29 juillet 2018. 17ème dimanche. Année B.

Année B. 17ème dimanche. 29 juillet 2018.

« Où pourrions-nous acheter… ? » Il y a les choses qui peuvent s’acheter, ce qu’on trouve dans le commerce, et les choses qui ne peuvent s’acheter, parce qu’elles ne sont pas à vendre, ou parce qu’elles sont gratuites. En français, quand nous disons qu’une chose n’a pas de prix, cela veut dire ou bien que le prix n’est pas indiqué, ou bien que le prix est sans commune mesure avec nos moyens. Les choses de grande valeur n’ont pas de prix. « Où pourrions-nous acheter ? » Il n’y a pas d’endroit pour acheter ce qui n’a pas de prix. Philippe fait des calculs mais Jésus lui parle d’un autre monde, du monde de ce qui n’a pas de prix.
Puisqu’il s’agit non d’acheter mais de donner, puisqu’il faut entrer dans le monde des choses gratuites mais de grande valeur, André se heurte à un autre obstacle qui est la petitesse de ce que nous pouvons donner. Spontanément personne n’a rien à donner. Mais il y a ce jeune garçon dont on ne sait pas d’où il vient ; il a cinq pains d’orge et deux poissons. Cinq et deux sont les chiffres de la Torah. Les pains d’orge rappellent l’histoire d’Elisée, en première lecture. Cinq pains et deux poissons, c’est peu de choses mais ils symbolisent beaucoup : la longue histoire de l’Alliance entre Dieu et Israël. Dans le monde du symbole, ce qui est petit sert à évoquer ce qui est grand. Un échantillon signifie l’ensemble. André ne voit que la surface des choses mais Jésus lui parle d’un autre monde, du monde de ce qui a du sens dans lequel on entre par le moyen du symbole. Un autre monde qui n’est pas un monde ailleurs de celui-ci, mais un monde à l’intérieur de celui-ci.
D’un côté, le monde de la contingence, un monde limité et changeant, celui, semble-t-il, où nous vivons constamment, celui où l’on ne cesse de s’occuper de matériel, de compter notre temps ou notre argent. De l’autre, le monde où l’on ne compte plus, où un instant vaut une éternité, un monde hors limite, de surabondance et de plénitude. Autant il est facile de parler du monde contingent. Chaque mot signifie ce qu’il signifie. Tout y est concret, opérationnel. Autant il est difficile de parler du monde de la plénitude ; il est comme indicible. Et nous n’avons à notre disposition que la parabole, la métaphore, l’analogie. Ceci n’empêche pas le monde de la plénitude d’exister ni d’être la dimension essentielle de notre existence.
Notre vie aura été jalonnée d’expériences de plénitude. Prenons quelques exemples. Un jour, le sentiment de vivre nous saisit et nous prenons conscience que tout est là, que cela nous suffit… La gentillesse de nos amis nous confond de reconnaissance et nous gardons dans notre coeur ce secret qu’aucune parole ne saurait convenablement exprimer… Le bonheur d’être père ou mère laisse les jeunes parents sans voix et les modifie en profondeur. Sont-ce là des expériences rares ? Certains ont le sentiment de vivre une vie de plénitude, d’autres d’en rester à jamais étrangers.
A plusieurs reprises, l’évangile de Saint Jean souligne le surgissement de la surabondance sous l’action de Jésus. Rappelons les noces de Cana, avec les 600 litres d’eau changés en vin. Rappelons la parole de Jésus à la samaritaine d’une eau devenant source jaillissant pour la vie éternelle. Rappelons encore la parabole du bon berger venu pour que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance (Jn 10, 10). Mais cette surabondance ne vient régler aucun problème économique. Ceux qui veulent faire de Jésus leur roi sont hors-sujet. La surabondance de Jésus ne confortera pas l’aisance des plus malins. Elle est un signe offert à tous, une lumière jetée sur la condition humaine. A la multiplication des pains, la distribution se fait dans le calme alors qu’il n’y a pas vraiment de service d’ordre. Les premiers servis n’en auront pas plus que les derniers, ni l’inverse. « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ». La surabondance a ôté toute peur. Il n’y a aucun gaspillage non plus. Rien n’est perdu. Ceci signifie, puisque nous sommes dans le monde du symbole, que personne n’est perdu. Personne ne sera oublié.
A nous qui demeurons dans la vie quotidienne, inquiets du bon déroulement pratique de multiples détails, l’évangile de la multiplication des pains nous a fait prendre place à la table de Jésus, nous asseoir sur les prés d’herbe fraiche des merveilles de Dieu. Nous ne pouvons pas chercher à instrumentaliser cette expérience. Nous devons seulement nous en émerveiller et laisser cet évènement féconder notre existence.

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