10 mai 2018. Année B. Ascension

« Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné ».
Comment comprendre de telles affirmations ? Pendant des siècles, on en fit une lecture littérale, imaginant la condamnation des mécréants, et supposant, sans le dire, que les mécréants, c’étaient évidemment les autres. On avait bien un peu conscience de faire alors une lecture de pharisien mais on se posait aussi des questions sur ce verset. On voyait mal comment un jugement sur le seul critère de la foi pouvait concorder avec le reste des évangiles qui annonce que nous serons jugés sur l’amour. On ne savait pas très bien comment prendre ce verset. On était pris entre une lecture à la lettre, intransigeante et contredisant finalement la miséricorde et une lecture une lecture lénifiante qui aurait carrément censuré l’évangile, jusqu’à ce que l’on découvre que l’on était en présence d’une forme grammaticale bien particulière et assez fréquente dans les textes bibliques : la répétition sous la forme d’une double négation, comme par exemple : « Tout homme à qui vous remettrez leurs péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus » ou encore, un autre exemple « il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ; il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides ». Une première phrase affirme une réalité : « celui qui croit sera sauvé ». Une deuxième phrase la répète sous la forme doublement négative : « celui qui refusera de croire sera condamné ». C’est un procédé d’insistance, qui ne traite en rien la question du salut des non-croyants. C’est le propre des langues orales : on dit et l’on répète avec plus d’emphase pour être sûr d’avoir été bien entendu car il s’agit d’une vérité fondamentale. Mais le passage, mot à mot, en français qui est une langue toujours inquiète des sous-entendus et façonnée par l’esprit juridique, risque le contresens. De l’affirmation que la foi apporte le salut, on en conclut la condamnation des trois quarts de l’humanité !
Un dernier exemple pour achever de vous convaincre : « je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs ». L’affirmation « Dieu appelle les pécheurs » est répétée par sa double négation « je ne suis pas venu appeler les justes ». Mais ce verset n’entend évidemment pas exclure les justes de l’appel de Dieu.
Ce que nous devons retenir, parole de Jésus ressuscité, c’est que celui qui croira et sera baptisé, c’est-à-dire qui ne croira pas seulement un jour en passant mais s’engagera dans une vie de foi, celui-là sera sauvé. Ceci ne fait que reprendre au fond tout le message du Jésus historique dont le sens même de la vie était le salut de tous les hommes. « Ta foi t’a sauvé », disait Jésus à ceux qu’il guérissait.
Mais de quelle foi s’agit-il ? Le verset de l’évangile ne dit pas que celui qui croira en Dieu ou en Jésus sera sauvé. Il ne l’exclut pas cependant. Il existe donc une foi qui précède ce que nous appelons la profession de foi. De quoi est-elle faite ? De ce mouvement où nous osons poser les bases d’une vie meilleure. J’ose cette confiance en moi-même, en l’autre, en la vie. Je consens à renaitre à la réalité qui m’est donnée. Je me risque à cette humble liberté où je tourne le dos à l’imitation servile des autres ou à l’injustice. La foi m’aura sauvé de la peur et de l’aliénation. La foi m’aura ouvert un avenir gracieux. Je peux partager avec tout homme cette expérience de la foi qui sauve car tout homme cherche à structurer sa vie sur ce qui a du sens.
Mais une foi consciente ne peut rester très longtemps sans objet. La foi a besoin de s’appuyer sur un contenu de la foi. Sans contenu, la foi risque de se réduire à un vague optimisme, de nous isoler dans
nos rêves. La foi a besoin de rencontrer le chemin de foi des autres, de se confronter à leur expérience. Alors, au contact de la tradition biblique ou d’une annonce explicite de la Parole, se produit cette étincelle où nous découvrons que le destinataire final de notre foi ne pouvait être que l’amour même de notre Père. Nous osons une profession de foi en Dieu, en Jésus, dont le baptême est le moment charnière.
« Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ». Cette petite phrase aura dessiné notre vie comme un chemin de salut, comme une découverte progressive, comme une belle aventure spirituelle, fruit de ce que nous avons osé engager de nous-mêmes et de ce que les autres y ont fécondé.

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