Frères et sœurs, vous avez entendu,
ne gardez de dettes envers personne, si ce n’est celle de l’amour fraternel. L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour.
Deux paroles fortes de saint Paul dans la deuxième lecture qui sont comme le fil rouge du message de ce dimanche, message fondamental pour notre vie chrétienne. Fil rouge de tout évangile, de toute la Bible même : l’amour fraternel. Et Jésus sait bien en confiant ces paroles à ses disciples, en confiant cette mission à ses apôtres, qu’il s’adresse à une communauté de gens imparfaits. L’Église nous ne le savons que trop est cette longue caravane de boiteux, d’aveugles, d’estropiés, de pécheurs. Mais le Seigneur leur confie cette mission. Et il y a aussi bien sûr le revers de cette Église pécheresse qui a du mal à vivre cet amour. Il y a beaucoup de charité, beaucoup de belles actions, beaucoup d’attentions, d’écoute, de tendresse, de force dans la parole. Nous le verrons, je l’espère dans l’Église et particulièrement à Paris dans quelques semaines autour du Saint-Père.
Jésus, dans cet évangile, nous rappelle trois missions essentielles de la communauté de l’Église. Missions qui rejoignent chacun de nous dans cette vie concrète : Vigie, Pardon, Prière.
Première mission, c’est celle de vigie, d’observateur.
je fais de toi, un guetteur pour la maison d’Israël
ceci nous a déjà été dit dans l’Ancien Testament dans le livre d’Ezékiel, dans la première lecture.
l’Église du Christ est chargée de veiller ainsi sur l’humanité en marche, sur ce qu’elle vit, ce qu’elle peut penser. L’Église a ce rôle d’observatrice pour orienter. Et elle ose prendre la parole dans de nombreux domaines – scientifiques mais même politiques, ceux qui touchent à la vie de l’homme, de la femme, de l’amour – même si on lui dit de se taire. C’est ce qui a légitimé les paroles de nombreux papes, dans ce que l’on appelle le corpus de la doctrine sociale de l’Église et encore ces dernières années, le pape François a parlé de l’écologie, le pape Léon XIV vient dans sa première Encyclique de parler de l’intelligence artificielle. Tous ces domaines concernent cette vigilance qui est cette mission de l’Église. Elle guide, ayant reçu par le Christ une expertise en humanité. Par le Christ, elle sait ce qui est bon pour l’homme, ce qui est mauvais pour l’homme et sans imposer, elle rappelle la direction à suivre.
Mes amis, il faut que nous soyons les relais de cela. Il faut d’abord nous former et savoir ce que les pasteurs, les enseignants, l’élite magistérielle comme on dit, nous disent dans ces domaines. Avez-vous lu la dernière encyclique du Saint-Père “Magnifica humanitas” ? Elle donne des points de repères qui rappellent les doctrines sociales pour bien des domaines et puis indique comment utiliser l’intelligence artificielle qui apparaît partout maintenant.
Nous avons aussi à ne pas nous taire, pour accomplir cette mission qui est la nôtre de vigilance, de guetteur, de veilleur.
Deuxième mission, l’exercice du pardon.
L’Église est ce lieu éminent de l’exercice du pardon et de la réconciliation. Aujourd’hui, Jésus aborde un point précis qui est ce que l’on appelle la correction fraternelle. Ce n’est pas facile cela !
Même dans un couple, en famille ou entre amis, c’est une œuvre de charité que de pouvoir parler à l’autre, de le remettre dans le chemin. Pouvoir parler, pouvoir dire les choses et pouvoir dire, de par notre mission, notre responsabilité. Savoir dire, en tant que parents, qu’amis : “Ce que tu fais là, je pense que ce n’est pas juste, pas bien.”
Non pas pour juger, mais pour aider à remettre les personnes dans le chemin, dans la lumière de la vérité. Ainsi, Jésus était très concret, vous l’avez entendu dans l’évangile dans ce domaine de la correction fraternelle. Tout d’abord, il invite à avoir du courage pour aller trouver celui qui file un mauvais coton, pour le remettre dans le bon chemin. Jésus invite, tout d’abord et par-dessus tout, à parler seul à seul, à discuter dans la confiance. Rien ne vaut cet échange à deux ! Ce n’est pas facile ! Jésus nous invite à beaucoup de délicatesse, mais aussi à beaucoup d’exigence pour nous-mêmes vis-à-vis des uns et des autres. Nous nous portons les uns les autres, nous nous aidons les uns les autres. Nous nous construisons les uns les autres. Que nous ayons ou non des responsabilités, des devoirs vis-à-vis des autres, nous recevons cet appel à veiller et lorsque l’occasion se présente à aller trouver l’autre, à demander le pardon ou la réconciliation.
Vous savez bien que lorsqu’il y a un petit cancer, pour éviter les métastases, il vaut mieux un petit coup de bistouri pour éviter que le corps entier ne soit envahi par les métastases. C’est un moment délicat et difficile mais qui protège la santé.
C’est la même chose dans les relations. Lorsqu’un petit poison s’installe, il faut éviter qu’il rayonne dans l’ensemble du corps. Il faut l’attaquer directement. Nous voyons ainsi
l’Église, les évêques, le Saint-Père le faire à l’occasion lorsque des personnes risquent de répandre un mauvais chemin. Le chrétien n’est pas celui qui est meilleur que les autres, je crois que le chrétien est celui qui ose faire le premier pas vers la réconciliation.
Ce premier pas vers la réconciliation, c’est donc cette correction fraternelle que nous sommes appelés à réaliser dans la délicatesse, dans la progressivité pour aider des personnes, donner des conseils. C’est une œuvre de charité qui construit l’Église en vérité. Nous avons tous dans ce domaine à vérifier comment nous nous comportons, ne pas vivre la politique de la personne qui a peur de faire quelque chose, qui a toujours de bonnes excuses. Nous savons en tant qu’éducateurs ou parents que nous devons poser des “non” aux enfants. Un NON construit plus qu’un OUI souvent.
Que nous ayons ou non des responsabilités directes, nous pouvons avoir une parole qui construit, qui aide l’autre à trouver le bon chemin. C’est notre deuxième mission, l’exercice du pardon et de la réconciliation dans nos familles, entre amis, dans la communauté paroissiale, dans l’Église.
Troisième mission, la prière avec les autres et pour les autres
Troisième mission évidemment de l’Église que nous recevons aujourd’hui :
Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux
c’est cette mission de prière. Jésus reprend cela de la tradition juive, qui dit que lorsque deux juifs se réunissent avec la Torah au milieu d’eux, la présence de Dieu est réelle. Jésus confie cette mission de prière à ses disciples. Dans les paroles de Jésus, on comprend que la prière commune a davantage d’efficacité que la prière individuelle. Donc il y a nécessité de pouvoir nous rassembler à la messe du dimanche et aussi en petits groupes de prière, en veillées de prière. L’efficacité de la prière est grande lorsque nous nous réunissons au nom de Jésus.
Cette mission de prière évidemment nous concerne. Nous avons notre place à tenir : si nous ne sommes pas là, un maillon manque à la chaîne de prière. Que ce soit en tout petits groupes, ou en foule immense comme nous le vivrons dans quelques semaines aux Champs-Elysées et place de la Concorde. C’est cette même prière qui est notre mission. Qu’en ce début d’année, nos missions fondamentales que nous confie le Christ : – missions de vigie, de lieux de pardon, de réconciliation et de prières – continuent de fonder notre vie chrétienne ensemble et chacun individuellement.
Béni sois-tu Seigneur de nous montrer la route pour être disciples de ton Fils.
Béni sois-tu de nous rassembler en ce début d’année, d’être présent au milieu de nous, et de nous guider dans la joie d’appartenir à la même communauté de tes disciples.
Amen
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