Homélie du 13 septembre 2026, Mgr Lefevre Pontalis

Homélie du 13 septembre 2026, Mgr Lefevre Pontalis

Peut-on tout pardonner ? Jésus ne pose-t-il pas la barre trop haut ?

Surtout dans un monde où l’un des slogans est “Ni oubli, ni pardon !” Ce sont d’ailleurs deux choses différentes : l’oubli, c’est psychologique et le pardon, c’est spirituel, c’est profond, une décision – on va voir cela -.

Jésus nous demande de pardonner, non pas sept fois – sept dans la Bible signifie un nombre infini de fois – mais soixante-dix fois sept fois, c’est-à-dire toujours !

Dans les couples, en famille, entre amis, c’est déjà difficile… mais s’il faut pardonner à tous de la même manière, à ceux qui sont plus éloignés, dans des cercles plus grands, dans le travail, là cela devient vraiment pour nous une exigence folle, surhumaine. Et pourtant, nous le savons bien, car nous ne sommes pas parfaits, les uns et les autres, qu’il peut y avoir entre nous des blessures, des offenses, même avec nos proches, dans la famille, même dans le couple évidemment. Il y a des grains de sable, il y a des offenses, il y a des rancœurs, toutes sortes de choses qui ont besoin de cicatriser, qui ont besoin d’être verbalisées et pardonnées.

Le plus souvent, heureusement comme dans l’Evangile de dimanche dernier, il suffit d’une bonne communication seul à seul, d’un dialogue, pour apaiser les choses. Parfois, l’offense est plus importante, et finalement, plus on aime la personne, plus on est proche, plus le grain de sable et l’offense font mal, à fortiori dans un couple, dans une famille. Alors, Jésus nous invite dans tous les cas, à nous remettre dans le cœur cette exigence du pardon. Le pape Léon XIV, aujourd’hui, en commentant cet évangile, à l’Angélus à Rome, disait que le pardon est la seule porte de la lumière. Seul le pardon met dans la lumière, c’est la seule sortie possible de l’offense.

Ainsi, ce chemin que Jésus nous propose est à la fois un chemin où il faut demander, accorder et vivre le pardon.

 Demander le pardon

Celui qui a offensé, lorsqu’il s’en rend compte, doit baisser les armes. Il doit entrer dans ce chemin de vérité, d’humilité profonde et le reconnaître. Cette demande de pardon coûte, cette demande de pardon est exigence. “Je t’ai fait souffrir”, pas “je m’excuse”, pas “je regrette” mais “je te demande pardon, pour ce que j’ai fait, pour cette parole, pour cette dispute, pour ce manque, cet oubli même de petites choses, à fortiori de grandes choses”. Cela coûte  évidemment. N’oubliez jamais, votre amour les uns pour les autres vaut ce qu’il vous coûte, c’est à dire à fortiori le pardon. Et ainsi, la demande est le premier appel, la première marche pour sortir de l’offense et entrer dans un chemin de réconciliation qui aboutira à la paix du cœur.

Demande de pardon entre nous, dans les familles, entre parents et enfants. Vous apprenez à vos enfants à demander pardon, mais vous aussi lorsque vous êtes fâchés, il vous faut demander pardon parfois, oser demander pardon. Quel bel exemple d’éducation, lorsque vous demandez pardon pour une injustice, pour une colère imméritée, pour un agacement. Que les parents mettent cela aussi dans leur manière de vivre la foi chrétienne.

Accorder le pardon

Accorder le pardon, c’est l’autre facette. Recevoir la demande de pardon de l’autre mais aussi l’accorder. C’est aussi un chemin de vérité, c’est aussi un chemin d’exigence, un chemin de lumière, un chemin d’écoute. Parfois, l’offense a été tellement forte  que l’on peut juste dire dans un premier temps : “ je sais ce que tu m’as fait, j’en souffre, je ne peux pas t’accorder le  pardon maintenant”. Le chemin vers un pardon peut être donné un peu plus tard, si c’est trop dur à ce moment-là.

On peut d’ailleurs accorder le pardon, sans qu’il y ait de demande. Il m’est arrivé de dire à une personne qui me disait : “ Mon Père, il ne m’a pas demandé pardon, je ne peux pas lui pardonner”,  “Mais si, toi, tu peux lui pardonner déjà, tu peux accorder ton pardon au fond de ton coeur, lui ou elle fera son chemin.” Ce chemin de pardon, où l’on accorde son pardon, est une manière de voir l’autre différemment, on ne l’enferme plus dans ce qu’il a fait, l’autre n’est plus “ce qu’il nous a fait”. On regarde l’autre différemment et on continue de l’aimer. Dans les couples, l’alliance n’est pas brisée. On peut aller au-delà du don que l’on a pu faire, qui a été abîmé, et passer par le pardon, pour se ressaisir profondément. Oui, cela est exigeant.

Demander pardon, et accorder son pardon : on sait qu’on l’a vraiment réussi, lorsque l’on n’enferme plus l’autre dans ce qu’il a fait, lorsque l’on peut penser à l’autre sans que cela nous fasse du mal. Il peut y avoir de la souffrance, parce que le pardon , ce n’est pas l’oubli. On n’oublie pas une offense si forte, mais on est dans la paix, parce que le pardon a été demandé, et qu’il a été accordé. On n’oublie pas, mais cela ne nous fait plus mal. La relation avec l’autre ne fait plus mal, c’est le signe que le pardon a été donné en vérité. Ce n’est plus un poison dans notre coeur, car la blessure est un poison, Il faut qu’elle cicatrise.

 Vivre le pardon

Le pardon se vit de manière concrète. Il faut demander pardon, il faut le dire, il faut poser un acte, pas quelque chose de vague, de flou “je regrette, je suis toujours comme ça, c’est familial, ma mère, mon père étaient comme ça…”

“Je te demande pardon, car je sais que je t’ai fait souffrir pour telle chose” : il faut que ce soit concret et précis. Il y a un avant et un après, et la page est tournée, on ne revient pas dessus. A partir de cet instant, être avec l’autre , penser à l’autre, parler à l’autre ne nous fait plus mal. Le pardon a vraiment été donné à ce moment-là.

Le pardon a quelque chose de vraiment sacré et qui nous met en communion avec le Christ sur la croix. Vous savez que les dernières paroles du Christ sur la croix étaient : “Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font”.

Le pardon, en particulier dans le mariage, rebranche sur le sacrement de mariage et refait dire Oui ! Le Oui de l’amour, le Oui essentiel qui fonde le mariage.

Dans l’amitié, c’est pareil, le pardon recrée cette puissance, cette dynamique de l’amitié entre les personnes.

Il faut  vivre le pardon concrètement, et bien-sûr, si l’on est chrétien, devant Dieu, avec Dieu, en priant.

Que ce chemin que nous propose Jésus en ce début d’année, soit pour nous un enseignement que nous sachions intégrer dans notre vie chrétienne. Il n’y a pas de sortie d’offense sans pardon, pas d’amour sans pardon, pas d’amitié sans pardon. C’est un passage obligé, qui renforce les sentiments parce qu’une vraie expérience de pardon a été vécue, donnée.

Le passage d’évangile et la parabole que Jésus utilise pour éclairer cela, nous montre combien Dieu désire ce pardon, comme le maître qui pardonne, qui va au-delà des offenses qui ont été faites, mais qui est sévère pour celui qui ne l’imite pas et n’agit pas comme lui.

Que cette pitié de Dieu, vis-à-vis de nous, nous entraîne et nous pousse à l’imiter. C’est vraiment ce pardon qui est un fil rouge de la liturgie : Pourquoi les Noëls, pourquoi la mort de Jésus, pourquoi la Résurrection de Jésus ? Pour qu’Il  puisse nous pardonner, passer au-delà des offenses que l’on peut vivre avec Dieu et entre nous, pour que sa puissance puisse venir se déployer dans nos vies et nous remettre sur le chemin de la communion avec lui et entre nous.

Que ces paroles de Jésus nous aident à nous lancer cette année, de manière toujours plus profonde, plus vraie, en vérité, dans la lumière de notre marche à la suite du Christ comme le disait Léon XIV aujourd’hui.

Oui Seigneur, tu es exigeant, mais c’est l’exigence de l’amour. Le pardon est le signe de la démesure de l’amour.

Béni sois-tu Seigneur de nous entraîner à ta suite. Donne-nous la grâce de vivre lorsque cela se présente, ce pardon, ce regard qui est le tien, les uns vis-à -vis des autres.

Amen.

 

 

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