4 février 2018. 5ème dimanche du temps ordinaire. Année B.

5ème dimanche. Année B. 4 février 2018.

L’évangile de Saint Marc commence par un week-end à Capharnaüm et finit par un week-end à Jérusalem, celui de Pâques. Mais à l’intérieur de celui de Capharnaüm, on aperçoit déjà celui de Pâques. C’est ce qu’on appelle, en analyse narrative, une mise en abîme.

Pendant la journée du samedi, Jésus se met au service des malades, des personnes tourmentées, ce qui évoque déjà l’abaissement du Christ en sa Passion, « guérissant nos blessures ». Le dimanche, Jésus se lève bien avant l’aube et tout le monde s’inquiète de son absence, ce qui déjà laisse entrevoir la résurrection. Mais Jésus, échappant à toute main mise sur lui, met ses disciples dans le mouvement de la mission, l’annonce d’une Bonne Nouvelle qu’on ne peut garder pour soi. Au cours de ce premier week-end à Capharnaüm, qui paraissait à première vue assez anecdotique, c’est déjà le mystère de la personne de Jésus qui transparait, mystère de mort et de résurrection.

Au sortir de la synagogue, « tous s’interrogeaient ». Mais quelques instants plus tard, les habitants de Capharnaüm ont pris leurs habitudes avec Jésus et la ville entière s’installe à la porte de la maison de Simon. Les habitants de Capharnaüm se retrouvent presque dans la situation du possédé de la synagogue qui savait qui était Jésus et tout ce qu’on pouvait tirer de lui. Le départ de Jésus casse leur rêve, comme il cassera celui de ceux qui voulaient faire de Jésus leur roi. Jésus n’est pas venu pour l’amélioration du confort d’un petit groupe. Jésus surprend et déroute, même ses disciples.

Ce week-end à Capharnaüm nous fait aussi revivre l’itinéraire des premières communautés chrétiennes, qui ne se rassemblent plus à la synagogue mais dans la maison de l’apôtre, à Capharnaüm la maison de Simon. C’est le passage d’un judaïsme des préceptes, symbolisé par la synagogue, au culte en esprit et en vérité, qui n’a plus besoin d’un lieu religieux mais qui se vit dans la vie profane, à la maison ou devant la maison, au contact de la société. Tout irait bien si Jésus, attentif à ce que Dieu lui suggère dans la prière, ne décidait pas de s’en aller ailleurs. De cette manière, Saint Marc interdit aux communautés chrétiennes de s’enfermer dans leur contentement et leurs certitudes. La communauté ne sera pas seulement le lieu où l’on jouit de la présence de Jésus, mais aussi celui où l’on éprouve son absence, où l’on prend conscience qu’il nous précède en Galilée. Le fait que Capharnaüm soit désertée le dimanche matin évoque l’expérience du tombeau vide. Les femmes venaient au tombeau pour s’occuper du corps de Jésus, pour le saisir à pleines mains mais il a disparu. Et c’est maintenant sous la forme d’une Bonne Nouvelle à proclamer qu’il apparait.

C’est le même itinéraire que suivirent les premier missionnaires chrétiens, Paul, Barnabé et les autres : dans les synagogues d’abord, puis dans les maisons, puis dans les lieux publics, enfin, au contact de tout homme, dans une série de désinstallations personnelles. Cet itinéraire fut, à l’origine, celui de Jésus, lui-même. Il est encore celui du ressuscité, aujourd’hui. Dans notre page d’évangile, Jésus n’arrête pas de sortir et de faire sortir : il fait sortir le démon du possédé de la synagogue puis il sort lui-même de la synagogue ; il sort de Capharnaüm vers un endroit désert. Il annonce : c’est pour cela que je suis sorti. Et les femmes, au matin de Pâques, sortiront de la même façon du tombeau. C’est le même verbe dans toutes ces phrases.

 

L’évangile de Saint Marc est un évangile du questionnement. C’est pourquoi, au cours des siècles, on lui a préféré l’évangile de Saint Matthieu, plus affirmatif. C’est pourquoi on le redécouvre aujourd’hui, où l’on s’efforce de penser la vérité, moins comme une que comme complexe, où Jésus apparait insaisissable quand il fait taire tous ceux qui tentent de le nommer et de l’enfermer dans les limites du connu. Saint Marc aime souligner l’incompréhension des disciples qui doivent rester dans un état de veille permanente. Son évangile est une invitation vers un ailleurs : « Partons ailleurs », vers ce nouveau monde qui est celui du Règne de Dieu, qui vient là où les premiers sont derniers, où celui veut sauver sa vie la perd.

Le Christ ne peut être un objet brandi par ses disciples. Ceux-ci ne peuvent avancer que les mains vides, à la recherche de Jésus, ne possédant que la mission de proclamer la Bonne Nouvelle.

 Père François d’Antin

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4 février 2018 – 5 ème dimanche du temps ordinaire – Année B

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