Nuit de Noël de l’Année B. 24 décembre 2017.

Nuit de Noël . 24 décembre 2017.

Le récit de Noël offre plus qu’une histoire passée. Il offre une histoire vécue au présent, notre histoire. Car nous sommes dans la situation des bergers qui parlent entre eux de ce qui leur a été annoncé et qui, tout en parlant, finissent par se trouver en présence de Jésus. En quelques mots, l’évangile a mis le doigt sur ce qui nous fait exister en tant que disciples et en tant que communauté chrétienne : le message qui nous a été annoncé, cette Bonne Nouvelle qui nous met en présence de Jésus. Le Seigneur vient à ses amis, comme pour les pèlerins d’Emmaüs, quand ils parlent de lui. Le récit qui nous réunit nous aura redit qui nous sommes et comment nous le sommes.
Les bergers se sont levés, malgré la nuit. Ils n’ont pas à faire une longue route. Ils stationnaient dans les environs de Bethléem. Ils nous rappellent que Dieu est proche et que le Royaume de Dieu est tout près de nous. « Vous trouverez », leur a dit l’ange. Cette phrase a aussi une saveur d’Evangile par son encouragement à l’espérance. « Cherchez et vous trouverez. Frapper et l’on vous ouvrira ». « Celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors ». Il aurait été plus simple et plus spectaculaire que les bergers soient directement mis en présence de Jésus. Mais c’était à eux de faire le déplacement, de chercher un peu, de le faire ensemble. L’évangile ne fait pas abstraction des cheminements humains.
Les bergers sont la figure des pauvres à qui la Bonne Nouvelle est annoncée. Socialement et religieusement, ils étaient tenus à l’écart. Comme il arrive encore aujourd’hui avec certaines populations nomades, ils étaient de fait apatrides. Ils n’étaient citoyens d’aucune cité terrestre, mais Dieu les comptait déjà comme appartenant à la cité céleste. Ils n’avaient le droit d’aller ni au Temple ni à la synagogue. Ignorants de la Loi, ils étaient considérés comme impurs. Leur témoignage était juridiquement sans valeur. Comme les femmes au tombeau, c’est eux qui seront les premiers témoins de la Bonne Nouvelle à annoncer. En allant voir un nouveau-né couché dans une mangeoire, ils n’ont certainement pas été surpris car ce devait être le sort de leurs propres enfants. Ils constatèrent donc que cet enfant qui le Christ, le Seigneur, était bien l’un des leurs.
Si la Bonne Nouvelle est d’abord annoncée aux pauvres, c’est qu’elle est offerte à tous. C’est qu’elle n’est pas réservée à ceux qui l’auraient méritée. C’est qu’elle est pure grâce. Après avoir commencé le récit au centre de l’Empire Romain, auprès de l’empereur Auguste, l’évangile de Saint Luc nous a conduits à la périphérie, même pas à Jérusalem qui pourrait être un centre par délégation, mais à la périphérie de la périphérie, chez ceux qui vivent dehors et qui n’ont pas leur place dans la maison commune. C’est là que la lumière du Seigneur resplendit de tous ses feux. Le récit de saint Luc a laissé le Temple de Jérusalem en panne après que Zacharie ait dû interrompre son sacrifice pour cause de mutisme et de manque de foi. La présence de Dieu s’est donc déplacée, comme autrefois quand, au temps de la déportation à Babylone, elle accompagnait le peuple vaincu et dépouillé de tout, ainsi que le raconte Ezéchiel. Nous la découvrons au milieu du peuple des humbles.
Un signe qui a été donné aux bergers. Un signe n’est pas une preuve. Il ne force pas à l’adhésion. Il n’est pas contraignant ; il s’offre. Il a besoin d’être déchiffré. Il sollicite l’intelligence. Il est simplissime pour les coeurs d’enfants et abscons pour les autres. C’est pourquoi il est besoin de l’annoncer, de l’expliquer.
Mystère de gloire et de dénuement où nous reconnaissons le crucifié-ressuscité. Voilà ce qui est propre à Jésus : la puissance de la faiblesse, la sagesse de la folie de la croix. Le Christ-Seigneur sur la paille. Le Tout-puissant immobilisé dans ses langes. La vie naissante dans une mangeoire, prête à être dévorée. C’est le monde où les premiers sont les derniers, où celui qui perd sa vie la gagne, où il nous faut quitter nos évidences premières, nous laisser étonner.
Le récit de Noël nous a conduits jusqu’au coeur du mystère, au signe. Il n’y a pas à aller plus loin, mais à repartir avec cette clef qui transforme nos ténèbres en lumière. Les bergers repartent en louant Dieu. Leur chant a remplacé celui des anges. Maintenant que Dieu habite avec les hommes, c’est de leurs voix qu’il est entouré. La Sagesse de Dieu trouve ses délices avec les fils des hommes.

 Père François d’Antin

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 Dimanche 24 décembre 2017-Nuit de Noël. Année B

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