4 mars 2018 – 3ème dimanche de carême – Année B

Année B. 3ème dimanche de carême. 4 mars 2018.

Par deux fois, l’évangile nous a signalé le petit exercice de mémoire des disciples. La première fois, les disciples se rappelèrent un verset de l’Ecriture, et la deuxième fois, après sa résurrection, ils se rappelèrent la parole de Jésus.
Pourquoi notre récit a-t-il voulu insister sur ce travail de la mémoire ? Notons bien qu’ici la mémoire ne s’exerce pas sur le déroulement de ce qui s’est passé mais sur le sens de ce qui s’est passé, et que les paroles retenues viennent révéler.
En français, le souvenir peut être compris dans un sens faible ou dans un sens fort. Se souvenir au sens faible, c’est avoir des souvenirs qui ne modifient pas notre présent, comme par exemple des souvenirs anecdotiques ou des souvenirs nostalgiques. Je me souviens des meringues délicieuses de ma grand-mère. C’est un souvenir merveilleux mais cela n’a aucune incidence aujourd’hui, même pas sur ma consommation de gâteaux. Ces souvenirs nous viennent et parfois nous les suscitons pour nous consoler du présent, qui, heureusement ou malheureusement, n’a rien à voir avec ce passé.
Se souvenir au sens fort, c’est puiser dans ses souvenirs des raisons d’agir pour modifier le présent. Ces souvenirs apportent des racines à nos décisions d’aujourd’hui. Ils permettent de leur donner du sens, d’étayer nos choix. C’est dans ce sens fort que les disciples se rappellent les paroles de l’Ecriture et celles de Jésus. « Faites ceci en mémoire de moi » ; c’est le même mot grec que dans les deux phrases de notre évangile. La mémoire au sens fort suscite un faire.
Notre mémoire conserve ou élimine beaucoup de choses. Elle nous apporte ou nous refuse l’information que nous lui demandons comme le ferait une bibliothèque plus ou moins bien rangée. Mais c’est la mémoire au sens faible qui agit ainsi et qui se présente comme un objet mort tandis que la mémoire au sens fort est vivante puisqu’elle nourrit en profondeur notre existence. Notre relation à Dieu peut être vécue comme une série d’informations que nous avons rangées dans notre bibliothèque mémorielle et que nous pourrons toujours sortir le jour où nous en aurons besoin, ou bien elle peut être vécue comme une réalité en pleine activité, comme un volcan qui ne serait pas éteint, qui exercerait sa poussée même si l’on ne voit pas les fumées s’échapper de son sommet. Cette mémoire vivante agit parfois à notre insu. Le psychanalyste italien Massimo Recalcati raconte qu’un jour, il a découvert qu’il tenait sa vocation de psychanalyste de son père alors qu’il n’avait pas une bonne relation avec lui. Son père était fleuriste et ne s’intéressait pas beaucoup à ses enfants. Il est arrivé à ceux-ci, cependant, d’aller le voir travailler dans sa serre et prendre soin des fleurs, spécialement de celles qui avaient des difficultés à pousser. Et ce n’est que tard dans sa profession de psychanalyste que cet homme s’est aperçu qu’en prenant le soin méticuleux et patient des personnes en difficulté, il était mû par le souvenir de son père.
Il nous est réjouissant de penser que, dans notre mémoire, en plus de tant de choses qui nous animent, est enfouie l’histoire de notre relation au Bien, la présence de Jésus-Christ… et de l’Esprit Saint puisqu’il est écrit « l’Esprit vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26), et donc, que rien ne peut nous séparer de lui, que notre distraction. Et le plus grand pécheur parmi les hommes est capable de retrouver cette immédiateté avec Dieu quand il découvre qu’il avait seulement oublié l’essentiel.
Quand nous faisons mémoire du Christ, nous nous efforçons de transformer notre mémoire morte en mémoire vivante. La liturgie, qui est l’action de faire mémoire de l’Ecriture et des paroles de Jésus, après sa résurrection, de le faire de manière volontaire, consciente et communautaire, est communion à sa résurrection. En Jésus, c’est le mystère de la mort et de la résurrection qui a été inscrit dans notre mémoire, comme un ressort qui attend d’être déclenché. En traversant l’existence, nous rencontrons toutes sortes de difficultés dont nous ne savons que faire, des déceptions, des pannes, des épreuves.

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