Homélie Solennité Sainte Trinité 2026, Mgr Dubost

Homélie Solennité Sainte Trinité 2026, Mgr Dubost

Frères et sœurs, nous fêtons la Trinité, je ne vous parlerai pas de Dieu parce que Dieu est au-delà de tout ce que l’on peut dire. Il est tellement grand que l’on peut dire des choses et presque leur contraire pour parler de Dieu.

Il y a peu de choses que je sais sur Dieu, mais il y en a une que je sais  : c’est que Jésus nous a dit que ce Dieu, qui est au-delà de tout, nous aime et veut notre bonheur et qu’Il a donné comme mission à son Fils de nous dire cet amour, de l’exprimer et de faire en sorte que chacun d’entre nous, nous nous trouvions en amitié avec Dieu.  C’est, quand on y pense, extraordinaire !

Ce que je sais aussi, c’est que probablement  tous ici, nous avons été baptisés, plongés en Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit et que nous sommes ainsi entrés dans la famille, conformés au Christ et que nous avons reçu la même mission que lui, c’est-à-dire amener nos frères et nos sœurs dans l’humanité au bonheur.

Bien sûr je sais que c’est l’ordination d’Antoine, mais il sait très bien ce que c’est qu’un diacre. Et ce qui est important, c’est d’assister à cette ordination en la prenant comme un signe pour notre propre vocation. Nous l’applaudirons tout à l’heure, mais ce serait très hypocrite si on disait que c’est lui qui va faire le travail et nous non. Nous avons été baptisés et cette ordination dit à chacun d’entre nous, où que nous en soyons sur notre chemin, et toi ?

Une ordination, c’est d’abord une réponse à un appel. Cet appel peut s’exprimer de manières différentes, la Parole de Dieu s’adresse à tous, mais il y a un moment où ce qui est universel devient particulier, devient quelqu’un qui nous appelle et nous le sentons quelquefois à propos d’un échec, à l’occasion de bien des choses dans la vie qui peuvent être différentes pour les uns et pour les autres.

A un moment donné, si nous ne sommes pas pris par le tourbillon de la vie, si nous écoutons ce que ce que nous sommes, Celui qui nous a créés, le Verbe qui nous a créés fait naître en nous une parole, où l’on a envie de lui dire : “Oui, je veux te suivre !” Il faut reprendre le chemin de cette parole, cela demande des renoncements, incontestablement, pour répondre “oui” à notre vocation quelle qu’elle soit, il faut renoncer. Ce n’est pas le renoncement pour le renoncement, c’est le renoncement parce que nous voulons dire au Christ que nous l’aimons, même si nous sommes un peu imparfaits pour dire cet amour.  Renoncer à une partie de soi-même, à ce qui est inutile pour aller vers Dieu et qui quelquefois le gêne ou l’empêche, il nous faut découvrir que Dieu veut nous parler par les visages des autres. La vocation de Moïse n’est pas une vocation pour lui, la vocation de qui que ce soit ici, n’est pas une vocation pour soi, c’est toujours une vocation pour le peuple de Dieu et cela n’a pas de sens si le visage des autres n’a pas un sens pour nous. Toute vocation est une vocation où l’on se libère pour savoir regarder ce que Dieu nous dit à travers le visage des autres.

Discerner sa vocation au fond,  aimer.

Je sais bien que le mot amour est tellement galvaudé que nous hésitons à l’employer à notre tour, alors j’aimerais l’enrichir des mots : justice, vérité, amour, miséricorde.  Il n’y a pas de vocation sans la découverte de la miséricorde de Dieu. On sait très bien que les diacres sont faits pour servir, mais ce service n’est pas uniquement matériel, c’est un service de la personne qui est appelée à rencontrer Dieu, c’est un service pour le Salut, c’est un service pour faire grandir la personne jusqu’à Dieu, lui faire découvrir l’amour de Dieu. C’est un service qui a une particularité : lorsque l’on relit Isaïe, on se rend compte que le serviteur est celui qui porte le péché des autres. Le Christ a porté le péché des autres. Je sais bien que beaucoup de parents portent les bêtises de leurs enfants, portent leur péché en les aimant quand même et en les faisant grandir, mais ce n’est qu’une image…

Porter le péché des autres, c’est porter les mauvaises conséquences du péché, essayer de les transformer, de les offrir, de faire en sorte qu’elles ne soient pas des obstacles au chemin vers Dieu.

 

Discerner sa vocation au fond,  aimer.

Beaucoup d’entre nous pensent que j’ai dit l’essentiel et je ne le crois pas. Je n’ai pas encore dit que toute vocation qui met en œuvre  ce que nous avons reçu au baptême est une vocation à rassembler. C’est toujours une vocation à la relation. Nous avons été plongés dans un Dieu relation pour devenir relations à notre tour, pour comme Lui mettre en communication ! Dans notre monde, nous sommes très facilement les uns à côté des autres, nous nous servons d’outils pour ne pas être trop avec les autres, nous avons des relations qui sont fonctionnelles comme on dit. Découvrir l’autre, c’est le rencontrer profondément, avoir besoin de lui, être en communion avec lui. Le diacre est comme tout chrétien l’homme de l’Eucharistie, l’homme de la communion – pas seulement de la communion avec le Seigneur, comme si Jésus pouvait être imaginé sans son corps, sans les autres – Mettre en communion, cela peut se faire  en faisant goûter la Parole de Dieu bien sûr mais cela doit être préparé de plus loin par la communication, par l’éducation, par l’aide matérielle.

Au fond, c’est travailler à préparer ce temps où nous serons tous ensemble. Il n’y a pas de vocation qui puisse exister, si elle n’est pas signe du bonheur auquel tous nous aspirons, cette unité de l’humanité.

 

Je voudrais ajouter un mot : dans l’ordination du diacre, on parle généralement de la liturgie des Heures. J’ai l’impression que le Concile Vatican II n’a pas été entendu :  la liturgie des Heures est la prière obligatoire  des religieux, des religieuses, des prêtres mais le Concile a demandé qu’elle soit la prière ouverte à tous : c’est la prière de l’Église. Pour beaucoup de gens, la messe est toute la prière de l’Église, mais non. La liturgie des Heures – ce que l’on appelle Laudes, l’office du milieu du jour (Tierce, Sexte ou None, suivant l’heure),  Vêpres  et Complies – reprend les psaumes que Jésus a dits. Chaque fois que nous rentrons dans cette liturgie des heures, nous rentrons dans cette sphère de prière qui est autour du monde et qui offre le monde à Dieu. Le diacre, comme chacun d’entre nous,  nous sommes appelés par Dieu  à entrer ensemble dans cette grande liturgie qui annonce le monde auquel nous aspirons, où nous serons tous rassemblés, heureux de chanter la gloire de Dieu.

 

 

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