Homélie de la Sainte Famille

Frères et sœurs, il y a quelques jours nous célébrions Noël et voici que l’Église nous propose aujourd’hui de célébrer la Sainte Famille. Permettez-moi de relire l’oraison de notre messe :, nous célébrons  la Sainte Famille pour l’honorer-parce qu’elle est donnée à Dieu- mais aussi pour lui demander la grâce   de suivre son exemple. “Tu  as voulu, Seigneur Dieu, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple, accorde-nous dans ta bonté de pratiquer comme elle les vertus familiales et d’être unis par les liens de  ton amour afin de goûter la récompense éternelle  dans la joie de ta maison.”

Dans notre culture en tout cas, Noël est lié à la famille.  En rencontrant tel ou tel d’entre vous, j’ai entendu des personnes vraiment heureuses de la réunion de famille  à Noël avec leurs enfants, et  leurs  petits-enfants qui avaient  des étoiles dans les yeux!  C’est merveilleux ! Mais il est vrai que certains ont vécu Noël avec plus de mélancolie parce que cette année, n’était pas leur année, mais celle de l’autre belle-famille ! Et puis d’autres, ont vécu Noël comme un devoir, avec toute l’hypocrisie qu’il faut avoir dans ces cas-là. Et puis, d’autres encore, ont vécu Noël désespérant de solitude.

Oui, la famille a des sens très différents pour les uns et pour les autres. C’est évident.  Même quand nos familles sont saintes, nous pouvons avoir des difficultés !  Même les saintes familles n’enlèvent pas les blessures de l’enfance,  n’enlèvent pas la difficulté d’être une pièce rapportée, n’enlèvent pas la difficulté de communication, quelquefois entre les générations, n’enlèvent pas les problèmes d’héritage, j’en passe…

Prendre  la Sainte Famille comme exemple, je ne sais pas si c’est très possible, mais ce que je sais, c’est qu’elle peut nous aider, en la contemplant, en essayant de l’imiter à avancer un peu. Et à travers les textes d’aujourd’hui, je vois trois appels auxquels, peut-être, nous pouvons essayer d’être attentifs avec l’aide de la Sainte Famille.

Première lecture de Ben Sira, le Sage : “Honorez vos parents”

Au moment où la culture juive disparaît, la culture grecque apparaît et Ben Sira est  opposé à la nouvelle culture et  se replie un peu sur sa famille. Mais il dit quelque chose de très important, qui est toujours d’une vraie modernité : “ Honorez vos parents.” Bien sûr, nous sommes invités à aimer tout le monde, mais Ben Sira ne dit pas “Aimez vos parents, mais honorez les !” Je vous invite à aimer vos parents, mais  même lorsque cela ne nous semble pas possible,  il convient de les honorer, parce que c’est par eux  que Dieu nous a créés, nous a donné la vie !  c’est par eux que nous avons eu accès au langage,  à une famille, à une histoire. Nous devons toujours être pleins d’actions de grâce pour cela, car c’est par eux qu’est passée notre vie. Et puis comme ils nous ont aidé,  quand nous étions enfants et que nous ne pouvions rien, il faut au moins les assister quand ils ne peuvent plus  faire grand chose. Voilà ce que dit Ben Sira, et il le dit au fond avec toute la mélancolie qu’on a en disant : “je n’arriverai pas à garder l’héritage culturel de mes parents.”  Honorez vos parents !

La deuxième lecture de saint Paul : “supportez-vous les uns les autres.”

Cette lecture dit beaucoup de choses qui sont fort sympathiques, mais aujourd’hui je n’en ai retenu qu’un mot c’est “ supportez-vous les uns les autres.” Parce que, ce n’est un secret pour personne, dans la famille, tout le monde n’est pas forcément agréable. Peut-être qu’il faudrait d’abord entendre le mot supporter comme les Anglais le font, c’est-à-dire en étant les supporters de la famille et en étant ceux qui essaient de montrer le bien des autres. Ce n’est pas toujours facile, mais il faut le faire ! Mais Saint Paul invite à supporter et  supporter les insupportables. C’est cela que dit saint Paul. Supporter les insupportables, supporter ceux qui sont remplis d’habitudes désagréables, de manies, de mensonges, Supporter les insupportables dans la famille peut-être est-ce nécessaire pour apprendre à supporter les insupportables de la vie courante.. Peut-être faut-il les supporter aussi pour ne pas les laisser seuls dans la vie. Paul demande aussi de la douceur – Ça nous aimerions savoir être doux-  mais il nous demande aussi  du pardon, – même quand on aime, ce n’est pas toujours facile.- Le Notre Père nous le fait demander tous les jours dans la prière. C’est bien d’y repenser, en nous disant: “il faut que j’arrive à  pardonner et à demander pardon, je suis sûr, je dois y arriver, Seigneur, dans l’éternité…mais si je pouvais y arriver avant !  Demander pardon ! Dans saint Paul, quelque chose qui a pu  vous choquer. “Les femmes doivent être soumises à leur mari.” Je  fais remarquer que c’était  la loi de l’époque. Et que saint Paul demande simplement qu’on respecte la loi. Ce n’est pas forcément le conseil qu’il donnerait aujourd’hui où la loi est différente.  Et à vrai dire ce qu’il demande d’abord c’est une obéissance  au sens étymologique du mot : “Audire”, obéir c’est  savoir écouter. Et peut-être qu’il n’y a de vie de famille possible, que si nous savons nous écouter les uns les autres complètement. Prendre le temps de s’asseoir. Prendre le temps de se dire, oser dire les choses, et oser les écouter. Calmement. C’est peut-être cela le secret que nous livre saint Paul.

 

La troisième lecture, l’évangile : “Reconnaître le Fils de Dieu.”

C’est un peu plus subtil.  Vous avez remarqué que cette lecture raconte l’arrivée de Jésus à Nazareth, en deux parties. Il y a la partie Égypte. Et à la fin de cette partie, il est dit que le Seigneur dit : “D’Égypte, j’ai appelé mon Fils.” Donc, Jésus est nommé Fils de Dieu. Puis, dans la deuxième partie, on dit qu’il est Nazaréen. Nazareth, c’est au milieu de rien, le trou le plus paumé possible. Cela  dit quelque chose de très important pour la vie de famille. Dans la famille on se connait par la vie quotidienne qui est souvent insignifiante, nazaréenne..

Essayer de voir, dans ce jeune garçon qui est sympathique par ailleurs, mais qui nous prend un peu la monnaie quand il fait les courses, un Fils de Dieu.

Essayez de voir dans la tante qui est désagréable, une Fille de Dieu.

Essayez de voir, dans la grand-mère qui est si gentille, mais qu’elle est bien plus que cela car elle est d’abord une Fille aimée de Dieu.

Essayez de voir ce que l’on ne voit pas. Et quelquefois qu’on ne voit pas, parce qu’on est trop près des gens. Et il me semble que c’est un des secrets de la vie de famille. C’est justement voir dans le Nazaréen, cet homme de rien, le Fils de Dieu.

Voir quelqu’un de ma famille, comme quelqu’un, qui est appelé à la cour royale de Dieu. Cela peut-être assez difficile..

Dans quelques jours nous allons célébrer le 1er janvier. Et le 1er janvier on va beaucoup parler de paix. Le pape célèbrera la cinquante-neuvième  journée pour la paix ce jour-là avec l’aide de Marie. Sans doute que ce n’est pas sans rapport, si quelques jours avant, on nous demande de réfléchir à notre famille avec l’exemple de la Sainte Famille. Si nous arrivions à faire la paix dans nos familles, ce qui est quand même plus à notre portée, que la paix à Gaza ou la paix en Ukraine, ce serait peut-être notre contribution à la paix !

Alors, frères et sœurs, célébrons la Sainte Famille !

Célébrons son amour de Dieu et prenons la résolution de faire au moins un petit pas pour que la paix règne chez nous !

Amen

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