Samedi 31 mars 2018, Veillée pascale, Année B

Année B. Veillée pascale. 31 mars 2018.
Dans l’évangile de Saint Marc, Jésus n’arrête pas de surprendre son entourage : ses disciples, sa famille et même ses adversaires. Au tombeau encore, rien ne se passe comme prévu. Que fait là ce jeune homme vêtu de blanc ? Et le corps de Jésus, où est-il ?
Les femmes, consciencieusement, avaient acheté de quoi faire les rites d’adieux. Puisque tout est fini et que cela s’est passé de manière si violente, elles veulent offrir au moins les derniers gestes de la dignité. Elles pensaient achever ; elles allaient devoir commencer. Elles ont acheté des aromates mais c’est inutilement. Car une ère nouvelle commence, « de grand matin, le premier jour, dès le lever du soleil ». Elles partent embaumer un mort mais elles vont rencontrer, non pas lui, mais le message qui dit qu’il est vivant.
Dans l’évangile de Saint Marc, ces trois femmes (Marie de Magdala, Marie mère de Jacques et Salomé) sont les seules parmi les disciples à avoir assisté à la mort de Jésus. Elles sont les seules à savoir qu’il est vraiment mort et où son corps a été déposé. Tous les apôtres avaient fui. Elles savent aussi qu’une lourde pierre ferme le tombeau. Elles ont bien conscience qu’elles n’ont pas la force de déplacer la pierre mais elles continuent néanmoins à se diriger vers le tombeau plutôt que de chercher une aide masculine, comme si une force les attirait vers le lieu, ou un pressentiment. C’est qu’étant les seules à s’être tenues au pied de la croix, elles seront les seules à recevoir le message de la résurrection dans sa vérité originelle. Tout l’évangile de Saint Marc s’est efforcé de montrer que la puissance de Dieu ne pouvait se manifester que dans la faiblesse du Christ, qu’il n’y avait pas de gloire sans la croix. Seules, ces femmes en auront été vraiment témoins.
Et voilà qu’il faut se mettre en route, repartir sur les chemins de Galilée, aller dans les villes et les villages annoncer la Bonne Nouvelle, comme Jésus a dit de le faire, comme il a fait lui-même, le premier. Elles sortent du tombeau, tremblantes et hors d’elles-mêmes, comme des évadées. Le tombeau ne peut les retenir. Elles s’enfuient en courant. La porte grande ouverte pour Jésus l’est aussi pour elles. Elles participent au même mouvement de résurrection.
Leur peur et leur silence n’a vraiment rien de triomphaliste. « Mais enfin », sommes-nous tentés de leur dire, « un peu plus de courage ! » Ce mutisme interroge le nôtre. C’est peut-être aussi notre histoire que l’évangile raconte, nos pieux déplacements qui ne déplacent pas les montagnes, la peur qui nous immobilise, notre réticence à nous mettre en chemin. Elles ont bien dû, à un moment donné, oser parler à quelqu’un puisque le message nous est parvenu. Mais le récit de l’évangile s’arrête sur leur silence et nous le renvoie en miroir.
Le message a besoin de messagers. C’est pour cela qu’il y a ce jeune homme vêtu de blanc. Les femmes ne sont pas les auteurs du message. Elles ne diront pas ce qu’elles ont vu dans le tombeau ni ce qui leur est arrivé, à elles. Elles doivent dire à Pierre et aux disciples la mission que Jésus leur donne à tous : le suivre en Galilée, le rendre présent aux hommes, le voir en faisant mémoire de ses paroles. « Là, vous le verrez comme il vous l’a dit ». A nous d’être ces messagers vêtus de blanc pour les hommes de notre temps, afin qu’ils sortent du tombeau de ce Monde et qu’ils se mettent en chemin vers celui qui les attend et les précède.
Les femmes ont amorcé le mouvement de recherche de Jésus qui est maintenant celui de ses disciples. « Vous cherchez Jésus de Nazareth – le Crucifié ». Un nouveau nom a été accolé au nom de Jésus de Nazareth : le Crucifié, un nom qui lui est maintenant in-détachable. Le texte aurait pu choisir de donner le nom de Ressuscité à Jésus de Nazareth mais c’est bien le « Crucifié » qui est choisi, et seulement ce terme. Si nous cherchons le Crucifié, nous verrons le Ressuscité. C’est là l’humble chemin du disciple.

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