Vous avez bien entendu l’Evangile, frères et sœurs. Imaginez qu’un patron d’entreprise emploie de telles méthodes : ses ouvriers se mettraient en grève, le lendemain même !
Mais , il ne s’agit pas d’une entreprise comme les autres…Il s’agit justement du Royaume des cieux. Dans ce récit il ne s’agit pas d’une leçon de justice distributive, mais d’autre chose. Regardons en particulier trois paroles qui nous sont données.
Tout d’abord cette parole qui ouvre et qui revient cinq fois, dans l’évangile aujourd’hui :
“Allez à ma vigne !”
Le Seigneur ne cesse d’appeler, le Seigneur ne cesse d’embaucher, le Seigneur ne cesse d’accueillir et d’envoyer. Il est bon de réentendre cette parole en début d’année, qui que nous soyons, que nous ayons des engagements déjà anciens dans la paroisse, dans l’Église, dans la société, dans différentes associations ou que nous songions à nous engager ponctuellement ou durablement …
“ Allez à ma vigne…” Le Seigneur ne cesse d’embaucher, il nous rejoint : n’attendons pas d’être des saints en nous-mêmes ! Le Seigneur nous confie une part de la construction de son Royaume. Que cette parole résonne dans notre cœur et nous pousse, si nous sommes hésitants, ou si nous remettons toujours à demain comme tant de fois.
Le Seigneur appelle, accueillons vraiment le cœur ouvert, en ce début d’année pour être vraiment des ouvriers actifs. Il y a vos responsabilités conjugales, familiales, il y a vos responsabilités dans la société, vos responsabilités amicales, mais peut-être qu’il y a une proposition que vous avez mise de côté depuis quelque temps… Accueillez cet appel du Seigneur, vous ne serez jamais déçus. Quand on répond à l’appel du Seigneur, on n’est jamais déçu ! Car il sait ce dont nous avons besoin et ce qui est bon pour nous. En tout cas, je peux vous le dire comme prêtre, après plus de quarante ans de ministère, Monseigneur Dubost pourrait vous en dire autant avec plus de temps encore, on n’est jamais déçu, même si parfois le chemin est sinueux, si la route monte, ce n’est pas parce que l’on s’est trompé de chemin, mais cela nous procure beaucoup de joie.
Alors entendons cette première parole !
Deuxième parole :
Moi qui suis bon ..”
“Moi qui suis bon.” En toutes choses, l’amour de Dieu surpasse ce que nous sommes. Nous le savons éperdument. Mais à travers tout l’Evangile, toutes les paraboles, à travers toutes les prières de la messe, nous accueillons de nouveau cette réalité si forte, et qui finalement dirige toute notre vie spirituelle. “Moi qui suis bon…” C’est-à-dire deux choses.
- Premièrement que l’amour de Dieu dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, et surpasse nos mérites, bien-sûr. L’amour de Dieu est infiniment plus grand que ce que nous pouvons mériter. Bien sûr, nous ne collons jamais totalement à cet Amour de Dieu. Et toute notre vie chrétienne, toute notre vie ensemble consiste comme nous le disions dans la première prière de la messe à accueillir cet amour de Dieu et c’est si difficile de se laisser aimer. Puissiez-vous cette année, accueillir cet amour de Dieu, dans les joies comme dans les drames de la vie, Dieu nous accompagne. “Moi qui suis bon”, Dieu ne parle pas pour rien, et le maître de la vigne, au nom de Dieu nous redit cette vérité si fondamentale.
- Mais aussi, deuxièmement, cela nous dit qu’il nous faut sortir d’une logique de comptabilité. L’amour de Dieu ne comptabilise pas nos mérites. Il n’y a pas au ciel de comptable qui vient faire l’addition. Et il faudrait sortir de cette logique-là et ce n’est pas facile parce que nous aimerions tant que finalement après tout ce que peut-être que nous avons accumulé, nous aimerions qu’il y ait une comptabilité. Mais non, l’amour de Dieu est au-delà et ici nous le voyons bien, il ne s’agit pas d’une justice distributive mais d’un amour infini. La justice de Dieu, c’est d’aimer tous les hommes quels qu’ils soient. A cent pour cent, infiniment, totalement.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas que nous nous engagions, qu’il ne faut pas que nous nous convertissions. Il faut que nous accueillions ces grâces, que nous en produisions des fruits. L’Evangile nous dit cela aussi à longueur de pages. Mais Dieu n’est pas un comptable, Dieu n’est pas un patron. Rappelez-vous la parabole du fils prodigue. Le premier fils qui est resté à la maison considère son père comme un patron et il a une relation d’employé à patron. Et le père lui dit non, “ mon enfant, tu es toujours avec moi…”
Il faut que nous sortions de cela et que nous entretenions une relation filiale, désirant accomplir le bien parce que nous sommes aimés, sans comptabiliser.
La troisième parole en ce début d’année :
Vas-tu regarder d’un oeil mauvais ?
“Vas-tu regarder d’un oeil mauvais, parce que moi, je suis bon ?”
Justement, c’est un appel pour nous à ne pas nous comparer, à ne pas nous jalouser. Chacun vit son chemin avec des étapes. Si vous avez été appelés en particulier, à la vie chrétienne, comme beaucoup d’entre nous, bébés en ayant été baptisés, ne le regrettez pas ! La grâce de Dieu vous a atteint dès les premiers instants de votre existence. Rendez grâce à Dieu, vous êtes les ouvriers de la première heure ! Quelle responsabilité !
Mais si Dieu vous a rejoints plus tard : à la quatrième, la cinquième, la septième, la onzième heure, rendez grâce à Dieu. Dieu vous a rejoints ! Ne vous comparez pas. Ne regardez pas ce que l’autre vit, obtient, des joies, des soucis. Nous sommes tous aimés, nous sommes tous grâĉiés.
Quelle que soit l’étape, quelle que soit la manière dont Dieu nous rejoint dans notre existence, accueillons cette grâce pour ne cesser aujourd’hui et dès maintenant avec cette grâce de l’instant présent où Dieu est là, de nous mettre vraiment à l’unisson. Demandons vraiment de correspondre à ce à quoi Il nous appelle aujourd’hui, quelle que soit l’heure de notre vie.
N’attendons pas, en disant “ Il me rappellera bien, plus tard”. Non, c’est un appel à accueillir maintenant cette rencontre, pour nous laisser aimer.
Alors, Seigneur, nous te bénissons de nous donner ces paroles à la fois simples mais fortes qui nous encouragent en ce début d’année à accueillir ce que tu es, à nous laisser appeler, à nous laisser façonner par cet amour, à avancer ensemble, à nous respecter quel que soit notre chemin.
Vous voyez, il y a de nombreux jeunes adultes qui frappent à la porte de l’Église. C’est une des caractéristiques de notre Eglise de France qui impressionne le pape Léon XIV qui va les rencontrer ce vendredi. Eux sont peut-être des ouvriers de la sixième, septième ou dixième heure, ne les jalousons pas, soyons heureux de ce corps qui se diversifie. Nous avions prévu qu’ils entrent par la porte, nous avions prévu le chemin, mais ils entrent par la fenêtre, différemment ! Cela nous étonne, mais c’est le chemin de Dieu. Chacun a un chemin différent.
Quel est votre chemin ? Quand avez-vous été rejoint par Dieu ? Et comment entretenez-vous ce chemin, s’il y a longtemps qu’Il vous a appelé ? Comment continuez-vous à vous convertir ?
Laissons-nous ainsi rejoindre par ces paroles. “Ne regarde pas d’un oeil mauvais, moi qui suis bon !”
Béni sois-tu Seigneur ! Accueille-nous, accompagne-nous, fortifie-nous tout au long de cette année dans ce chemin paroissial que nous allons vivre encore une fois ensemble.
Nous te rendons grâce pour ces jours assez historiques que nous allons vivre près de chez nous, avec tous les chrétiens de France. Que cela nous fortifie, que cela nous redonne l’espérance, que cela ravive dans notre cœur la joie. Une joie nouvelle, toujours nouvelle car elle vient de Toi. Amen.
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