,

sans rien reprendre

et jusqu’au bout ».

Amen.

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