Le fidèle du Christ et les biens de ce monde

Le fidèle du Christ et les biens de ce monde

Dans l’évangile de ce 25e dimanche, Jésus nous livre une parabole qui met bien mal à l’aise quant à la conclusion où on l’entend apparemment faire l’éloge de ce gérant malhonnête : « Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ».

Il est clair que cette malhonnêteté viole les commandements de Dieu, “tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas”.
Mais pourquoi son éloge ? La suite des propos de Jésus nous éclaire : il fit certes son éloge, mais à cause de son habileté : « En effet les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière ».

Se trouvant dans une situation difficile, puisqu’il va être licencié et donc sans ressources, le gérant trouve rapidement le moyen de s’assurer une vie tranquille dans le futur. C’est ce que Jésus veut mettre en relief ; le fait qu’il n’a pas cédé à la peur et à l’angoisse, qu’il ne soit pas laissé aller au découragement. Il réfléchit, et trouve une solution : « Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’ai pas la force. Mendier ? J’aurai honte ». Il écarte ces deux solutions qui sont de l’ordre du possible mais auxquelles il se refuse. Ayant encore un pouvoir de décision, nous avons entendu toute sa gymnastique pour s’assurer la reconnaissance de ses débiteurs lorsqu’il n’administrera plus les biens du maître.

Jésus ne nous donne donc pas cet exemple pour nous apprendre ou nous encourager à la malhonnêteté mais plutôt pour stimuler en nous une forme d’habileté, susciter en nous une certaine émulation. C’est comme s’il nous disait, ces gens ne se laissent pas décourager par les circonstances et trouvent des solutions ; encore faut-il que vous qui êtes mes disciples, vous soyez aussi ingénieux et habiles, que vous sachiez trouver des solutions originales en faisant preuve de dynamisme et d’inventivité.

Ce message du Christ, ce conseil, cette exhortation ne sont pas restés lettre morte. Nous voyons comment nous essayons de redynamiser l’Église à une échelle universelle, nationale, paroissiale. C’est dans cette dynamique que le Pape François a pensé ce synode sur la synodalité. Penser une nouvelle forme de gouvernance de l’Eglise à travers la communion, la participation et la mission. Dans notre paroisse, on s’est donné comme ligne de conduite trois axes : l’accueil, la fraternité et la mission.

Sur le plan personnel, nous devons cultiver ce dynamisme que Jésus recommande et nous poser cette question :

Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Que dois-je faire pour vivre en fidélité avec l’évangile, avec les lois de l’Eglise ?

Jésus nous donne un conseil bien précis dans cette quête de dynamisme : l’amitié.

Jésus vous dit : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». Dans cette formule au cœur de la parabole, se dégage une leçon essentielle : le bon emploi des richesses, c’est de faire de l’amitié, de mettre de l’amour dans les relations. Ces amis dont il parle, ce sont les pauvres, les nécessiteux. Si nous les aidons, alors ils seront nos avocats, nos défenseurs auprès du Père. La parabole du pauvre Lazare et de l’homme riche illustre bien cela.
A travers ces pauvres, ces miséreux, c’est le visage du Christ qui est là présent. Chaque fois que nous nous mettons à leur service, c’est lui que nous servons. (J’avais faim, soif, malade, j’étais nu, étranger, en prison… chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait).

Le meilleur usage des biens matériels, nous dit Jésus, c’est donc un cœur qui partage, qui sait donner de la joie à ceux qui n’ont rien ou qui ont moins que nous. Bonne nouvelle pour les riches qui savent maintenant comment ils peuvent se sauver, et entrer dans les demeures éternelles le jour où l’argent ne sera plus là, parce que eux ils ne seront plus de ce monde.
Dans la suite de son enseignement, Jésus attire notre attention sur la tentation de s’enrichir à tout prix et les dangers auxquels cela peut exposer : «celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?»

Il qualifie l’argent de malhonnête, d’autres traductions parlent de trompeur. L’argent peut être bien trompeur, constituer pour nous un piège pouvant nous détourner de Dieu et aussi du prochain. C’est vite fait de se laisser aliéner, posséder par les biens de ce monde. Il est plus que vital et salutaire de choisir entre l’esclavage de l’argent et le service de Dieu : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent ».
A ce propos Saint Paul donnait un précieux conseil à Timothée son enfant dans la foi, un conseil bien utile à tous : « En effet, nous n’avons rien apporté dans le monde ; de même nous n’en pouvons rien emporter. Si donc nous avons nourriture et vêtement, nous nous en contenterons. Quant à ceux qui veulent s’enrichir, ils tombent dans le piège de la tentation, dans de multiples désirs insensés et pernicieux, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. La racine de tous les maux, en effet, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livré, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l’âme de tourments multiples ». (1 Tim 6, 7-10)

C’est bien cette recherche effrénée de l’argent que dénonce aussi le prophète Amos dans la 1ere lecture. Ceux qui agissent ainsi, agissent selon l’esprit du monde qui n’a aucune pitié pour les pauvres mais se contente de jouir des avantages que la situation offre, au besoin par des moyens malhonnêtes voire inhumains : « Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales ».

Ce qui est ici dénoncé est toujours d’actualité et il est plus qu’urgent que nous entendions l’appel d’Amos pour la construction d’un monde plus juste et fraternel, un monde qui respecte et préserve la dignité de la personne humaine.

Comme nous y exhorte Saint Paul dans la 2e lecture nous pouvons prier à cette intention. Prier les uns pour les autres, c’est aussi une forme d’amitié, de solidarité, en ayant une pensée toute particulière pour les chefs d’Etat, et ceux qui exercent une quelconque autorité dans la société civile comme dans l’Eglise, ceux dont les actions interfèrent sur la vie des citoyens et des fidèles du Christ.

Que le Seigneur nous donne à tous et à toutes ce dynamisme dont nous avons besoin. Nous sommes des pèlerins en marche vers la Jérusalem céleste et le seul commandement qu’il nous donne c’est de nous aimer les uns les autres, comme il nous a aimés.

Amen.

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