29 avril 2018. 5ème dimanche de Pâques.

5ème dimanche de Pâques. Année B. 29 avril 2018.

Pour rassurer la communauté de Jérusalem qui a peur de Saul et de son passé de persécuteur, Barnabé le présente comme devenu disciple. Saul, dit-il, a vu le Seigneur, qui lui a parlé. Par la suite, Saul s’est exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dans cette présentation de Barnabé, chaque mot importe. Nous voyons que la vision de Jésus ne peut être séparée de l’écoute de sa parole et du témoignage rendu en son nom.

« Saul a vu le Seigneur ». Cette expression est la formule typique pour dire la foi au Christ ressuscité. Rappelons la toute première annonce de la résurrection : Marie-Madeleine annonce aux disciples qu’elle a vu le Seigneur et leur redit les paroles qui lui furent dites. Notons ici encore le lien entre la vision du Seigneur, et la parole entendue qui doit également être annoncée. Plus tard, les disciples annoncent à Thomas qui a manqué la première rencontre : « Nous avons vu le Seigneur ». Mais ici, Thomas les interrompt et leur empêche de dire ce que le Seigneur leur a dit. Ce témoignage tronqué devient alors irrecevable pour Thomas. C’est qu’avoir vu le Seigneur, comme cela, indépendamment d’une parole annoncée, pose de sérieuses questions.

Saul a-t-il vu le Seigneur ? En fait de voir, il n’a rien vu. Il est même devenu aveugle sur le chemin de Damas. S’il voyait, il ne voyait rien d’observable. Il ne voyait qu’avec un regard intérieur. Et d’ailleurs, comment aurait-il pu voir un Jésus qu’il n’avait auparavant jamais vu ?

Comment Marie-Madeleine a-t-elle vu le Seigneur ? Elle voit Jésus sans le reconnaitre. Elle ne voit qu’un jardinier. Elle doit se retourner deux fois, faire un tour complet sur elle-même, pour voir le Seigneur, c’est-à-dire pour comprendre. Mais au moment où elle le reconnait, le récit évite bien de dire qu’elle le voit. Car il est impossible de voir le Seigneur sans comprendre qu’il est ressuscité.

Voir le Seigneur, ce n’est pas identique à reconnaitre Jésus. Jésus pourrait être reconnu à sa physionomie, à sa voix. C’est ainsi qu’avant sa mort, on le reconnaissait. Mais le ressuscité n’est jamais reconnu ainsi car Jésus n’est plus visible ainsi. Dès qu’il est reconnu, il disparait. On ne voit le ressuscité que dans une vision intellectuelle, non charnelle. On le voit sans voir. « Heureux qui croit sans avoir vu ». On ne le voit qu’avec les yeux de la foi. Le ressuscité ouvre les yeux des pèlerins d’Emmaüs en leur expliquant les Ecritures. C’est là qu’on voit que Jésus est ressuscité ; c’est parce qu’on y entend la Parole, la Loi, les Prophètes et les Psaumes, commentés par Jésus. Nous retrouvons le lien organique entre la vision du Seigneur et l’écoute de sa parole.

Résumons : avoir vu le Seigneur est l’expression qui sert à désigner cet évènement, ce retournement où l’on devient croyant. Car la foi est un regard jeté sur le monde, sur Dieu, sur la vie…  La parole apparait comme accomplie ; c’est là qu’est la véritable apparition.  Et cette parole devient vivante en nous au point de nous rendre capables de dire nous-mêmes une parole aux autres.

Comment les premiers chrétiens ont-ils vu le Seigneur ? Comme nous finalement. N’ont-ils pas été gratifiés d’apparitions particulières ? De fait, ils figurent dans des récits où ils voient le Seigneur, parlent et mangent avec lui. Mais c’est comme à notre place. C’est pour nous mettre en scène. Et c’est pour cela que ces récits nous touchent.

Cependant, nous n’osons pas dire aujourd’hui que nous avons vu le Seigneur. Cela ferait sourire. Nous préférons parler de rencontre, de découverte, ou de révélation, tous ces termes entourés de guillemets. C’est que, déjà, le Nouveau Testament réserve cette expression d’ «avoir vu le Seigneur » aux apôtres, comme pour ménager la qualité du premier témoignage, comme pour conférer à ces colonnes de l’Eglise que sont les apôtres, une autorité incontestable. C’est l’histoire sainte de l’Eglise : les apôtres ont vu le Seigneur. Nous ne pouvons pas leur voler cette première place.

Si Barnabé explique en ces termes que Saul a vu le Seigneur, c’est bien pour le présenter en tant qu’apôtre. Car Saul n’est pas seulement devenu disciple mais l’apôtre des nations. C’est en réalité l’envergure de la parole de Saul que Barnabé présente et qui prouve qu’il a vu le Seigneur.

Dans le première aux Corinthiens (9,1), Saint Paul se défend des critiques à son égard : « Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur ? N’êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur ? Si pour d’autres, je ne suis pas apôtre, pour vous du moins, je le suis. Car c’est vous qui, dans le Seigneur, êtes le sceau de mon apostolat ». La vision de foi qui a rendu Paul apôtre donne à Paul sa valeur de témoin. Pour les corinthiens, Paul est digne de confiance pour qu’eux-mêmes posent leur acte de foi. Il a vu le Seigneur. Ils peuvent oser prendre la parole à leur tour.

Père François d’Antin

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