Du village de Chaillot à l’édification de l’église Saint-Pierre de Chaillot, découvrez l’histoire de la paroisse, ainsi qu’en images.
Chaillot hier
L’origine de l’église Saint-Pierre de Chaillot est étroitement associée à celle du village dont elle était la paroisse.
Aucun titre ne mentionne le village avant la fin du XIe siècle.

L’histoire du Diocèse de Paris de l’Abbé Lebeuf nous donne d’intéressants renseignements.
Sur la côte allant de Chaillot jusqu’à Boulogne, surmontée par la forêt de Rouvret (ou Rouvray), existe au VIIe siècle un village nommé Nimio. Saint-Bertram, évêque du Mans, poitevin de naissance, y a une villa (villa de Nimione, sita in territorio Parisiaco). Il lègue ce domaine avec les vignes voisines réuni lorsqu’il était encore laïc, tant par acquisitions que par donations du roi Clotaire II déclarant par testament, qu’il veut que ce village, dit Nimio, nommé depuis Nijon, appartienne entièrement après sa mort au diocèse de Paris. Les vignes, situées dans un lieu avec quelques petites sources, nommées pour cela Fontanitum, sont cultivées par les maraîchers et vignerons du canton. L’évêque meur en 623 ; par la suite, les habitants du village de Nimio s’écarteront des deux côtés :
- les uns vers l’endroit des sources et des marais, ce qui forma peu à peu un nouveau village qui prit le nom d’Auteuil (« Au » signifiant prairie dans le langage celtique)
- les autres se transportant plus près de Paris, sur l’extrémité orientale de la côte où avait été abattu un bout de la forêt (le Bois de Boulogne ), et prenant le nom de Chaillot. Le nom de Chal ou de Chail, quelquefois Cal, figurant encore dans un titre du XIVe siècle, signifiait destruction d’arbres.

Deux villages furent ainsi formés de l’ancien territoire de Nimio et érigés en paroisses, celle d’Auteuil ayant été depuis divisée en deux : Auteuil et Passy.
La modeste église de Chaillot est rebâtie au XVIIe siècle, puis en 1740, renforcée en 1786. Au milieu du XVIIIe siècle, le village consistait essentiellement en une rue : la grande rue de Chaillot, le long de laquelle étaient groupées des maisons prolongées par de grands jardins. Le Dictionnaire Universel de toutes les paroisses du Royaume de 1726 mentionne pour Chaillot 538 habitants.

L’abbé Lebeuf la qualifie de “bâtiment tout neuf » à la réserve du sanctuaire terminé en demi-cercle sur la pente de la montagne, où était placé le cimetière. Ce sanctuaire était plus ancien, de même qu’une tour “solidement bâtie ». Il datait en fait du XVe ou du XVIe siècle; les nervures des voûtes, culs-de-lampes et piles extérieures avec leurs pinacles et autres motifs étaient de style flamboyant. “Deux ailes encadrant la nef ne se rejoignaient pas derrière le grand autel« . Telle est la description succincte de l’église du village dont la construction avait certainement remplacée celle de l’église romane dont ne subsiste que la mention. C’est ce bâtiment qui a fait place à la vaste église moderne que nous connaissons.

Au début du règne de Louis XIV, le dessinateur de jardins et de parcs Le Nôtre trace les Champs-Elysées et implante la place de l’étoile. Paris est agrandi et, en 1659, une partie de Chaillot lui est incorporé sous le nom de Faubourg de la Conférence. Chaillot était encore un village quand Louis XIV établit par l’Édit de 1702 les vingt quartiers de Paris situé à flanc de coteau, il avait une vue merveilleuse sur la vallée de la Seine et la Cité ainsi que sur la Rive gauche et la campagne au-delà de la plaine de Grenelle.
Au milieu du XVIIIe siècle, le village consiste essentiellement en une rue: « la grande rue de Chaillot« , le long de laquelle étaient groupées des maisons prolongées par de grands jardins. Vers le milieu de cette longue rue s’élève l’église paroissiale placée sous le titre de Saint-Pierre. En 1859, Paris s’agrandit encore. Le Faubourg de la Conférence, qui se situait dans le 1° arrondissement, est réparti entre le 8° et le 16°arrondissement. En moins de soixante ans, lors de la construction des nouveaux quartiers, de grandes avenues remplacent les jardins, vignobles et anciennes demeures.

Les travaux d’urbanisme du Second Empire amènent de nouvelles transformations et, pour percer l’Avenue de l’Empereur (actuellement Avenue Georges-Mendel), on aplanit la Butte de Chaillot. Une peinture de 1867 rappelle ces travaux qui précédèrent la construction du Palais du Trocadéro. L’église de l’ancien village, après la disparition du cimetière situé à son chevet, se trouve englobée dans un quartier dont les voies nouvelles suivent un tracé sans aucun rapport avec l’ancien plan. Le chevet de Saint-Pierre se présentait de biais sur l’Avenue Marceau alors que l’entrée de l’église semblait à l’étroit dans la rue de Chaillot rétrécie par l’élévation excessive des immeubles qui avaient remplacée les maisons du village, basses et souvent précédées d’une cour ou d’un jardin… Les restes des habitants de Chaillot provenant de l’ancien cimetière ont été réunis dans une fosse au devant du Maître-Autel de la nouvelle église.
Par suite du développement du quartier, l’église paroissiale devient insuffisante. Dès 1883, la question de sa reconstruction se pose.

Plusieurs emplacements sont envisagés. En 1865, Viollet le Duc établit les plans d’une nouvelle église qui ne vit pas le jour à cause de la guerre de 1870. L’église est néanmoins agrandie en 1884 par une chapelle adossée à l’église ouvrant sur l’avenue Marceau ; la chapelle de la Sainte Vierge fut inaugurée le 25 décembre 1886. Par la suite, le mur mitoyen entre l’ancienne église et cette chapelle est abattu pour agrandir l’espace pouvant accueillir des fidèles lors de grandes cérémonies. L’urgence d’une grande église se fait moins pressante. Selon un projet, l’actuelle Place des États-Unis devait recevoir l’église nouvelle.
Chaillot aujourd’hui
En 1907, Le chanoine Auguste Sicard succède comme curé à Mgr Ledein. Les études pour une nouvelle église recommencent. En 1920, le cardinal Dubois, nommé archevêque de Paris, soutint le projet comme le fera son successeur, le cardinal Verdier. La séparation de l’Eglise et de l’Etat ne facilite pas les choses et rien se concrétise avant la fin de la première guerre mondiale. En 1926, le chanoine Paquier fut nommé coadjuteur pour seconder le chanoine Sicard dans cette réalisation ; de nombreux points restent à régler :
- Acquérir de nouveaux terrains
- Retrouver les actionnaires de la société propriétaire de la Chapelle de la Sainte-Vierge
- Regrouper l’ensemble dans le cadre de l’association diocésaine récemment créée qui allait être maître d’œuvre
- S’entendre avec la ville de Paris, propriétaire de l’ancienne église et de la nouvelle sans pour la financer
- Lancer une souscription auprès de tous les paroissiens
La décision est enfin prise en 1927 ; construire la nouvelle église à l’emplacement de l’ancienne, en acquérant les terrains contigus. Cette décision sacrifie malheureusement le chœur gothique du vieux Saint-Pierre…
Les chanoines Sicard et Paquier élaborent le programme remis aux architectes précisant:
Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, l’édifice doit avoir un caractère de grandeur, de simplicité et de noblesse, digne d’un monument religieux destiné à l’un des plus beaux quartiers de Paris.
Le sentiment qu’il doit exprimer ne viendra pas tant de sa richesse que de sa pieuse et noble simplicité.

Cinq architectes soumettent des projets, trois sont retenus et présentés aux paroissiens. Emile Bois, architecte de la Ville de Paris (1875-1960) emporte le concours en 1927. Les plans sont définitivement arrêtés le 12 mai 1929 et les travaux commencent en 1932 pour s’achèver en 1938. La nouvelle église est construite sur l’emplacement de la précédente, agrandi de terrains acquis par l’Archevêché, spécialement, entre la rue de Chaillot et l’avenue Marceau. Suivant la tendance de l’époque vers un retour à l’église primitive, et pour occuper au mieux l’espace disponible, Emile Bois dessine une église en forme de croix grecque, de style romano-byzantin, dominée par cinq coupoles et un clocher. L’église, sauf la façade et le clocher, est construite en béton, technique moderne qui permet le développement d’un vaste espace intérieur sur une superficie réduite.
L’architecte, suivant la tradition byzantine, prévoit en équipe avec les artistes et Mgr Paquier et Mgr Gaston, curés successifs de Chaillot, l’ornementation de l’église sur une superficie de 2.750 mètres carrés. Ainsi, architecture et décoration forment un tout qui donne au visiteur une impression de grandeur, de simplicité et de recueillement.
Thèmes décoratifs
Le thème décoratif choisi est la vie de saint Pierre, sur le tympan de la façade, et à l’intérieur la vie spirituelle de l’église, expliquée par les fresques de Nicolas Untersteller, celles de Pierre Ducos de La Haille au plafond et dans la crypte, la statuaire de Henry Bouchard et les chapiteaux de Pierre Séguin, illuminés par les vitraux des frères Mauméjean. Église pour le temps présent, le béton de très belle qualité, soigneusement travaillé, est laissé à nu à l’intérieur, contribuant à la sensation de l’heureux mariage de la tradition et de la modernité.

Un comité de l’Œuvre se constitue. C’est essentiellement grâce à l’action persévérante de Mgr Gaston, curé de Saint-Pierre, qu’est menée à bien cette réalisation d’une importance exceptionnelle. A la fin de 1927, la première pierre est posée sous la présidence de Mgr Dubois. Les travaux commencent effectivement en 1932 pour être réalisés en deux étapes afin d’assurer la continuité de la vie paroissiale. Après la démolition du chœur de l’ancienne église, la partie sur l’Avenue Marceau, comprenant le porche, le clocher et la nef constitue la première étape. Le 5 janvier 1935, on inaugure l’église basse, puis le 1er juin de la même année l’église haute, c’est-à-dire la nef de la nouvelle église, le chœur ne pouvant être construit qu’après la démolition de l’ancienne église.
En étroite collaboration avec le maître d’œuvre, l’architecte Emile Bois, Maître Henri Bouchard réalise la sculpture de la façade, ensemble monumental, un des plus vastes de notre époque.

En 1937, la seconde étape de la construction est assez avancée pour entreprendre la décoration de la croisée. Cette œuvre considérable est confiée à Maître Untersteller qui réalise la fresque dont le décor en camaïeux brun et or est d’une grande force par la stylisation des figures. Les verrières sont conçues et réalisées par les frères Mauméjan. Leurs puissantes tonalités dispensent une lumière tamisée qui contribue à l’atmosphère recueillie souhaitée par le maître d’œuvre.
Le 18 mai 1938, l’église est inaugurée par le Cardinal Verdier qui avait suivi avec un grand intérêt la réalisation de ce « Chantier du Cardinal« . Bien qu’incluse dans ce programme, la construction de la nouvelle église a été entièrement financée par la générosité des paroissiens de Chaillot, élan admirable qui a renouvelé ceux du temps des bâtisseurs de cathédrales…
Mgr Roncalli , nonce apostolique, réside plusieurs années à Chaillot. Le 11 juin 1946, le futur Jean XXIII sacre Mgr Pacini évêque de Germia dans la nouvelle église. Ce prélat fut ensuite Nonce à Haïti et à St-Domingue.
Emile BOIS, architecte« Le projet d’Émile Bois pour l’église de Saint-Pierre de Chaillot fut retenu à la suite d’un concours en 1926. Les travaux commencèrent en juillet 1931. En 1935, faute de crédits, ne sont réalisées que la façade de l’avenue, l’église basse et la première des cinq coupoles. Pourtant, en moins de trois ans, Mgr Jean Gaston menait alors les travaux à leur terme. L’inauguration présidée par le Cardinal Verdier, eut lieu finalement le 18 mai 1938. C’est l’un des plus vastes édifices religieux érigés à Paris depuis plus d’un demi-siècle : les dimensions du dôme central sont en effet supérieures à celles du dôme du Sacré-Cœur. ![]() L’église Saint-Pierre de Chaillot, dont la façade principale se trouve sur l’avenue Marceau, est en fait composée de trois parties. La première est une tour de soixante deux mètres quarante de hauteur qui domine l’ensemble. La deuxième partie est invisible car il s’agit d’une église basse, construite, telle une crypte, sous l’église principale qui forme la troisième partie. La tour relie les deux églises au clocher. Sa façade sur l’avenue poursuit celle de l’église : on ne lit aucun décrochement et la pierre de Saint-Maximin est la même. Plus loin, le porche s’ouvre dans un fronton en saillie sur le nu du mur: trois arcs en plein cintre portés par deux énormes colonnes marquent l’entrée de l’église. La grande décoration du tympan est l’œuvre du sculpteur Henry Bouchard: il y raconte la vie de Saint Pierre. Seule une rangée de petites fenêtres encadrées par deux loggias interrompt un imperturbable appareil de pierres. L’église basse est construite sur un plan en forme de croix grecque. De lourds piliers soutiennent une voûte formée de deux plans inclinés de béton, tels les versants d’une toiture, à l’exception de la partie centrale horizontale. Un autel y est dédié aux morts de la Grande Guerre. D’une superficie de huit cent vingt mètres carrés, l’ensemble, sépulcral, évoque les catacombes. ![]() L’église haute reprend, à une autre échelle, puisque la surface en est de mille neuf cent soixante mètres carrés, le plan en croix grecque. Autour de la coupole de quarante six mètres de hauteur, quatre coupoles plus petites sont élevées à vingt-cinq mètres. Toutes sont établies sur des plans octogonaux. Le sculpteur Henry Bouchard, comme en écho aux sculptures du tympan, a enrichi de bas-reliefs le retable, la chaire (aujourd’hui démontée), les ambons et le Chemin de Croix, et de hautes statues dorées, les autels de la Vierge et du Sacré-Cœur. Les fresques des retombées du dôme central sont de Untersteller. C’est un ensemble faisant appel à de nombreuses références architecturales et religieuses. L’extérieur présente l’aspect fortifié et presque militaire des couvents du Moyen Age, traduisant plutôt une curieuse inspiration romane et byzantine à la fois. La modernité confère à ces influences une expression nouvelle. » Sources
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Le territoire de la paroisse Saint-Pierre de Chaillot

A cheval sur le 8° et le 16° arrondissement, le territoire de la paroisse Saint Pierre de Chaillot forme un triangle avec pour sommets le palais de Chaillot, l’Arc de Triomphe et le Grand Palais.
Sa base s’étire le long de la Seine, du pont d’Iéna au pont Alexandre III. L’avenue des Champs-Elysées et l’avenue Kléber forment les deux autres côtés.
Qui peut imaginer tout ce qu’il se passe et tout ce qu’il se vit en ce coin de Paris où les activités comportent de multiples facettes ?
- Un quartier qui accueille tous les jours 150 000 personnes venant y travailler.
- Un quartier d’affaires prestigieux (Le Triangle d’Or consacré aux industries du luxe).
- Un quartier culturel avec de nombreux musées et sites historiques et qui voit se côtoyer 18 communautés chrétiennes.










