Frères et sœurs, de dimanche en dimanche, nous avançons avec des paraboles. Elles viennent éclairer notre chemin, elles s’adressent aux contemporains de Jésus qui sont visés – ceux qui ont reçu le dépôt de l’Alliance et qui ne sont pas fidèles – Ils se prennent quelques scuds de la part de Jésus !
La parabole d’aujourd’hui n’est pas si facile à comprendre : Jésus semble souffler le chaud et le froid. Dieu invite très largement, tous sont conviés au festin des noces de son Fils. Dieu veut que la multitude des hommes soient touchés par la grâce de la participation au festin éternel auquel nous sommes destinés. A l’inverse, il y a cette parole : “ Comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? Jetez-le dehors !”
Une parabole est faite pour convertir. Convertir ceux qui l’écoutent, les pharisiens, les scribes qui ne sont pas si fidèles que cela au bon esprit de la loi, et nous aujourd’hui. Trois types de personnages apparaissent dans cette parabole.
Il y a d’abord ceux qui sont invités et qui ne viennent pas.
Ce sont ceux qui pensent que le travail est peut-être plus important, ceux qui sont pris par leurs affaires, ceux qui sont pris par le commerce. Tout à fait de ce monde qui prend trop de place… C’est un peu le “grand seigneur” qui peut se débrouiller tout seul.
Nous pouvons être de ceux-là. “Je n’ai pas besoin, je me débrouille tout seul. Je n’ai pas si besoin que cela de venir fidèlement à la messe, ni besoin de prier. Dieu je m’adresse à lui directement…”
C’est celui qui finalement est assez rempli d’orgueil. Et cela se traduit aussi par des actes d’infidélité : la prière et la pratique que l’on finit par abandonner. Parfois aussi la charité et l’amour qui sont au sommet de cet évangile, nous le verrons dans quelques instants. Oui, c’est celui-là qui ne vient pas à l’invitation, qui se défile. L’Évangile nous invite sans cesse à faire le tri, à regarder l’essentiel, à reprendre nos décisions pour demeurer fidèles et à vivre toutes les conséquences de cette fidélité, de ce “oui” redit chaque dimanche.
Il y a ceux qui ne sont pas invités
La deuxième catégorie de personnes, ce sont ceux qui ne sont pas invités et que l’on va chercher. Qui sont-ils? Ils sont ceux qui ont une place particulière dans le cœur de Jésus : les pauvres, les malheureux, les estropiés et les malades. Nous en sommes aussi, frères et sœurs. Nous sommes chacun, un peu aveugles, un peu malades, estropiés d’une manière ou d’une autre, nous sommes invités et Jésus vient nous chercher. Il y a de la place pour chacun qui que nous soyons, comme nous sommes, là où nous en sommes, à condition que nous sachions le reconnaître, à condition que nous sachions demander d’être accueillis aussi, à condition que nous nous reconnaissions pauvres.
C’est ce que nous faisons au début de chaque messe, pour laisser le Seigneur venir nous inviter, venir nous rejoindre dans notre pauvreté. Il suffit qu’il y ait une ouverture de notre cœur par laquelle le Seigneur puisse entrer pour que nous soyons saisis par sa grâce, par sa présence, par son invitation.
Oui nous sommes invités à nous reconnaître petits, malades, pécheurs, pauvres, estropiés, cabossés d’une manière ou d’une autre. N’ayons pas peur de ces blessures que nous portons, peut-être en les cachant parfois, de ces péchés. Le Seigneur connaît tout cela, le Seigneur sait de quoi nous sommes faits bien sûr. Il nous a laissé un sacrement qui est celui de la miséricorde pour venir nous ressusciter, nous aider à retrouver la vie et la lumière. Humblement, reconnaissons cela.
Il y a celui qui entre sans le vêtement de noce
C’est le troisième personnage. Il entre comme un parvenu qui se croit “arrivé” mais il n’a pas le vêtement de noce. Et c’est là que ça se corse, puisque il est accueilli par le maître qui lui demande ce qu’il fait là. Cet homme ne répond pas, il est muet. C’est très intéressant de remarquer cela. Lorsque l’on se croit arrivé, lorsqu’on s’appuie aussi sur ses propres forces, la liberté que l’on a mal utilisée nous musèle, on devient muet, on ne parle pas devant l’amour, on est replié sur soi-même.
Cet homme ne porte pas le vêtement de noce. Quel est donc ce vêtement ? C’est plus que le vêtement du baptême, – bien sûr, le baptême nous met sur la voie royale.- Le vêtement de noce, c’est – puisque l’invitation est adressée à tous les hommes- l’amour, l’amour que tout homme peut vivre, peut accueillir.
Si le roi a cette attitude, c’est parce que cet homme finalement ne s’est pas laissé habiller par l’amour durant sa vie. Et voilà peut-être la pointe de ce récit. Nous sommes invités qui nous soyons, chacun à notre place, là où nous en sommes, à nous laisser habiller, revêtir sans cesse, avec obstination par l’amour.
L’amour que nous accueillons et l’amour que nous donnons.
L’amour que nous accueillons de Dieu sans cesse, en priant, en venant recevoir les sacrements, comme vous le faites, mais aussi bien sûr en le vivant.
Qu’est-ce que serait l’amour si on ne le vivait pas. Et cela nous habille d’un vêtement nouveau, d’un vêtement qui nous destine à prendre place au festin du royaume.
Finalement, la seule question qui vaille dans notre vie, c’est : “As-tu accueilli l’amour ? T’es-tu laissé revêtir par l’amour, en l’accueillant et en le vivant toi-même ?
C’est cela la vraie question. Et peut-être que les contemporains de Jésus qui l’écoutent, les pharisiens et les scribes sont durs de cœur, et sont très légalistes par rapport à la loi et ont perdu le véritable esprit de la loi.
Jésus vient le rappeler, il propose la loi nouvelle, la loi de l’amour. Et ce vêtement de noce, c’est le vêtement de la charité, c’est le vêtement de l’amour que nous sommes invités à revêtir.C’est ce que vous venez faire à la messe : vous venez vous habiller de ce vêtement de l’amour. Nous arrivons un peu “nus” et il faudrait qu’en sortant de la messe, nous soyons revêtus davantage de ce vêtement de l’amour par la rencontre de celui qui est l’amour. Beaucoup d’entre vous, vous allez communier tout à l’heure et vous allez recevoir celui qui est la source de l’amour pour qu’il vive en vous, et vous revête ici de ce vêtement de l’amour pour pouvoir le vivre dans le monde. Voilà notre vie ! Ne soyons pas comme celui qui était parvenu, qui croyait pouvoir entrer dans le festin des noces sans avoir vécu cela du tout dans sa vie.
“Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.”
Il reste cette dernière phrase assez étonnante qui est restée assez célèbre de l’Évangile “beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.”. Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment comprendre cela ? Finalement, je crois que l’on pourrait dire : la multitude est appelée, mais peu répondent. Il ne s’agit pas de question de comptes ou de prédestination. Il n’y a pas de prédestination dans notre foi catholique.
La multitude est appelée, sommes-nous de ceux qui répondent ? Jésus est un peu désolé en disant cela, il fait un constat : “peu sont élus, peu répondent.” Laissons-nous saisir par cet amour, laissons-nous revêtir par cet amour, habiller par l’amour reçu de Dieu Lui-même.
Béni sois-tu Seigneur de nous enseigner ainsi. Donne-nous d’être de ceux que tu invites et qui répondent par l’amour. Nous savons que nous avons notre place à ce festin des noces auquel la participation à la messe chaque dimanche est comme une image, une préfiguration de ce festin éternel auquel nous participerons, – en bien meilleur évidemment, en bien plus grand, en plus délicieux.-
Mais déjà nous traçons notre chemin, nous savons que tu nous adresses ce carton d’invitation, qui est celui de l’amour. Puissions-nous le saisir et le vivre chaque jour. Amen.
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