Quarante jours, c’est-à-dire un temps assez long, pour une remise en forme spirituelle, pour retrouver une vraie liberté, pour choisir. Je pense que le contraire du péché, ce n’est pas la vérité mais c’est la liberté. Le péché nous emprisonne et nous lie. Celui qui est sans péché, Jésus et la Vierge Marie sont profondément libres pour choisir toujours le bien, le vrai, le beau, le grand.
Quarante jours, ce n’est pas trop et il s’agit de s’y mettre dès le départ, quarante jours, vraiment de remise en forme spirituelle surtout pour suivre le Christ et vivre une semaine sainte au top, dans quelques semaines, là où s’enracine notre foi chrétienne et vous en vivrez toute l’année. Mais il faut une certaine préparation tout comme pour tous les événements importants de notre vie. Alors trois questions, à partir de cet Évangile, à partir de cette direction qui nous est donnée par l’Eglise, traditionnellement au début de ce carême.
Tout d’abord, première question : qu’est-ce qu’une tentation ?
Une tentation ce n’est pas comme nous le pensons assez spontanément, une invitation au péché. La tentation dans la Bible, c’est plutôt une épreuve. Une épreuve qu’il nous est donné de vivre, pour tester notre liberté, pour affermir notre possibilité de choisir en vérité : ou la Vie ou la mort. Nous avons lu au début de ce carême, jeudi, un très beau passage du Deutéronome (Dt 30, 15, 19):
je mets devant toi, aujourd’hui ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur […] Je mets devant toi, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, la bénédiction […] »
La tentation, c’est d’être acculé à ce choix. Et le diable, le malin, le père des mensonges, le Satan va s’insinuer dans ce carrefour, dans ce moment où je vais avoir à faire un choix. Entre parenthèses, le diable est nommé 188 fois dans le Nouveau Testament et dans la bouche de Jésus, 40 fois, il symbolise le mal, il y a un vrai combat spirituel avec celui qui a refusé Dieu. Et donc il vient s’insinuer dans ce moment si important où je vais pouvoir exercer ma liberté pour la détourner de son but.
Et il va proposer une jouissance facile, à bout de bras, qui va détourner ce que je peux faire de bien, et va en détourner le but. Le diable dit toujours avant le péché : “Ce n’est pas grave, tu peux y aller !” Après le péché, il dit toujours : “ c’est très grave, tu es moins qu’un homme.” Il écrase l’humanité, c’est son but. Il écrase l’homme. Il est profondément jaloux de ce salut que le Christ nous apporte.
La tentation c’est cela !
Pouvoir exercer notre liberté dans cette épreuve qui est devant nous.
Traverser l’épreuve avec Jésus, qui est profondément libre.
Et en sortir vainqueur, non pas par notre propre force, mais par sa force à lui qui agit.
Ces épreuves, nous en avons à traverser !
Et peut-être que cela a déjà commencé avec plus d’acuité, en ce début de Carême depuis le mercredi des Cendres.
Deuxième question : sur quoi porte la tentation ?
C’est très intéressant de le voir dans ce passage de l’Évangile de saint Matthieu. “En ce temps-là”… Jésus vient d’être baptisé au bord du Jourdain et que s’est-il passé ? Il a été confirmé par la voix du Père qui lui a dit : “ Voici mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour.” Après sa confirmation par Dieu le Père avec la puissance de l’Esprit Saint comme Fils de Dieu, après la confirmation de sa mission de Messie, il est emmené par l’Esprit dans le désert.
Que fait alors le diable ? Il l’attaque à chaque fois sur cette parole qu’il vient de recevoir de la bouche de Dieu : “si tu es le Fils de Dieu…” Cela est très important. Parce que la tentation touche sur une lumière, une grâce, une force qui viennent de nous être données.
Attention donc, si vous avez choisi de prendre la prière par exemple, comme résolution de Carême, ou tel ou tel effort car il est fort probable que vous serez tentés là-dessus. Je n’oublierai jamais, que lorsque j’ai été ordonné diacre, – avant la prêtrise, c’est le moment où l’on s’engage au célibat – dans les semaines qui ont suivi mon ordination diaconale, au mois de septembre, j’ai été troublé profondément sur cette force que j’avais reçue pour devenir consacré dans le célibat. Beaucoup d’idées me sont passées en tête pour être triste par rapport à cet engagement. Je ne pouvais plus voir des familles avec des enfants, je me disais c’est ce que j’ai raté, je ne pouvais plus rendre grâce pour un joli profil féminin. J’étais très troublé : c’est sur la grâce que l’on a reçue, que l’on est tenté, comme Jésus. Accompagné par Jésus, on peut sortir de cette épreuve.
Le diable est malin, c’est toujours à la fin, lorsqu’on est plus faible, qu’il attaque. C’est à la fin des quarante jours, lorsque Jésus a faim, soif, qu’il est fatigué, qu’il est tenté.
Je me souviens d’un prêtre orthodoxe qui racontait son passage dans un goulag au temps de l’empire soviétique. Il disait : moi le prêtre, j’ai trouvé un jour, un quignon de pain, et vous ne me croirez pas, mais je l’ai pris en cachette, je me suis enfermé dans les toilettes, pour le manger, seul, sans être vu par personne, comme un gros égoïste.
C’est toujours quand on est fragile, faible, fatigué, que le diable nous attaque. C’est toujours à la fin d’une soirée où l’on a fait la fête que l’on peut faire les plus grandes bêtises. Le diable dit toujours des choses qui sont à moitié vraies au départ, et qui sont ensuite perverties.
Par exemple, tu as une belle intelligence. Mais justement, tu t’en sers pour écraser les autres et non comme un service.
Tu as une belle foi, fidèle. Et justement tu vas t’en servir pour juger ceux qui ne sont pas croyants.
Tu as un beau physique, tu vas t’en servir pour être séducteur, séductrice, et rapporter, conduire les autres à toi.
Et vous voyez cette tentation que Jésus subit lui-même, c’est comme un résumé de toutes nos tentations, de toutes ces épreuves que nous avons à traverser.
C’est tout d’abord la tentation du plaisir facile. “ Ordonne à ces pierres de devenir des pains, tu peux te passer de Dieu” Tentation, à bout de bras, du plaisir facile, l’antidote de cela, c’est le jeûne où justement je vais me dépouiller de moi-même, mettre Dieu au centre, je vais forcer, travailler la maîtrise de moi.
La deuxième tentation est celle de la foi facile : “ Jette-toi en bas, tu ne crains rien ! C’est la tentation de la foi sur un claquement de doigts, “ je croirais si j’ai tel signe, si je vois vraiment la présence de Dieu qui m’apparaît dans un éclat de lumière.” L’antidote à la tentation de la foi facile, c’est la prière pendant le carême qui nous met dans la vérité de notre relation avec Dieu, face à notre cœur. Parfois c’est difficile, c’est sec, mais voilà le vrai chemin chrétien, la fidélité dans la prière.
La troisième tentation, tentation du pouvoir facile : “tous ces royaumes, je te les donnerai, dit le père du mensonge, je te les donnerai si tu te prosternes.” Tentation de l’autorité facile, du pouvoir facile, et l’antidote c’est l’aumône. C’est ne plus se regarder soi-même, dans ce que l’on a de pouvoir, de grand aux yeux du monde. C’est de s’approcher du pauvre, du petit, du mendiant et de partager et de vivre l’aumône.
Vous voyez comment la tentation nous approche, les points sur lesquels nous pouvons être tentés. Et comment Jésus résiste.
Troisième question évidemment: comment vaincre la tentation ?
On ne dialogue jamais avec le diable. On ne dialogue jamais avec le mal, dont la plus grande ruse est d’ailleurs, dit Baudelaire, de nous faire croire qu’il existe pas. Et pourtant ! On ne dialogue pas avec lui. Jésus ne dialogue pas avec le mal et il répond vraiment avec la Parole de Dieu lancée comme une flèche et qui est cette force qui le porte. “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” “Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.” “ C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.”
Est-ce que vous fréquentez l’Évangile au point de connaître quelques paroles par cœur qui peuvent vous aider au moment où l’épreuve arrive ? C’est notre langue maternelle, la Parole de Dieu, on devrait connaître quelques paroles qui sont notre force, notre appui, notre défense. Et puis bien-sûr, ce qui nous est proposé pendant le Carême nous fortifie dans les épreuves: la prière, les sacrements. Et ainsi on peut avancer, à petits pas quotidiennement, ce qui va manifester notre liberté retrouvée, notre désir profond de nous unir au Christ et de le laisser être victorieux en nous , lui qui a gagné la bataille. Finalement la victoire est acquise, la victoire est certaine. Il nous faut la ratifier. Il faut l’accueillir et le laisser en nous, lui faire plus de place.
Un petit pas, chaque jour : choisissez le renoncement à un petit plaisir. Prenez chaque jour un point, appliquez ce que vous avez choisi pour votre Carême, pas des choses inatteignables, un Carême réaliste.
Seigneur , nous te bénissons de nous ouvrir ainsi la voie par ta victoire sur la tentation, nous montrant qu’à travers toi, avec toi, il est possible d’être plus forts que le mal.
Tu as gagné, laisse cette victoire s’enraciner dans nos cœurs, permets-nous de ne pas avoir peur de dénoncer le mal, de l’affronter et attachés avec toi de poursuivre notre route vers la lumière.
Amen.
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