Homélie du 1 novembre 2026, Mgr Lefevre Pontalis

Homélie du 1 novembre 2026, Mgr Lefevre Pontalis

Frères et sœurs, Il faut voir Dieu ! Mais voulez-vous vous laisser regarder par Lui, voulez-vous vous laisser aimer par Lui? Telles sont les questions fondamentales qui sont posées en ce jour de la Toussaint .

 

La petite sainte Bernadette de Lourdes, dans sa description des  apparitions de la Vierge Marie, affirmait : “ Elle m’a regardé comme une personne.”  Bernadette rapporte ce qui fait sa joie, la Vierge Marie l’a regardée, mais surtout regardée comme une personne.

Le pape Léon XIV lorsqu’il rencontre quelqu’un -vous l’avez peut-être noté, j’ai eu la grâce de le vivre – le regarde avec un regard profond, il n’est distrait par rien. Il n’y a que vous en face de lui, à ce moment-là. Une profondeur du regard qui veut dire une intensité de Dieu dans la personne qui parle et qui vous regarde.

Ainsi cette fête de la Toussaint nous invite à raviver en nous cette espérance de voir Dieu, de nous laisser regarder par Lui et en retour de le voir et de revoir tous ceux que nous avons aimés. Voir Dieu, nous sommes faits pour cela, nous sommes sur le chemin, ce sera inévitable, nous le rencontrerons, ce sera le sommet de notre existence humaine, cela nous comblera totalement en plénitude.

 

Je voudrais faire deux remarques simplement en cette fête

 

Pour voir, il faut se laisser regarder par Dieu

 

C’est essentiel dans ce que Jésus dit et fait aujourd’hui . “Voyant les foules”, “levant les yeux sur ses disciples” Jésus les regarde, et  il y a cette parole qui sort de son coeur, de son esprit, de son âme. Ce qu’il dit, ce ne sont pas des paroles en l’air, ni des paroles théoriques, Jésus s’adresse à chacun et il leur parle  “ Heureux les pauvres” à l’un, “ heureux les miséricordieux” à un autre, “ heureux les coeurs purs” à un troisième. Jésus incarne ce qu’il dit, et on peut dire que les Béatitudes que nous entendons, sont la reconnaissance de ce qu’il y a de bon en chacun de nous. Dieu reconnaît ce qu’il y a de bon en nous : “Heureux” parmi vous “ceux qui ont faim et soif de la justice”  “Heureux les doux”… Jésus reconnaît qu’il y a déjà en nous,  telle ou telle facette des Béatitudes. Ainsi Jésus quand il parle en regardant, a toujours une parole qui aime, une parole qui sauve. C’est une parole de salut, d’amour. Lorsque l’on regarde une icône, on  se sent regardé, vraiment regardé par les visages. Lorsque le Christ  est représenté, il y a toujours ce visage du Christ qui nous regarde profondément. Se laisser regarder par le Christ, c’est ce que nous faisons dans la prière, même si nous ne voyons pas son visage, nous entendons sa parole, nous approchons de l’Eucharistie.

 

Pour voir, il faut apprendre à se laisser regarder, c’est à dire se laisser aimer, tels que nous sommes, non pas rêvés comme nous voudrions être, mais tels que nous sommes façonnés avec nos qualités, nos défauts. C’est à partir de cela que Dieu, Jésus nous regardent. Ainsi nous pouvons laisser grandir cette sainteté qui est en nous. Alors apprenons à nous laisser regarder, dans la prière, ouvrons notre coeur, ne soyons pas hypocrites, ne mentons pas devant Dieu, laissons Dieu voir tous les aspects de notre existence. Il ne nous demande pas d’être quelqu’un d’autre que ce que nous sommes nous-mêmes, Il me demande d’être saint, parce que je suis Bruno et il le demande à chacun d’entre vous. Il ne vous demande d’être la Vierge Marie, ni saint Pierre. Il vous demande avec ce que vous êtes, d’être saint.

 

Pour voir, il faut apprendre une nouvelle manière de regarder

 

Quand Jésus regarde ses disciples c’est pour sanctifier, convertir leur regard.  Sanctifier, convertir son regard, cela signifie décider, choisir de se détourner de ce qui est mauvais, de ce qui est mal. C’est choisir ce qui est bon, ce qui est vrai, ce qui est beau.

C’est par exemple choisir de se détourner de ces écrans devant lesquels nous passons des heures, et qui n’apportent pas grand chose, sinon de nous nourrir d’indiscrétions malsaines, ou de médisances, d’impuretés. Tâchons de décider de rentrer dans une autre manière de regarder et gardons seulement le bien. Cela demande un discernement, une attention et une vigilance particulière.

 

C’est aussi regarder les autres dans l’espérance. Regarder mon mari, ma femme, mes enfants, ma famille, mes amis, ceux avec lesquels je travaille, avec un regard d’espérance. C’est-à-dire regarder ce qu’il y a déjà en eux de DIeu, trouver quelle béatitude a déjà commencé à germer en eux. C’est un exercice que vous pouvez faire avec des amis, autour d’un verre, lors d’une discussion un peu sérieuse, ou à table. Quelle est la béatitude qui te va le mieux, dans laquelle je te reconnais, peut-être à ton insu. Avoir ce regard qui voit dans l’espérance, cela change beaucoup nos relations. Dans quelques semaines, nous commencerons à la paroisse un parcours très simple, mais très fort de la  gratitude qui nous invite à convertir notre regard.

 

Sanctifier notre regard veut aussi dire choisir, décider ce qui est essentiel, ce qui est prioritaire. Qu’est ce qui est important pour moi, pour toi, pour le monde ? Bien-sûr peut-être d’être beau , d’être intelligent, d’être riche, de réussir dans la vie… mais quelle est la priorité ? Que me dit Jésus aujourd’hui en particulier ?

“Pour construire le royaume de mon Père, j’ai besoin de coeurs purs, de miséricordieux, j’ai besoin de doux – nous en avons besoin particulièrement dans notre pays en ces jours -, j’ai besoin d’hommes et de femmes assoiffés de justice et de paix”

Voilà la priorité ! Prenons ces paroles au sérieux, convertissons notre regard, acceptons ce qui est essentiel,  cela ne nous empêche pas de vouloir réussir notre vie, au contraire cela participe à la réussite de notre vie.

 

Aujourd’hui, en écoutant ces béatitudes, je vous invite à vous laisser regarder par Dieu, dans la prière, dans la messe, en allant communier en vérité, en vous exposant tels que vous êtes et à entrer dans une nouvelle manière de regarder.

Que cette fête de la Toussaint soit comme un nouveau départ, pour que jaillisse l’espérance. En se laissant regarder par Dieu et en convertissant notre regard, jaillira dans votre cœur, l’espérance proclamée par Jésus, proclamée par ses relais, proclamée par le pape Léon XIV : une espérance contagieuse dans la vie des chrétiens.

Béni sois-tu Seigneur de nous indiquer ce chemin de vie en cette fête de la Toussaint, que les saints nous entraînent sur leur chemin, en nous rappelant que nous sommes les saints de France, aujourd’hui. Amen.

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