Nous célébrons, frères et sœurs, la dédicace de Saint-Jean de Latran.
J’imagine qu’un certain nombre d’entre vous connaissent cette église. Elle est gigantesque, elle fait 110 m de long, elle renferme les crânes de saint Pierre et de saint Paul, elle abrite, dit-on, la table de la Cène du Christ, elle est ornée d’une suite de médaillons à l’effigie de tous les papes, jusqu’à François. Elle a été consacrée, il y a 1701 ans ; jour pour jour, exactement. C’est la première église construite en Europe, sur un terrain donné au Pape par l’empereur Constantin, fraîchement converti.
Cette église a été le lieu d’événements qui ont une importance considérable dans notre histoire : cent cinquante conciles locaux, cinq conciles œcuméniques, de 1123 à 1512. Pendant plusieurs siècles, le Pape a résidé juste à côté.
Nous ne sommes pas ici, pour faire de l’archéologie ou aiguiser votre appétit touristique : alors pourquoi l’Église demande-t-elle de célébrer la dédicace de cette église ? Il y a beaucoup de raisons. Les textes d’aujourd’hui peuvent en évoquer quelques-unes.
L’Évangile
Nous sommes au début de l’évangile de Jean. L’Évangile nous montre Jésus chassant les marchands du temple, comme pour dire, aux juifs de son époque : vous dites que ce lieu est, sur terre, le lieu de la rencontre entre Dieu et le peuple juif ? Le lieu de la rencontre ? Non, c’est devenu un lieu de commerce, un lieu où vous essayez de respecter la loi religieuse, mais où vous ne rencontrez pas Dieu : ce lieu est en train de devenir inutile. Quand je serai ressuscité, c’est mon corps qui sera le lieu de la rencontre entre le peuple et Dieu.
Or le bâtiment église est le lieu de rassemblement du peuple de Dieu, Et le peuple des chrétiens c’est le corps du Christ : ce ne sont pas les murs qui sont importants. Ce ne sont pas les murs que nous célébrons mais ceux que ces murs permettent de rassembler. Ce qui est important, c’est ce rassemblement de ceux que Dieu appelle, c’est le corps du Christ – je veux dire l’Église, je veux dire : <Vous. Nous.- Nous qui mangeons le Corps du Christ, sommes le corps du Christ. Le lieu de rencontre entre Dieu et l’humanité, c’est la communauté chrétienne, symbolisée par l’église, le bâtiment.
Ce bâtiment au milieu de la ville dit que Dieu peut se rencontrer dans l’Église. Saint Cyprien disait que l’on ne peut pas avoir Dieu pour Père si l’on n’a pas l’Église pour mère. Et l’on peut rencontrer l’Église (avec un grand E) dans l’église (avec un petit e). Le bâtiment rend l’Église visible !
“Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis présent au milieu d’eux.” Pour être présence du Christ, présence de Dieu dans le monde, il nous faut faire communauté, être rassemblés. C’est probablement plus difficile en ville qu’à la campagne, dans un monde où nous circulons que lorsque l’on restait toujours en place. Mais c’est notre vocation. Le bâtiment église nous la rappelle !
Saint Paul aux Corinthiens
Saint Paul, vous avez entendu, va encore plus loin. Il a dit : “vous êtes le sanctuaire de Dieu, la demeure de Dieu”. Nous sommes tous des temples de l’Esprit Saint individuellement. Nous avons tous été baptisés, et pour la plupart confirmés, et l’Esprit Saint est venu en nous, comme il est venu en la Vierge Marie.
Mais, si l’Esprit est en nous, il est aussi Celui qui nous rassemble en communauté : le concile Vatican II a affirmé que l’Église était le peuple de Dieu, le corps du Christ et le temple de l’Esprit.
Communautairement, nous sommes le corps du Christ ! Nous sommes le temple de l’Esprit ! Le temple de l’Esprit, le sanctuaire de Dieu ! Dieu, son sanctuaire, c’est le ciel. Et l’Église est comme un avant-goût de ciel sur terre.
Les architectes des grandes cathédrales gothiques en France, voulaient faire des cathédrales comme un symbole sur terre de la Jérusalem céleste vers laquelle nous nous dirigeons. Entrer dans le bâtiment église, y célébrer, c’est comme déjà entrer dans la liturgie céleste ! Tout à l’heure, à la préface je dirai : “élevons notre cœur” pour nous inviter à chanter avec les anges et les archanges ! Dans l’église, nous sommes déjà un peu au ciel.
Et le bâtiment église devient au milieu de la ville, un signe du but de la vie humaine : Être rassemblés au ciel, tous ensemble. Au cœur de notre société, le bâtiment église est le signe de notre espérance !
Le texte d’Ezéchiel.
Vous vous souvenez de l’image de l’eau qui coule du côté du Temple. Cette eau est une image de la grâce. Du don de Dieu. Beaucoup font le lien entre l’eau qui coulait du côté du Christ et cette prophétie d’Ezéchiel. Nous nous rassemblons dans une église pour boire à cette source, pour recevoir la grâce. Et la grâce qui nous est donnée, l’est pour que nous fassions vivre ce qui est mort dans notre monde. Si nous sommes le corps du Christ, si nous sommes le signe de ce rassemblement final, il faut que nous soyons les donneurs de vie à notre monde ! Non pas avec nos forces, mais avec celles de la grâce !
Je pense au discours qu’a fait le cardinal Aveline, au début de la conférence des évêques cette semaine. Au fond, il disait que nous avons un devoir d’être dans la cité, les signes que l’unité est possible, que nous devons être des hommes et les femmes de relation, des hommes et des femmes qui construisent du lien social. Pour cela, il nous faut écouter l’Esprit Saint et nous laisser guider par l’Esprit Saint, l’espérance chevillée au corps. Il nous faut croire que le bonheur est possible ! Ce monde crève de manque d’espérance. Il a besoin de notre espérance, celle que seule la grâce nous permet d’acquérir en célébrant ensemble dans l’église.
Il y a quelques minutes, je pense, le pape Léon a terminé la messe qu’il a célébrée aujourd’hui dans sa cathédrale de Saint-Jean-de-Latran. J’imagine qu’il a parlé comme d’habitude -parce que l’on commence à le connaître- d’unité, de paix et de joie, d’attention aux plus petits. Célébrer la dédicace de Saint-Jean-de-Latran, c’est accepter, et faire en sorte, comme un écho à la prédication du Pape, que notre église soit un signe dans notre société de l’union avec Dieu et de l’unité du genre humain !
Nous ne célébrons pas des murs, nous célébrons l’Esprit qui nous pousse à être ensemble, signes de son amour.
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