Fête du Christ-Roi de l’année A. 26 novembre 2017.

Année A. Fête du Christ-Roi. 26 novembre 2017.

Pour la dernière page de l’évangile avant le grand récit de la Passion, Saint Matthieu nous a laissé un texte visionnaire et dérangeant. Le souverain Juge s’avance dans une mise en scène spectaculaire. Toutes les nations se sont rassemblées. Mais s’il nous offre ainsi cette vision, c’est pour nous aider à voir ce que nous avons tant de mal à voir : à savoir que Jésus (et Dieu avec lui) s’identifie à tous ceux qui sont dans une profonde détresse. Le but recherché de ce genre de page n’est pas de nous offrir une distrayante mise en scène. C’est de nous faire voir l’avenir en vue de nous permettre de faire les bons choix au présent. La vision eschatologique vient en appui de l’incitation éthique. Car nous risquons de passer à côté des enjeux essentiels de l’existence. Nous risquons de l’avoir traversée en ayant ignoré sa dimension la plus sacrée.

Saint Matthieu veut nous faire comprendre. Il met donc en scène des gens qui ne savaient pas. Les justes comme les injustes ignoraient le lien si fort qui unissait le Roi de la parabole aux malheureux. Ils ignoraient aussi que leur salut éternel se jouait dans leur relation aux malheureux. Et pourtant, les justes ont su trouver le bon comportement. C’est donc qu’ils avaient compris quelque chose qui ne leur avait pas été enseigné. Ils le savaient intuitivement. Ils savaient sans être capables de le justifier. Ils savaient sans savoir. Ce genre de savoir, la connaissance de ce qui est juste, est à la fois fort et fragile. Nous savons mais sans être totalement livrés à ce savoir. Il fait partie de ces choses que nous risquons d’oublier.  Aussi avons-nous besoin d’une parole qui nous le rappelle, d’une révélation qui nous le mette en pleine lumière. Par exemple, l’existence innée du sentiment maternel dans l’humanité, et déjà chez les animaux supérieurs, montre que nous connaissons instinctivement ce qu’est l’exigence de solidarité envers les petits. Mais l’existence, également, de la souffrance de tant d’êtres humains, et notamment d’enfants,  entourée d’indifférence, montre aussi la nuit profonde qui pèse sur l’humanité.

Observons maintenant la situation des injustes. Ils n’ont pas aidé les malheureux parce qu’ils ne savaient pas le lien qui les unissaient à Dieu tout-puissant. S’ils avaient su, ils auraient agi différemment, c’est évident. Contrairement aux justes qui ont agi dans l’ignorance de Dieu, en suivant seulement leur instinct fraternel, les injustes semblent soucieux de ne pas déplaire à Dieu.  Les premiers savaient spontanément se comporter, les seconds avaient besoin de la notice. Pour Saint Matthieu, la religion nous procure un enseignement qui vient au secours de la déficience de notre connaissance intuitive de la vie. Le Christ est venu pour les malades et les pécheurs, pas pour les bien-portants. Sommes-nous pécheurs ? Il suffit de le constater à notre égoïsme.  Mais nous sommes aussi façonnés par la culture dans laquelle nous vivons, imprégnés de ses mensonges, déformés par l’esprit du monde et sa logique économique, pour qui le coût humain est laissé à la gestion strictement personnelle de chacun, pour qui la règle principale est : chacun pour soi.

Nous qui avons conscience de ne pas être des justes, nous qui venons à l’église pour y recevoir un complément d’encouragement et de lucidité, nous avons besoin que nous soit dit, noir sur blanc, de quel côté sont les pensées de Dieu.

Même en dehors de l’univers judéo-chrétien, il existe bien cette idée qu’il y a une contradiction à honorer Dieu et à écraser le pauvre, ou encore que le soin qui est donné à l’homme qui souffre trouve sa raison dans quelque motif absolu. Mais la personne de Jésus, son accueil des malheureux et le fait qu’il a été lui-même un Messie pauvre, qui a eu faim et soif, qui a été nu et prisonnier, met en pleine lumière l’engagement de Dieu en faveur des petits. Nous ne pouvons plus l’ignorer : Dieu est de leur côté.

En pensant aux souffrances de Jésus, nous ne pouvons pas nous complaire dans l’imaginaire et  le sentimentalisme et ne rien faire alors qu’il souffre aujourd’hui concrètement dans les plus petits de ses frères. Si vraiment nous aimons Jésus, si son absence a laissé dans nos cœurs une blessure inconsolable, sachons que son corps, aujourd’hui, a froid, a faim. Le Christ nous a laissé son corps : « Ceci est mon corps », entre nos mains.

C’est aussi de cette manière que le Christ est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

 Père François d’Antin

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