17ème dimanche de l’année A, 30 juillet 2017.

Année A. 17ème dimanche. 30 juillet 2017.

Le Royaume des cieux est une réalité avec laquelle nous sommes tous en relation, croyants ou non-croyants. De la même façon que le fait d’être dans le monde nous met en relation avec ce monde, le fait de vivre nous établit dans une relation avec la vie, que nous nous fassions une philosophie de la vie ou pas. Le Royaume des cieux est la dimension spirituelle de la condition humaine. Tous n’en ont pas conscience. Un peu comme le bonheur, on peut être heureux sans le savoir, sans y penser, sans s’en soucier. Cependant aucun être humain ne peut se considérer comme étranger à ce vrai bonheur qui est d’accéder à la plénitude de sa dimension humaine qui trouve son couronnement dans la dimension spirituelle. C’est pourquoi le Royaume des cieux nous est si lointain et si proche.

Nous pouvons donc nous reconnaitre à la fois dans les deux personnages des paraboles : l’homme qui vaquait à ses occupations dans un champ et qui trouve un trésor alors qu’il ne le cherchait pas et l’homme qui a consacré toute sa recherche à ne chercher qu’une seule chose. Les deux petites paraboles se ressemblent. Les deux hommes vendent tout ce qu’ils possèdent pour acquérir ce nouveau bien mais au départ, leurs attitudes ont l’air totalement contraires. Le premier ne cherchait pas de trésor mais il n’était pas indifférent au désir d’en trouver. Il était donc déjà en relation avec lui. Si le trésor n’était vraiment rien pour lui, si celui-ci n’existait pas à ses yeux, le fait de le trouver n’aurait pas constitué un évènement. En le trouvant, il n’aurait rien trouvé ; il l’aurait remis à sa place comme s’il n’avait rien trouvé. Mais à sa réaction, nous voyons que, quoique n’y pensant jamais, le trésor occupait une grande place dans son esprit. Et nous l’imaginons aisément en train de se dire : « Et dire que je circulais ici depuis des années, que je lui marchais dessus sans savoir qu’il était là ! » L’histoire de cet homme et de ce trésor apparait comme une longue histoire, inconsciente, que la découverte manifeste brutalement. Il en est ainsi de notre relation au Royaume de Dieu. Il arrive par exemple que des gens qui se présentent comme indifférents aux questions spirituelles, qui ne semblent préoccupés que du train-train des choses matérielles, se motivent tout à coup pour des questions de morale, de justice, de bon sens, prêts à leur donner toutes les priorités plus que bien des gens qui affichent par principe de l’intérêt pour ces questions spirituelles.

Et l’homme qui, à l’opposé, a fait de sa vie une recherche consciente et méthodique du trésor qui méritera d’y mettre toutes ses économies, n’est pas tellement plus avancé que notre premier personnage. Tout se joue à cet instant de la découverte, à ce moment de lucidité où l’on prend conscience qu’il s’agit d’un trésor.

Qu’est-ce qu’un trésor ? Les paraboles de l’évangile nous donnent l’exemple de biens ayant valeur pécuniaire mais nous savons qu’elles utilisent le langage figuré. Le trésor est ce pourquoi nous allons risquer gros, faire acte de liberté, de volonté : poser un choix personnel. C’est une expérience proprement humaine. Il y a de grands trésors, de ces décisions qu’on ne prend qu’une fois dans la vie comme se marier ou faire un choix de grande importance dont l’évidence nous a sauté aux yeux. Et puis il y a des petits trésors qui sont petits parce qu’ils sont ceux pour lesquels nous n’avons pas encore vraiment choisi, où nous ne sommes pas sûrs que le bénéfice que nous allons en tirer sera meilleur que le prix que nous y mettrons. Par exemple ce que nous devons abandonner de nos modes de vie pour avoir une planète en meilleur état.

Pour la gestion de nos petits cas de conscience quotidiens, c’est plutôt la parabole des pêcheurs assis à trier le résultat de leur pêche qui nous correspond. Ici, la prise de décision n’est plus exaltante comme pour les grandes causes mais indispensable aussi. Le Royaume des cieux n’apparait plus seulement intuitif mais très réfléchi. Il est aussi proprement humain d’avancer pied à pied, de distinguer le bon du mauvais, de séparer le vrai du faux dans tout ce qui nous passe entre les mains. Cela est indispensable à la conduite de la vie humaine. Saint Matthieu, encore une fois, y va de son commentaire en nous projetant en plein jugement dernier, comme il le fait à chaque fois qu’il ajoute un commentaire aux paraboles.

L’entrée dans le Royaume des cieux est le véritable enjeu de notre existence.

 Père François d’Antin

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *