Homélie du 3e dimanche de Pâques, 19 avril 2026, Mgr Michel Dubost

Homélie du 3e dimanche de Pâques, 19 avril 2026, Mgr Michel Dubost

Parler

Lundi dernier, le monde entier a été témoin d’une mise en cause du Pape Léon par Monsieur Trump. Nous avons aussi entendu la réponse du pape « Je ne suis pas un politicien, je n’ai pas l’intention de débattre avec lui. Je vais continuer à m’exprimer contre la guerre, pour la paix, pour le dialogue ».

Je vais continuer à m’exprimer !

Et nous ?

Il nous arrive de trouver difficile, voire impossible de nous exprimer dans ce monde quelquefois hostile mais plus souvent indifférent.

Oui, il nous semble quelquefois difficile d’exprimer notre foi et ce qu’elle implique dans nos familles, parmi nos amis ! Comment continuer à s’exprimer ?

Contempler ceux que nous appelons les pèlerins d’Emmaüs peut, peut-être, nous inspirer, eux qui le soir d’une longue marche ont trouvé la force de refaire la route, en sens inverse pour s’exprimer, pour témoigner.

Nous sommes probablement le 9 avril de l’année 30. Toute la semaine, des milliers de pèlerins ont envahi Jérusalem pour célébrer une fête à la fois politique et religieuse, celle de Dieu donnant la liberté à leur peuple. La plupart de ces pèlerins attendaient un prophète qui chasse les romains et leur redonne leur dignité. Et parmi eux, certains pensaient que Jésus était ce prophète. Nos deux pèlerins étaient de ceux-là !

Mais Jésus était mort…Et le rêve de liberté immédiate s’était effondré : ils étaient venus au pèlerinage en espérant et en chantant, ils revenaient en grognant.

Ils sont sur la route, ils marchent. Un homme marche derrière eux, entend leur conversation et quand il est à leur hauteur se met à échanger avec eux.

C’est Jésus.

Ils ne le reconnaissent pas. Dans les évangiles, Jésus rencontre beaucoup de monde, j’allais dire face à face. Là, il est présent d’abord presque imperceptiblement. Mais ce n’est pas simplement parce qu’ils n’ont pas vu son visage, ce n’est pas simplement parce qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’un mort soit vivant, que les pèlerins ne le reconnaissent pas, c’est parce qu’il ne correspond pas à l’image, à l’idée qu’ils se font de lui. Ils rêvaient de prodiges, ils rêvaient d’une solution miraculeuse à leurs problèmes humains et ne peuvent pas imaginer que Dieu puisse être présent à leur vie, à leur chagrin, à leur recherche. Simplement. J’allais dire humainement.

La conversation se poursuit…et Jésus leur ouvre la compréhension de l’Écriture. Evidemment il ne se sert que de l’Ancien Testament et leur explique calmement que s’ils avaient lu et compris l’Ancien Testament, ils auraient compris le mystère que la mort de Jésus révèle : Dieu est amour ! Le don de soi libérateur de Jésus exprime cet amour prophétisé par l’agneau pascal que, pèlerins , ils étaient venus manger à Jérusalem pour Pâques.

Plus tard, en repensant à cette conversation, ils se diront qu’ils ont vécu une véritable rencontre, de celle où l’on sent, où l’on sait, que l’on a échangé quelque chose d’essentiel avec celui auquel on parle, que l’on a vécu une certaine communion avec lui. Et cette communion avec Jésus, ils pourront dire qu’elle était née dans l’écoute de la Parole de Dieu !

La route continue. Il se fait tard. La fatigue est là. Ils ont vécu un partage et instinctivement ils aimeraient prolonger ces instants : « reste avec nous ». Ils vont partager un repas. L’étranger prend le pain, dit la bénédiction, rompt le pain et le leur donne. Quelques gestes. Ils reconnaissent Jésus. Comme si, pour le reconnaître, il leur avait fallu abandonner, je ne sais quel rêve sur Dieu ou sur la politique et être intérieurement prêts au partage pour être capable de reconnaître celui qui est Don. Amour.

Alors une force les envahit. Il fallait qu’ils parlent. Il fallait partager. Il fallait qu’ils témoignent de cette présence anonyme sur la route, il fallait qu’ils témoignent de cette présence dans les Écritures, il fallait qu’il témoigne de cette présence dans le pain partagé.

Ils refont la route et ils expriment leur foi. Saint Luc tient à montrer que les apôtres reçoivent leur témoignage comme pour souligner que nos témoignages doivent se situer dans le témoignage de l’Église !

Comment continuer à s’exprimer ? Peut-être nous faut-il approfondir notre capacité à dialoguer et à vraiment partager.

Bonnes rencontres !

 

Un Commentaire

Ajouter un Commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *