« Mort, où est ta victoire ? »

Seigneur, se peut-il que ce grand acte de puissance que Vous avez réalisé sur les flots ne soit qu’une démonstration de Votre pouvoir ? Qu’avez-Vous cherché à montrer à Vos Apôtres lorsque Vous avez imposé à la mer de se taire, et elle l’a fait ? D’autres que Vous, avant Vous, avaient reçu en partage le pouvoir de dompter les eaux. Votre prophète et serviteur Moïse qui sépara la mer des Roseaux, et Josué son successeur qui en fit de même au Jourdain. Elie frappant les eaux s’ouvrit un passage.  Qu’avez-Vous voulu nous dire en cet acte extraordinaire ? Qu’à la mer en furie Vous ordonnez d’être sage ? Ce serait trop peu. Non, dans cet acte souverain, Vous dites à Vos Apôtres et à toute l’Église que Vous avez reçu pouvoir sur l’engloutissement de la mort. Que la mort maintenant Vous obéit. Que l’on peut l’affronter sans crainte avec Vous à nos côtés. Mieux que Vous nous donnez part à Votre victoire de sorte que, comme Votre Apôtre Paul que nous fêterons bientôt, nous pouvons dire en nous adressant à elle directement : « Mort, où est ta victoire ? »

Oh, bien sûr, pas un chrétien ne fanfaronne devant la mort qui toujours portera son front abominable et son fléau dévastateur. Mais au creux de notre foi, tout près de Vous, nous savons que déjà, nous sommes vainqueurs de notre mort. Qu’elle ne pourra nous retenir en son abîme : « Notre âme s’est échappée comme l’oiseau du filet des chasseurs ; le filet s’est rompu, et nous nous sommes échappés. » A cette heure du monde, où Esculape, le dieu de la médecine, semble plus honoré que Vous, nous rappelons avec Blaise Pascal que ‘Les médecins ne nous guériront pas, car nous mourrons à la fin mais c’est Vous qui guérissez et rendez le corps immortel’.

Cette pensée forte et prodigieuse a guidé l’Église depuis deux millénaires. Elle pousse les chrétiens à choisir la vie, plutôt que la mort, la vérité plutôt que le mensonge, la générosité plutôt que l’égoïsme, l’audace plutôt que le confort.

Seigneur, ne nous laissez pas loin de Vous et de Votre victoire, dans les rôtissoires infernales qui répandent leurs fumeroles, les miasmes de l’horreur. Ne nous laissez pas envahir par le goût du sang et de l’innommable, là où la joie, la pureté et l’innocence ont disparu.

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *