Dimanche 1 avril 2018, Jour de Pâques, Année B

Jour de Pâques 2018.

Pourquoi Marie-Madeleine se rend-elle au tombeau ? Ce n’est pas pour embaumer le corps de Jésus car, dans l’évangile de Saint Jean, cet embaumement a été accompli par Nicodème et de manière gigantesque avec cent livres de parfum, précise le texte, un mélange de myrrhe et d’aloès, les parfums qui servaient à l’onction royale. Cela trouble peut-être le film imaginaire que nous nous faisons des évènements ; restons dans la cohérence de l’auteur, ici, l’évangile de Saint Jean.
Marie-Madeleine va-t-elle au tombeau pour y pleurer ? Mais elle ne pleure que dans la deuxième partie du récit, quand elle reste seule à se désoler que le corps de Jésus ait été enlevé. Elle n’y allait pas pour pleurer ; le texte ne nous le dit pas. Les pleurs ne viennent que du désarroi supplémentaire.
Peut-être y allait être pour penser, pour quelque méditation nostalgique, comme nous-mêmes le faisons sur les tombes. Mais ce serait nous projeter et l’évangile n’a rien d’un récit romantique. Gardons plutôt l’idée que Marie-Madeleine vient sans raison affichée, pour laisser le lecteur se poser la question. Ce n’est qu’après qu’elle comprendra pourquoi elle est venue : pour une rencontre totalement imprévue. Telle la bien-aimée du Cantique des Cantiques, elle cherchait le bien-aimé.
Marie-Madeleine est le trait d’union entre la Passion et la résurrection. Elle était au pied de la croix ; elle sera l’apôtre de la résurrection. Mais Jean aussi était au pied de la croix. Pourquoi le ressuscité n’apparait-il pas à Jean et pourquoi Jean ne reçoit-il pas, lui, la mission d’aller trouver les frères et de leur parler ? Pourquoi le texte donne-t-il cette importance à Marie-Madeleine. Dans notre page, c’est elle qui commence le récit ; c’est elle qui le finit. De Marie-Madeleine, l’évangile de Saint Jean ne dit rien d’autre qu’elle fut au pied de la croix et la première au tombeau vide. Dans cet évangile, la dénommée Marie-Madeleine n’apparait qu’à ces deux instants. On ne peut pas la confondre avec Marie, soeur de Marthe et de Lazare, qui était de Béthanie et non de Magdala et qui n’est donc jamais appelée magdaléenne.
Reprenons le récit. Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin. « C’était encore les ténèbres » dans la nature comme dans son coeur. Elle voit que la pierre a été roulée mais elle n’entre pas, ne prend aucune initiative, court en référer aux autorités. Même dans la phrase qu’elle leur adresse, elle n’ose parler en son nom propre. Elle se réfugie derrière le collectif : « nous ne savons pas où on l’a mis ». Ensuite, quand elle reste seule au tombeau, elle ose une initiative timide. Elle se penche, comme l’a fait Jean, le disciple rapide. Ce qui étonne alors dans le récit, ce qui nous émeut, c’est que les messagers qu’elle aperçoit ne lui adressent pas de message théologique comme dans les autres évangiles, celui de savoir que Jésus est ressuscité, mais un message humain : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle s’aperçoit qu’on s’intéresse à elle, à sa peine. Elle s’enhardit et ose interpeller les messagers, dire « je » face à ceux qui lui disent »tu » : « dis-moi où tu l’as mis et moi j’irai le prendre ». Sa détermination montre qu’elle devenue quelqu’un.
C’est une sorte de renaissance de Marie-Madeleine à laquelle nous avons assisté, depuis les ténèbres du début jusqu’à la mission de confiance qui lui est donnée, accédant à une existence en tant que femme capable d’une parole personnelle et bonne pour les autres. L’apôtre de la résurrection devait elle-même expérimenter la résurrection. Jean a compris que le Christ était ressuscité en observant le tombeau vide. Il le croit mais il ne l’annonce pas, même pas à Pierre qui, lui, a tout observé mais sans parvenir à ce moment-là à la foi. Car pour l’annoncer en vérité, il faut la vivre.
« Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ », dit Saint Paul. La résurrection de Jésus ne peut être séparée de la nôtre. Si elle ne concernait que lui, elle ne serait qu’une anecdote. Ce que nous annonçons, c’est la résurrection à l’oeuvre, dans nos vies et dans le monde. La résurrection n’est pas seulement un évènement passé, il y a presque 2000ans. Elle est notre présent et notre avenir.

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