Après la manifestation du Christ à Noël, des mages à l’Épiphanie, aujourd’hui, c’est le commencement de la vie publique de Jésus ! Il faut entrer dans la compréhension de ce qui se passe aujourd’hui ; cette fête nous dit ce qu’est être chrétien. Nous sommes tous concernés, même les chrétiens de longue date, réguliers, pratiquants.
Reposons quelques affirmations fortes à partir de trois questions.
D’abord, qu’est-ce que le baptême de Jean-Baptiste ?
Nous sommes dans un moment de l’histoire du salut, – vers les années 29 ou 30 de notre ère- où le peuple juif attendait avec beaucoup de force le Messie.
On était proche de la venue du Messie. Il y avait une grande fièvre messianique, une attente très puissante. Peut-être était-il déjà là ? Et de fait, il était là pour accomplir toutes les promesses. Ayant cette attente dans le cœur et l’esprit, il fallait se préparer, se convertir pour ne pas passer à côté de la rencontre. Et c’est le rôle de Jean-Baptiste, le prophète qui crie à tous ses contemporains, à ceux qui sont très dévoyés dans le service du temple : “ Convertissez-vous, purifiez-vous.” “La cognée est mise à la racine de l’arbre” “races de vipères, convertissez-vous !” “Changez votre coeur, repentez-vous !” Le baptême qu’il propose, ce plongeon dans l’eau est un baptême de purification, un geste de conversion avec l’eau. C’est tout, un premier sens assez évident et qui existe aussi dans d’autres dans d’autres traditions religieuses. Cela marque le désir d’ouvrir son cœur, d’être attentif aux signes que Dieu donne pour ne pas manquer le Messie.
Deuxième question, qu’est-ce que Jésus vient faire ? Pourquoi est-il baptisé?
Faisons un petit peu de catéchisme, c’est l’occasion de nous rappeler les choses fondamentales. Jésus vient se mettre dans cette file d’attente de tous ceux qui ont entendu le message de Jean-Baptiste et qui viennent se plonger dans l’eau pour marquer leur conversion. Il y a des pécheurs, il y a peut-être Marie-Madeleine devant lui, derrière, il y a peut-être Zachée, il y a des prostituées, des voleurs, des gens de très mauvaise vie, des gens du temple qui ont mis de l’argent du trésor dans leurs poches. Ils veulent se convertir. Jésus se mêle à tous ces gens. Quel message si fort ! Jésus, l’innocent, le pur, le saint ! Il n’a pas besoin de baptême, pas besoin de conversion. Et pourtant, il va manifester au début de ce temps où il paraît, cette solidarité profonde avec chacun d’entre nous. Il vient rencontrer le péché, il sait bien ce que signifie son nom “Jésus : Dieu sauve” et puis “l’Emmanuel : Dieu avec nous.” Dieu ne nous regarde pas de haut, Il vient au milieu de nous. Jésus, marquant cette solidarité, cette communion de destin avec les pécheurs, va entrer dans l’eau, pour être baptisé. Vous savez que l’eau est le symbole dans la Bible, chez les juifs, de la mort. Il va entrer dans l’eau, dans l’eau boueuse du Jourdain, comme il entrera dans le tombeau le vendredi Saint, puis il va sortir de l’eau comme il sortira du tombeau, le jour de Pâques. Jésus accomplit un acte prophétique, Il indique ce qu’il va faire pendant toute sa vie qui va culminer dans le temps de Pâques. Au début de sa prédication, il indique le chemin, il indique ce qu’il vient faire, ce qu’il va vivre. Il va rejoindre l’homme au plus bas de l’humanité, au fond du Jourdain. Jésus vient rencontrer le péché de l’homme, de toute l’humanité, le mien, le vôtre et le prendre sur lui. Quelle symbolique que ce lieu du Jourdain, c’est l’endroit le plus profond de la terre. À ciel ouvert ! 430 mètres sous le niveau de la mer, c’est très impressionnant. C’est très fort cet endroit où Jésus est baptisé près de la mer Morte. Jésus vient ainsi rejoindre ce qu’il y a de plus profond, de plus cassé, de plus abîmé, de plus pécheur dans l’homme. Il prend sur lui ainsi le péché de l’homme ; et Jean-Baptiste ne s’y trompe pas. Quand Jésus arrive, il le montre du doigt comme on le représente sur les tableaux et il a cette phrase : “ Voici l’Agneau de Dieu, Celui qui enlève, qui porte les péchés du monde.” Jésus prend ainsi notre péché en descendant dans l’eau. Il descend dans le mal de lui-même et là il prend sur lui le péché du monde. Il se met en communion avec chacun d’entre nous, on pourrait dire qu’il lie son âme à la nôtre. Et saint Paul ira jusqu’à dire : “Il se fait péché. Il prend sur lui toutes les conséquences du péché. Le mal, la souffrance, la tristesse, la solitude, la déréliction, il prend cela sur lui.
Et vous voyez, c’est là que le sens du baptême de Jean Baptiste bascule. Ce n’est plus simplement un baptême de conversion, de purification, c’est déjà l’annonce du baptême dans sa mort et sa résurrection. C’est beaucoup plus que cela, c’est éminemment important pour nous.
L’Esprit Saint et la voix du Père : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé” viennent confirmer ce que fait Jésus. Oui, c’est bien ainsi qu’il vous sauve. Il est bien le Messie, n’allez pas chercher d’autres prédicateurs. En suivant Jésus, vous ne vous trompez jamais. C’est bien lui qui nous sauve.
Voyez comme le sens du baptême de Jean-Baptiste a basculé. Et c’est infiniment plus qu’un simple rythme de purification, c’est notre salut même, c’est notre délivrance qui s’accomplit en Jésus.
Alors troisième question : quel message pour nous aujourd’hui ?
Qu’est-ce que cela veut dire ? Comment cela nous aide-t-il aujourd’hui ?
D’abord, nous n’avons pas été baptisés du baptême de Jean-Baptiste, nous avons été baptisés du baptême de Jésus, nous avons été baptisés dans sa mort et sa résurrection. Nous venons après Jean-Baptiste et après Pâques. Nous sommes baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus. C’est infiniment plus qu’un baptême de purification.
Et c’est beau de voir les petits enfants ou des adultes baptisés par immersion et descendre dans l’eau. Même le baptême avec l’eau qui coule sur le front signifie cela. On est plongé dans la mort, et en sortant de l’eau, on manifeste la résurrection qui est déjà à l’œuvre. C’est le sens profond de notre baptême.
Cela nous indique surtout ce que c’est qu’être chrétien.
Je m’adresse à des gens qui vont à la messe tous les jours. Vous allez à la messe tous les dimanches, vous vous confessez très souvent, vous lisez la Bible tous les jours, vous donnez à la quête, vous donnez aux pauvres, vous avez toujours des paroles de bienveillance, de gentillesse et de charité. Vous voyez mon ironie un peu quand même… Si c’est cela être chrétien, il n’y en a pas un qui soit au niveau, et moi, le premier !
Si c’est cela être chrétien cocher des points de morale, on peut tous sortir, il ne reste plus que Jésus, Marie et Joseph. Tous les estropiés, tous les aveugles, tous les boiteux, les malades, les pécheurs que nous sommes sont exclus.
Mais est-ce cela être chrétien ? Le baptême de Jésus nous le rappelle.
Être chrétien, c’est d’abord la foi. C’est croire en Jésus, comme notre Sauveur. C’est se laisser entraîner, prendre par la main. Le baptême nous apprend à laisser Jésus le premier et à se laisser entraîner par lui, à se laisser transformer par lui. J’aime beaucoup ce très beau chant d’offertoire ou de communion qui s’appelle “transformation”. C’est ça être chrétien. Ce n’est pas cocher des cases pour “être quittes.” C’est vraiment reconnaître qu’il est mon Sauveur, aujourd’hui me laisser saisir par lui, pour vivre toutes ces petites conversions, toutes ces transformations. Nous vivrons avec plus de force cela pendant le temps du Carême dans quelques semaines.
Bien sûr, dans un second temps, cela entraîne des pratiques morales. Cela a des conséquences dans notre vie. On ne peut pas vivre comme tout le monde quand on est chrétien. Il y a d’abord la foi, l’attachement au Christ, mettons le Christ au centre, en premier. Arrêtons de nous mettre à la première place, c’est lui qui nous sauve. Laissez-vous prendre par la main par lui. C’est ce que je vous souhaite pour cette année, dans tous les moments liturgiques, de vous laisser transformer par lui. Alors il y aura des changements dans votre vie.
Béni sois-tu Seigneur de nous donner cet enseignement, en regardant le Seigneur descendre dans le Jourdain, dans ce moment unique, plein de promesses, ce commencement pour lui et pour nous à sa suite.
Donne-nous de réaliser ce qui s’est passé profondément dans notre baptême chrétien, plongés dans sa mort et dans sa résurrection, nous avons à ratifier cela tout au long de notre existence, jusqu’au jour où nous ferons ce dernier passage en le voyant le jour de notre mort.
Béni sois-tu Seigneur, donne-nous de marcher avec toi, de prendre ta main, de nous laisser transformer par toi.
Amen.
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