Dans ces paroles des Béatitudes, quelle force, quelle puissance ! Ce texte merveilleux a été un des plus commentés de l’Évangile, même en dehors du Christianisme. Gandhi disait qu’il n’y avait jamais eu un texte proclamé sur la terre aussi puissant, aussi haut, aussi élevé, aussi beau. Et pourtant, et pourtant que de contresens ou de mauvaise compréhension de ce texte, qui nous ont peut-être conduit sur des mauvaises routes, des faux sens.
Alors je vous invite à faire trois pas aujourd’hui pour mieux le comprendre.
Premier pas, un pas de compréhension. Deuxième pas, un pas d’appropriation. Troisième pas, un pas de direction.
Un pas de compréhension. Oui, ce texte a été beaucoup commenté, mais il a pu assez facilement être compris comme un catalogue de morale, de prescriptions qu’il nous fallait suivre ou parfois pire comme des paroles qui nous installaient et qui exaltaient une certaine forme de pauvreté, de faiblesse. Frédéric Nietzsche, lui-même, a critiqué ses paroles en disant qu’elles exaltaient et installaient les hommes dans la pauvreté, dans la misère.
Et pourtant, Jésus ne dit pas « Heureux êtes-vous parce que vous êtes pauvres, heureux êtes-vous parce que vous pleurez, heureux êtes-vous parce que vous êtes persécutés ? Ce serait un non-sens. Non, le malheur reste le malheur, la souffrance reste la souffrance. Mais comprenons bien « heureux » car heureux, vous les pauvres, car le royaume des cieux est bien est à vous, heureux, vous les cœurs purs car vous verrez Dieu. Il s’agit plutôt dans ce petit mot qui est très courant dans la Bible d’une reconnaissance.
Dieu, par la bouche de Jésus, reconnaît ce qu’il y a en nous, il y a parmi vous des doux, des pauvres de cœur, des humbles. Il y a parmi vous ces béatitudes qui sont déjà à l’œuvre. Et ces paroles si fortes de Jésus visent à regarder pointer ce que Dieu nous a déjà donné.
Et ces paroles sont ainsi des paroles qui vont m’aider à reconnaître comment Dieu me voit, non pas comment je me vois moi-même ou ce que je n’ai pas fait, mais comment Dieu regarde. Il fait ainsi comme une exploration, on pourrait dire de ce qui l’entoure, de ce qu’il voit de ce qu’il aime. Oui, l’esprit de pauvreté, oui, l’esprit de douceur, oui, l’esprit de justice, oui, l’esprit de miséricorde est déjà à l’œuvre en vous.
Comprenons bien ainsi ces paroles de Jésus qui ne sont pas un code moral, qui ne sont pas pour nous installer dans la pauvreté et dans l’injustice, dans l’injustice ou dans les pleurs. Non, c’est la découverte pour nous de ce que Dieu nous donne pour lui ressembler.
Alors le deuxième pas, c’est un pas d’appropriation de ses paroles.
Il ne s’agit pas de nous demander d’abord qu’est-ce que j’ai fait pour être pauvre, pour être un artisan de paix, pour avoir le cœur pur, mais plutôt de me demander qu’est-ce que Dieu m’a donné, m’a déjà donné en partage de ce qui lui appartient en propre, lui l’homme des béatitudes, Jésus. Qu’est-ce qu’il m’a déjà donné comme grâce et que je vis déjà. Il s’agit pour nous ainsi de nous approprier les béatitudes en découvrant celle qui m’est déjà donnée et que j’essaye de vivre parce que c’est un don de Dieu. Alors exercice pour cette semaine ou au déjeuner aujourd’hui de dimanche, non seulement essayer de repérer pendant cette messe peut-être la béatitude, non pas que vous essayez par votre propre moyen de vivre, mais la béatitude que Dieu vous a déjà donnée par grâce et qui marque votre profil spirituel.
Encore mieux, essayez de découvrir dans l’autre, chez votre mari, chez votre époux, chez vos enfants, la béatitude qui lui appartient et qui est déjà celle qui marque sa vie, toi, tu as vraiment un cœur de pauvre, toi, tu es vraiment un artisan de paix. Oui c’est la grâce que Dieu t’a déjà donnée.
C’est merveilleux de pouvoir reconnaître ainsi en l’autre, en soi bien sûr, mais en l’autre encore plus, la grâce de l’action de Dieu, la grâce de la grâce. C’est ce que Jésus fait lorsqu’il énonce les béatitudes devant ses disciples.
C’est comme s’il disait, il y a parmi vous des cœurs purs, des artisans de paix, des persécutés pour la justice. Alors faisons-le les uns pour les autres. Oui, chaque béatitude a la figure d’un saint, chaque béatitude a la figure de l’un ou l’autre d’entre nous.
C’est cela l’appropriation des béatitudes pour que nous puissions déployer ce que Dieu nous a donné et qu’il ne cesse de nous donner, bien sûr. Il peut y avoir deux béatitudes par personne. Rares sont ceux qui vivent toutes les béatitudes, un seul les vit vraiment, c’est Jésus qui est l’homme des béatitudes et qui les accomplit. C’est son portrait finalement lorsque nous entendons ces béatitudes proclamées par lui.
Alors troisième pas que nous pouvons faire, c’est un pas de direction, compréhension, appropriation et direction. Direction parce que nous entendons ce mot heureux qui nous donne la direction de notre vie. Nous sommes faits pour ce bonheur.
La morale chrétienne est une morale du bonheur, nous dit le catéchisme de l’église catholique et les points de repère qui jalonnent notre vie, tout ce que Jésus nous dit, tout ce que Jésus nous transmet comme message, que l’enseignement fort de Jésus relayé par l’église, est un chemin qui est tracé pour construire dans nos vies le vrai bonheur, nous sommes faits pour cela. Bien sûr, cela rabote et nous savons que l’amour finalement qui est à construire derrière cette béatitude, ça coûte, notre amour vaut que ce qui nous coûte et les béatitudes en les accueillant comme grâce comme don pour chacun coûtent forcément et appellent à la conversion. Mais ce sont des béatitudes qui tracent en nos vies le vrai chemin de bonheur, souvent en contradiction avec l’esprit du monde, avec ce qui lui est proposé de facilité, de richesse dans notre monde.
Oui, nous sommes faits pour cela. André Chouraki, qui a traduit la Bible au plus près de l’hébreu traduit le mot heureux de chaque béatitude par « en marche » ; aucun rapport avec un parti politique, en marche. C’est-à-dire c’est ce mouvement dynamique que le papa dit à son petit enfant qui fait son premier pas.
Allez, et en marche, en marche, avance. C’est-à-dire qu’il y a dans ces béatitudes, dans ce chemin de bonheur, il y a cette dynamique qui nous met en route. Lorsque nous les entendons, lorsque nous les accueillons pour nous-mêmes, nous sommes mis en route, nous sommes poussés en avant pour avancer dans la vie. Sachant où nous allons, traçons dans nos existences ce chemin de bonheur en contradiction assez souvent avec ce qui nous est donné de vivre à l’extérieur.
Alors comprenons bien ces béatitudes, elles ne sont pas pour nous installer dans les pleurs, dans la tristesse. Non, elles sont une reconnaissance de ce que Dieu nous a déjà donné. Elles sont grâce et elles sont contemplation même de l’action du Christ dans chacun d’entre nous.
Approprions-nous ces béatitudes, appropriation lorsque que nous reconnaissons en nous et dans les autres ce que Dieu fait déjà aujourd’hui et direction lorsque nous ne perdons pas le cap avec ces béatitudes du bonheur qui nous est promis. Oui, Seigneur, béni sois-tu pour ces paroles fortes que tu adresses à tes apôtres et à travers eux à chacun d’entre nous, bien sûr, de ton action pour que notre vie ressemble à la tienne, pour que notre vie soit transformée, toi, l’homme des béatitudes, tu veux nous rendre semblables à toi et nous le sommes déjà par le baptême, nous sommes chrétiens, nous portons ton nom et déjà ces béatitudes nous façonnent ; aide-nous à reconnaître la béatitude que tu nous as déjà donné et qui habite notre cœur et donne nous à reconnaître aujourd’hui la béatitude de notre époux, de notre épouse, de nos enfants, de notre proche, qui est déjà vie en eux et qui l’illumine, qui est un partage de ce que tu es dans son cœur. Amen.
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