Mes amis, quelle exigence, quelle force dans ces paroles du Christ ! Quel chemin est tracé par lui, avec lui, pour notre vie jusque dans l’éternité. Voilà le chemin que Jésus Christ vit lui-même et qu’Il nous donne de vivre à sa suite comme disciple.
Je retiendrai trois exigences fortes qui se dégagent de ses paroles aujourd’hui.
Première exigence, il nous faut passer de l’ancien au nouveau. Deuxième exigence, il nous faut passer de l’extérieur à l’intérieur. Troisième exigence, il nous faut passer de la règle à l’amour total.
Première exigence, il nous faut passer de l’ancien au nouveau.
Vous avez entendu, Jésus ne rejette pas l’Ancien Testament, il ne rejette pas les dix commandements. Au contraire, il les assume, et il les accomplit. Il n’est pas venu “abolir”, mais comme il le dit “accomplir”, donner à cette Loi ancienne toute sa dimension et son véritable sens jusqu’au bout, sa vérité. Les dix commandements, c’est le minimum vital donné aux Hébreux. L’Ancien Testament est un chemin où Dieu se fait découvrir petit à petit, tout doucement comme un bouton qui s’ouvre progressivement jusqu’à laisser éclore la fleur, la rose. Cette fleur c’est Jésus. Avant cela, il y a différentes étapes pour la compréhension de ce que Dieu nous appelle à vivre, de ce que nous sommes et de ce qu’Il est Lui-même. Dieu est un très fin pédagogue. L’Ancien Testament fait partie de la Parole de Dieu, de la pédagogie de Dieu. Nous le lisons chaque dimanche, il nous dit encore aujourd’hui quelque chose d’essentiel sur ce chemin de la connaissance.
N’allons pas trop vite et ne disons pas : “l’Ancien Testament je n’y comprends rien, je ne m’intéresse qu’à l’Evangile !” C’est une hérésie qui a été condamnée au 2ème siècle, dans l’Église, le moine Marcion a développé une doctrine, le marcionisme dans laquelle il rejetait l’Ancien Testament et opposait le Dieu de la Loi, et le Dieu de miséricorde et d’amour du Nouveau Testament. C’est le même Dieu qui se déploie. C’est toute la Bible qui est à accueillir, en en comprenant le sens, Dieu vient se révéler dans l’histoire des hommes. Jésus ne rejette pas cette Parole, il accepte et assume tout ce chemin que Dieu a voulu tracer avec son peuple et en particulier les dix commandements qui sont toujours une lumière, un phare.
Et pourtant, il nous faut passer de l’ancien au nouveau. De l’ancienneté à la nouveauté. Parce que Jésus nous le dira un peu plus loin dans l’Évangile : “Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.”
Cette nouveauté, il nous faut l’accueillir par delà les dix commandements – qui sont la base minimum vitale encore aujourd’hui.-
Cette nouveauté, c’est Jésus lui-même. Jésus a dit : “aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.” Jésus seul peut transformer cet appel à l’amour, aux commandements, il le vit, il incarne la Loi, il est la Loi-même, il est ce commandement de l’amour. Jésus le vit et le vivant, il nous indique que nous pouvons aussi vivre ces paroles, vivre cet appel à l’amour, vivre cette exigence. Il nous transmet ces paroles parce qu’elles sont faites pour nous, parce qu’elles sont un chemin de bonheur.
Nous sommes appelés à entrer dans ce chemin qu’il assume lui-même, pour que nous-mêmes, nous passions à la plénitude de l’amour avec lui. “Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés.” C’est une exigence folle, en donnant notre vie. C’est valable pour chacun d’entre nous. Nous pouvons vivre ce qu’il commande, il nous donne la grâce de pouvoir vivre ce qu’il commande. “Donne-moi Seigneur, ce que tu me commandes”, demande saint Augustin dans une magnifique prière.
Que le Seigneur nous donne déjà de pouvoir vivre ce qu’il nous commande : passer de l’ancien au nouveau, accueillir ce chemin comme une Loi d’amour, en regardant Jésus la vivre et en le laissant vivre en nous pour que nous puissions vivre ces moments, vivre ce chemin avec lui : c’est cela être chrétiens.
Deuxième exigence : passer de l’extérieur à l’intérieur
Cette exigence est liée à la première. Ce n’est pas simplement pour nous chrétiens, de cocher des cases, de cocher des commandements et en être quitte. Il s’agit pour nous de laisser la Parole de Dieu, les commandements éclairer, irriguer notre cœur et nous transformer.
Sinon il y a un côté extérieur. Je fais ce qui m’est demandé, je vais à la messe le dimanche mais je referme le tiroir après et ma vie n’a rien de chrétienne dans la semaine. Ce n’est pas être disciple, être disciple du Christ, c’est se laisser transformer à l’intérieur, progressivement, tout au long des étapes de notre vie par cette Parole que nous recevons et nous l’écoutons non pas de l’extérieur mais de l’intérieur. C’est ce que vous faites à la messe, vous intériorisez cette Parole.
Vous voyez Nathaniel et Maxence, (enfants de l’école, catéchumènes) vous allez devenir chrétiens dans quelques semaines, ce que Jésus vous dit dans ces paroles, c’est un trésor pour éclairer votre vie et pour votre cœur. Écoutez vraiment toutes ces paroles de l’Evangile que vous allez découvrir et Jésus va venir vivre en vous pour vous aider à l’intérieur à avoir les bonnes pensées, les bonnes paroles et à prendre les bonnes décisions.
Troisième exigence : passer du simple code, de la règle à l’exigence de l’amour véritable.
Car la Loi qui nous est donnée, ce commandement de l’amour, c’est le langage de l’amour poussé jusqu’au bout. Jésus déploie l’amour dans ses exigences lorsqu’il commente ainsi les dix commandements, en disant : “il vous a été dit, et moi je vous dis…” Il nous donne le sens des commandements, en poussant l’exigence de l’amour jusqu’au bout. Et l’amour est infini, et l’amour veut tout, et l’amour va jusqu’au bout.
Le fil rouge de la Bible, c’est le dessein d’amour qui se déploie dans l’histoire des hommes. Dieu parle dans l’histoire des hommes avec leurs péchés – c’est pour cela que dans la Bible, il y a des guerres, du sang, des bagarres – et Dieu va parler à travers cela progressivement. C’est une Loi d’amour, et Jésus évidemment est l’amour incarné qui apparaît au grand jour dans l’Evangile.
Il nous faut passer du code, de la règle, à l’amour véritable.
Si vous voulez aimer, frères et sœurs, écoutez vraiment ces paroles, intériorisez-les, vivez-les, mettez-les en application. Le Carême va nous en donner l’occasion, petitement, mais réellement, non pas de manière extérieure, mais pour entrer dans cette Loi d’amour, en poussant l’amour jusqu’au bout. Et vous comme moi, on n’a jamais fini d’aller au bout de l’amour. Nous n’avons jamais fini d’aimer. L’amour veut tout, et “ la mesure de l’amour, dit encore saint Augustin, c’est d’aimer sans mesure.”
Frères et sœurs, retenons ces exigences à quelques jours du Carême pour nous mettre dans la dynamique de l’intériorité, de la conversion, de la transformation, de l’ajustement à ces paroles que nous entendons, pour entrer davantage dans l’amour que Jésus nous propose. CARÊME, CAR-AIME !
Amen.
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