Frères et sœurs, la parole de l’Évangile, de l’Écriture que nous entendons chaque dimanche nous aide à tracer une route, nous aide à être davantage disciples, sans crainte mais forts parce que nous savons que le Christ ne nous abandonne pas. Et ces paroles que nous entendons aujourd’hui vers la fin de l’évangile de saint Luc sont là avec un style très particulier, le style apocalyptique, dont il faut connaître bien les clés. Elles ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Ces paroles sont à comprendre avec ces clés que Jésus nous donne tout au long de l’Évangile, il parle comme un prophète. Un prophète, ce n’est pas quelqu’un qui dit l’avenir. C’est quelqu’un qui va secouer son auditoire, lui donner le courage de persévérer, en traçant une route et en annonçant des temps nouveaux certes, mais en ne perdant jamais confiance. Jésus vient nous dire que tous les événements de notre vie, quels qu’ils soient, sont toujours l’occasion d’un sursaut, même une crise, d’un nouveau départ, même les épreuves. Et Jésus ne nous abandonne pas. Alors retenons trois paroles fortes de cet évangile aujourd’hui.
Tout d’abord, premier appel de Jésus : prenez garde.
Prenez garde, et ne vous appuyez pas sur des fausses richesses. Même le temple magnifique, même Notre Dame de Paris, même les beautés que nous avons pu voir avec certains d’entre vous à Rome, tout cela disparaîtra un jour. Ne vous appuyez pas sur des fausses richesses et rappelez-vous que tout est fragile, dans notre vie.
Bien sûr, les constructions humaines. Mais même notre vie est fragile. Nos relations sont fragiles. Nos amitiés, nos amours sont fragiles. Tout cela, il faut en prendre soin, parce que cela nous est confié. Nous sommes les intendants de cela, mais cela n’est pas l’essentiel.
L’essentiel, c’est ce que Dieu nous donne pour nous appuyer sur sa parole et garder le cap, alors que nous marchons vers lui et avec lui.
Il ne s’agit pas de nous faire peur. Mais il s’agit de nous faire prendre conscience de l’essentiel, de ce qui dure. Il s’agit de nous permettre d’accueillir dans notre existence, ce qui est éternel. L’amour, la foi, l’espérance et la charité. Le Seigneur nous invite par ces paroles à être vigilants, à prendre garde, à ne pas nous laisser avoir par des faux dieux qui sont nombreux dans notre monde et qui nous attirent d’une manière ou d’une autre souvent pour nous ligoter, pour nous mettre dans telle ou telle addiction.
Prenez garde, cela est de tous les temps. Frères et sœurs, aujourd’hui nous avons des tentations propres à notre temps, à notre siècle, mais au Moyen-Âge et à chaque époque il y avait d’autres tentations. Cette parole de Jésus ne cesse d’être actuelle et de résonner dans le cœur des hommes.
Le chrétien est celui qui ne s’assoupit pas, qui reste éveillé, qui reste attentif, et qui saisit les occasions qui sont données pour avancer, traverser, sachant que le Seigneur est avec lui. Le chrétien, c’est bien celui qui devient chrétien. Nous sommes chrétiens par le baptême mais nous avons à le devenir chaque jour.
C’est un poncif que de dire que nous sommes minoritaires aujourd’hui même dans notre pays. Même s’ il y a des signes d’espérance, heureusement, des lumières qui s’allument comme des demandes de baptême des adultes, des conversions médiatisées davantage. Il y a des signes de réconfort. Mais cela n’empêche pas que nous ayons à traverser, à prendre garde, tout au long de notre existence, des moqueries, des obstacles, des tentations. Prenez garde et sachez devenir chrétien chaque jour dans les choix que vous faites.
Deuxième appel dans l’évangile : ne vous effrayez pas.
Prenez garde mais ne vous effrayez pas ! Combien de fois dans la Bible, combien de fois dans l’Evangile, Jésus ne cesse de nous rappeler : n’ayez pas peur, ne craignez pas.
La peur renferme, la peur anesthésie. La peur replie sur soi. Ce qui nous est demandé c’est de nous rappeler sans cesse l’alliance fondamentale que Dieu a créé entre l’homme et lui, entre chacun de vous et lui. Alliance renforcée lorsque vous allez communier, et à chaque fois que vous faites le signe de la croix. Cette alliance que Dieu jamais ne dédit. Dieu ne renonce jamais à ce qu’il a donné, à ce qu’il a fait. Sa parole est valable, est forte et vivante pour l’éternité. L’alliance qu’il a créée avec nous, qui a son apogée sur la croix avec le Christ, est une alliance éternelle.
Pour traverser notre vie sans tomber dans la peur, nous avons à nous rappeler cela chaque matin ou lorsque nous sommes devant une épreuve. Oui, le chrétien est celui qui ne tombe pas dans l’affolement, dans une peur qui le mettrait de côté, mais au contraire c’est quelqu’un qui garde au cœur cette espérance fondamentale fondée sur l’alliance à jamais entre lui et Dieu. Ne vous effrayez pas.
Troisième parole de Jésus dans l’Évangile d’aujourd’hui : C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie.
Vous voulez être des vivants et nous marchons vers la vie, même si nous achèverons notre vie terrestre un jour, la vie éternelle grandit en nous et plus nous avançons en âge, plus nous pouvons l’expérimenter. Comme le dit saint Paul : “La vie grandit en nous parce que la vie éternelle est celle à laquelle nous sommes promis. Fidélité, persévérance, confiance, et veille : ce sont des mots qui reviennent si souvent dans l’Evangile. Nous les entendons beaucoup en cette fin d’année liturgique et au début de l’Avent : “restez éveillés, ne vous endormez pas, persévérez, tenez bon !
Voilà des appels de Jésus pour ne pas sombrer dans la peur, ne pas sombrer dans la désespérance,ni dans le farniente donc.
Le chrétien n’est ni celui qui a peur ni celui qui oublie que sa vie aura une fin, que ce monde aura une fin et que tout cela passera. Le chrétien, ce n’est pas quelqu’un qui tremble devant cela. C’est quelqu’un qui garde cette espérance fondamentale et qui, quels que soient les événements de sa vie, heureux ou éprouvants, persévère dans la foi.
J’ai rencontré hier un garçon que j’avais connu autrefois, lorsque j’étais aumônier de Gerson. Il est tombé gravement dans l’alcool, il a une quarantaine d’années, il est soigné. Et hier, il a vraiment ouvert son coeur, j’en étais bouleversé. C’est un garçon qui avait eu des épreuves dans sa vie, et j’ai senti et j’ai essayé de révéler cela à ses propres yeux qu’il avait non seulement le désir d’être soigné, mais aussi cette certitude que Dieu n’était pas absent de ce qu’il était en train de vivre. Cette certitude lui permettait de voir la sortie du tunnel. Cette persévérance, cette ténacité, cette foi qui n’étaient pas éteintes dans son cœur, étaient là, à rallumer bien sûr, mais lui permettaient de traverser cette épreuve immense.
Frères et sœurs, soyons convaincus simplement, à la fin de cette année liturgique que nous avons à prendre garde, à ne pas nous effrayer et à cultiver en nous cette persévérance. Que, quoi qu’il arrive -Vous connaissez maintenant cette expression QQA que j’aime bien – quoi qu’il arrive, nous pouvons avancer et que le Seigneur a gagné. La victoire est certaine. Celle du Seigneur, du Christ, de Jésus sur la croix mais qui nous rejoint et qui transforme nos vies et notre marche à sa suite.
Oui, c’est notre espérance : qu’elle nous permette de nous attacher au Christ, et à la fin de cette année liturgique nous avons cela à faire du mieux que nous pouvons. La victoire est acquise et certaine. Alors tenons lui la main et avec lui ne cessons pas d’avancer.
Seigneur, nous te rendons grâce pour cette parole qui nous éclaire encore aujourd’hui par ton évangile. Sois avec nous tous les jours. Et conduis-nous sur ce chemin d’éternité.
Amen.
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