Le bénéfice du doute
Nous célébrons aujourd’hui le deuxième dimanche de Pâques. Ce dimanche clôture bien l’octave pascale. L’Église célèbre également la fête de la Divine Miséricorde instituée par le pape Jean-Paul II en l’an 2000, année jubilaire, en réponse à la demande de Jésus faite à sœur Faustine Kowalska (polonaise, Sainte Faustine) lors de ses apparitions privées. La Divine Miséricorde nous est offerte comme recours et refuge dans nos détresses morales. Ce dimanche est aussi appelé le dimanche de Thomas.
Si la figure de Thomas, un des Douze Apôtres, retient l’attention, c’est sans doute à cause de son doute. L’attitude de Thomas, loin d’être simplement anecdotique, a un sens profond et un bénéfice significatif. Il illustre la nécessité de la raison et de la liberté dans la foi et souligne que le doute est un élément nécessaire pour une foi mature et authentique. En exprimant son doute, Thomas a permis à Jésus de revenir et de confirmer sa résurrection de manière concrète, renforçant ainsi la foi des disciples et de la communauté chrétienne. Le doute de Thomas est un acte de courage et de dévouement qui a contribué à la mission de témoignage des disciples.
L’évangile précise toujours que Thomas est un jumeau, mais ne parle jamais de son deuxième. Chose assez curieuse, quand on voit que les autres Apôtres qui sont frères sont signalés, par exemple Jacques et Jean, fils de Zébédée. En science biblique, ce silence sur un aspect du récit est appelé “blanc du texte”. Il semble qu’il est voulu par les auteurs bibliques pour permettre au lecteur de se positionner et de prendre place dans le récit, et donc de participer à l’histoire. Ainsi, chacun de nous peut-il se sentir jumeau de Thomas.
L’attitude de Thomas, le doute n’est pas un défaut. C’est l’attitude de celui qui cherche à grandir dans sa foi, en puisant dans les ressources de la raison. En effet, foi et raison ne s’opposent pas. « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de le connaître lui-même afin que, le connaissant et l’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même » (Jean-Paul II, Fides et ratio, n°1).
Thomas paraît être la figure de l’évangile la plus proche de nous aujourd’hui, dans la mesure où nous ne croyons que ce que nous comprenons, voyons, vivons… C’est peut-être la demande que le monde contemporain fait à l’Église aujourd’hui. C’est une demande légitime. Notre foi n’est pas celle du charbonnier. Oui, nous avons besoin de comprendre pour croire ! C’est d’ailleurs ce qui a donné naissance à ce que nous appelons “théologie” : « une foi en quête d’intelligence » (Saint Anselme). N’ayons pas peur de douter, de nous interroger et de chercher à comprendre le sens de ce que nous croyons et de ce que nous célébrons dans la liturgie. Saint Augustin disait, pour comprendre il faut croire; et pour croire, il faut comprendre. (Sermon 43 sur la foi)
Tout le monde est animé par le désir de chercher des signes de cette voix intérieure qui murmure en nous et nous pousse à nous jeter dans l’invisible ou dans l’inconnu. Nous voulons bien croire que cette voix est celle de celui qu’on appelle Dieu, mais nous avons des doutes et des peurs. Alors, notre doute doit devenir prière. Donne-nous, Seigneur, d’entrer dans l’intelligence de ton mystère et de progresser dans notre cheminement de foi ; dissipe nos doutes et nos peurs ; ouvre nos yeux pour voir ; ouvre notre intelligence pour comprendre ; ouvre notre cœur pour aimer ; et ouvre notre bouche pour annoncer. Amen.
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