Frères et soeurs,
Avec cet évangile nous comprenons que l’Évangile est vraiment un chemin. Les ténèbres petit à petit se dispersent pour laisser advenir la vraie lumière, la vraie lumière qui est le Christ. Comme ce chemin qu’il fait suivre à la Samaritaine et à ceux qui l’entourent. Nous avons du mal à imaginer dans un monde qui a aboli bien des divisions entre les hommes et les femmes, combien cela a dû être une surprise, voire un scandale, de voir Jésus assis auprès d’un puits, parlant avec une femme seule. Et pour bien comprendre cet évangile, pour entrer dans le cœur de ce message, je vous invite à en faire une triple lecture.
Tout d’abord, une LECTURE HISTORIQUE.
Pour bien comprendre, il faut se rappeler que les Samaritains étaient les ennemis jurés des Juifs depuis plus de 400 ans. Pour les Juifs, les Samaritains étaient des bâtards hérétiques. Et c’était rendre gloire à Dieu que de détester les Samaritains. L’injure la plus suprême, c’était de traiter quelqu’un de samaritain.
Voilà le contexte dans lequel Jésus tombe. Et il rencontre cette femme là. Cette femme trois fois impure. Impure parce qu’elle est Samaritaine. Impure parce qu’elle est femme : un homme ne pouvait pas parler à une femme en dehors de la maison. Impure parce qu’ elle est une femme légère. Elle n’est plus une jeune fille, elle a connu et connaît bien des hommes. Et voilà que Jésus se trouve face à cette triple impureté. Jésus va être trois fois contestataire.
Et c’est un message très important pour nous, qui nous rejoint aujourd’hui encore.
Oui pour Jésus, pour Dieu il n’y a pas d’impur, il n’y a pas d’impardonnable.
Pour Jésus, il n’y a pas de péché qui nous éloignerait définitivement de lui si notre cœur est ouvert.
Pour Jésus, il n’y a pas d’ennemi.
Cela renverse bien nos manières de voir. Jésus, en s’approchant de cette femme, fait tomber bien des barrières, il nous invite à avoir un regard sur les uns sur les autres, puis un regard sur nous-mêmes. C’est un regard qui nous met dans la paix.
Jésus fait lui-même le premier pas. “J’ai soif. J’ai soif de ton amour. Donne-moi à boire !”
Et puis il nous faut faire une LECTURE SPIRITUELLE, SYMBOLIQUE
Évidemment dans cet évangile de saint Jean il y a de nombreux symboles.
Le puits chez les nomades, c’est bien plus qu’un puits. Le puits est le lieu de la rencontre. C’est le café du commerce. C’est le lieu où l’on va parler. C’est le lieu où l’on va devenir amis, où les ennemis deviennent amis. Le puits c’est le lieu aussi où se noue la rencontre affective, amoureuse. Tout un symbole.
Et puis l’eau vive, c’est l’eau vive que Jésus veut donner à cette femme, à ses disciples, à tous ceux qui l’écouteront. C’est l’eau vive de sa parole. L’eau vive est celle d’une parole réjouissante, qui met le cœur en émoi.
Cette eau vive est définitive, désormais la Samaritaine ne veut plus fréquenter les hommes, être cette “Marie couche-toi là.” Elle veut vraiment se mettre à la suite du Christ. Eau vive merveilleuse ! Eau vive amoureuse ! Voilà ce que Jésus veut lui donner, veut partager avec elle et qui la convertit.
Le puits devient le lieu de l’alliance définitive, Dieu vient rencontrer l’humanité. La Samaritaine nous représente.
C’est étonnant chez saint Jean, il est dit que cette femme a eu 5 maris. Celui qu’elle a, à ce moment-là, est le sixième. Et Jésus vient ainsi comme le septième homme de sa vie. Quand on connaît la signification du chiffre sept dans la Bible, le chiffre de la perfection, de la plénitude, Jésus arrive ainsi comme celui qui va donner sens à toute son existence, balayant ces erreurs passées, balayant ses errances. Avec sa parole amoureuse, définitive, merveilleuse, Jésus vient éclairer l’ensemble de son existence.
Enfin une LECTURE PRATIQUE.
Pour éclairer notre propre vie, car nous aussi, nous sommes souvent des hommes, des femmes, des jeunes, des anciens qui cherchent, de multiples manières, le vrai bonheur, à tâtons. Nous hésitons, parfois avec des errances, parfois avec des chutes, des écarts. Il y a de la Samaritaine en nous. Nous sommes un peu de cette chair-là. Lorsque il y a de la désespérance en nos cœurs, lorsque nous désespérons du monde, lorsque nous désespérons des autres ou de nous-mêmes. Lorsque nous sommes trop repliés, nous nous regardons nous-mêmes.
Il y a aussi des blessures par rapport à la vie, par rapport à ces élans de morts que nous laissons monter en nos cœurs. Le péché est toujours une porte ouverte sur la mort.
Il y a des blessures par rapport à la connaissance de la vérité. Comme la Samaritaine qui cherche, nous aussi nous cherchons mais parfois nous nous laissons engluer dans le mensonge, dans la fabulation.
Il peut y avoir aussi des blessures comme pour la Samaritaine, par rapport à l’amour, à la vie affective dans notre histoire, nous pouvons être blessés, nous avons pu blesser aussi de telle ou telle manière notre cœur et le cœur des autres.
Toutes ces blessures, Jésus les connaît. Et il vient avec l’eau vive de sa parole, parole merveilleuse, parole amoureuse, parole définitive. Il vient nous renouveler.
“J’ai soif.” Entendez cet appel aujourd’hui, pour vous, au milieu de ce Carême.
Jésus vous appelle : “j’ai soif.” Il a soif de notre amour.
Vous savez les sœurs de Mère Teresa sur la demande de Mère Teresa ont toutes mis dans leurs maisons, leurs couvents au-dessus du tabernacle, là où elles viennent prier chaque jour cette parole : “ J’ai soif.” “ I am thirsty.” C’est cet appel qui les rejoint dans leur activité auprès des pauvres, dans leur activité de consacrées, mais cette parole nous rejoint tous.
Oui, frères et sœurs qui que nous soyons, peu ou prou proches de la Samaritaine, avec ces blessures que nous pouvons traîner de notre vie d’une manière ou d’une autre, entendons cette parole.
Le chemin de Carême est un chemin où nous pouvons reconnaître notre péché. Nous pouvons l’offrir, le donner au Christ comme le fait la Samaritaine aujourd’hui, c’est ce chemin que nous sommes invités à suivre pendant ces jours.
Que ce chemin soit notre joie, notre paix profonde, avec la certitude que nous ne nous trompons pas de chemin, comme nous le disions la semaine dernière, avec le Christ sur la montagne. Oui, en le suivant nous sommes sur le chemin de l’amour véritable, pour vivre comme le Christ tout livré, tout donné à l’amour.
Puissions-nous, Seigneur, entendre tes paroles, vivre cette rencontre, et comme la Samaritaine en être convertis.
Amen.
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