Il y a quelques années, à la télévision, un prêtre assez âgé qui avait été enfermé dans les
goulags soviétiques, à l’époque du communisme témoignait et donnait cette parole si
forte : “ Je n’ai aucune animosité contre mes bourreaux, que pouvaient-ils faire de plus
contre moi, me tuer ! Chapeau ! Il était, rapporte-t-il, dans cette attitude où il ne
craignait pas les hommes qui ne pouvaient atteindre le plus important en lui-même : le
cœur, l’âme.
Cela rejoint le premier appel que nous fait Jésus : “ Ne craignez pas les hommes”.
Jésus n’est pas un doux rêveur idéaliste, il sait très bien ce qui l’attend, ce qu’il va
advenir de ses disciples, tous mourront martyrs, de quantités de disciples dans l’histoire
de l’Eglise qui ont traversé bien des persécutions. “Ne craignez pas les hommes, ceux qui
peuvent tuer le corps, mais craignez ceux qui peuvent tuer l’âme, cette marque divine,
cette présence qui vous relie au Créateur.”
Les paroles de Jésus sont une invitation très forte à la confiance, à comprendre que
quoiqu’il arrive dans notre vie, nous pouvons le traverser. Jésus sait très bien que nous
aussi, aujourd’hui, nous rencontrons des obstacles, des difficultés : ce n’est pas la mort
qui nous guette en France, mais nous pouvons connaître des difficultés pour être
chrétiens, pour proclamer, pour oser témoigner, avec la force de la conviction, de notre
foi. Ne craignez pas ceux qui peuvent se moquer de vous, ceux qui ne vous comprennent
pas, ceux qui ne vous écoutent pas. Pas facile d’assumer ce que nous sommes, sans
trahir, sans renier, dans le monde du travail, dans le milieu scolaire ou étudiant, et
pourtant continuez votre route ! “Même les cheveux de votre tête sont comptés”,
c’est-à-dire que nous sommes entre les mains de Dieu. C’est notre force, notre
confiance absolue. “ Son Nom est inscrit sur la paume de nos mains”, comme dit le Livre
d’Isaïe. Nous sommes entre les mains de Dieu depuis que nous sommes créés, à l’image
de Dieu, à fortiori depuis notre baptême, nous sommes reliés et rien, ni personne ne
peut enlever cela, ce qui nous survira pour l’éternité jusqu’à ce que nos corps
ressuscitent.
Ne perdons jamais de vue cette affirmation très forte du Seigneur.
Deuxième appel de Jésus : “ Craignez celui qui peut faire périr l’âme”
Etonnamment, il y a le pendant : “Craignez”. C’est la seule fois dans l’Évangile que figure
ce verbe, contrairement à “N’ayez pas peur” qui revient régulièrement. “ Craignez ceux
qui veulent faire périr l’âme”. La crainte, la peur sont le plus souvent mauvaises, sauf
dans un cas, lorsqu’elles nous préviennent qu’une chose grave se présente à nous et
nous invitent à réajuster notre conduite.
Qu’est-ce qui peut atteindre notre âme ? Le péché mortel, le mal, le malin peuvent
toucher notre âme, notre relation avec Dieu, notre vie de communion avec Dieu, notre
vie intérieure. Sainte Catherine de Sienne disait : “ Si tu connaissais la beauté de l’âme humaine, alors tu donnerais mille fois ta vie pour elle.” A fortiori, si nous connaissions la
beauté de notre âme, ce que Dieu nous a donné – nous sommes les seuls à avoir une âme
immortelle- peut-être que nous en prendrions davantage soin et que nous agirions pour
que rien ne vienne l’abîmer.
C’est un appel à la vigilance ! Jésus a affronté le malin, il nous prévient, il nous donne la
force de sa victoire, pour remporter le combat avec lui et passer à travers le mal, la
tentation.
Il n’y a rien de plus précieux que notre vie intérieure, cette vie qui a été déployée, semée
en nous au moment de notre création, ravivée au moment de notre baptême, cette vie
divine, prenons-en soin par-dessus tout.
Vous êtes là, frères et sœurs, parce que vous voulez prendre soin de votre vie intérieure,
de votre âme. Vous avez bien raison, et cette messe, toutes ces messes, dimanche après
dimanche, vous donnent d’être forts dans la lutte, dans le combat. La victoire du Christ
c’est notre victoire.
Troisième appel de Jésus : “ Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai
devant Dieu.”
Et il y a alors ce dernier appel du Christ dans cette page d’Évangile, si fort et
impressionnant, si nous ne le comprenons pas.
N’avons-nous pas déjà renié Dieu ? C’est cela le péché ! Ne restons pas en état de péché.
Comprenons bien, Pierre, saint Pierre, notre patron, a renié, et pourtant il n’a pas été
renié, il est Saint Pierre ! Il n’a pas été renié, parce qu’il s’est jeté dans les bras de Jésus
et qu’il a demandé le pardon. C’est la seule issue de notre péché lorsque nous chutons,
lorsque nous nous égarons. C’est la seule issue toujours et toujours, c’est comme pour
Pierre la miséricorde reçue. C’est la différence entre Pierre et Judas. Pierre est reparti et
a pu dire par trois fois au Seigneur : “oui Seigneur, je t’aime, tu le sais bien !”
Ainsi Jésus nous invite à proclamer quoi qu’il arrive, comme nous le disions dimanche
dernier, surtout par notre manière de vivre, par nos comportements, à révéler la beauté
de l’Évangile. Car l’Évangile est fait, non pas pour être gardé mais pour sortir : “ rien
n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu”. Tout est fait pour être
proclamé. L’Évangile est fait pour être entendu. L’Évangile est fait pour être entendu,
pratiqué par les disciples que nous sommes.
Nous recevons cette mission, frères et sœurs. Et ce faisant, bien humblement, nous
entrons dans cette fidélité au Seigneur et nous disons non au reniement.
Rappelons-nous tous Pierre qui se jette dans les bras du Seigneur.
Béni sois-tu Seigneur de nous fortifier, de ne cesser de nous donner des consignes de
vie par ta Parole, qui est toujours une parole de confiance.
“Ne craignez pas devant les hommes, je suis avec vous”, Merci Seigneur pour cette
parole.
“Craignez ce qui peut vous faire du mal”, Merci Seigneur de nous avertir de cela et
Merci de nous envoyer en mission.
Donne nous ta grâce pour ne pas te renier, mais au contraire pour témoigner, être dans
ce monde, là où nous sommes, des relais de ta Parole.
Nous te prions en ce dimanche pour Victoria qui a reçu la confirmation cette année qui
sera bénie à la fin de la messe. Que nous puissions tous, par la force de cette
confirmation que nous avons reçue continuer à proclamer sans cesse cet amour, cette
vie, cette présence de Dieu dans notre existence et au cœur du monde.
Amen
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