La réponse à l’appel de Jésus

L’évangile de ce dimanche commence avec l’arrestation de Jean le Baptiste.

Ce Jean, nous le connaissons : un prophète puissant en paroles et en actes qui a drainé vers lui des multitudes. Les évangiles n’hésitent pas à dire : « tout Jérusalem et toute la Judée venaient à lui ». On venait auprès de Jean pour se faire baptiser par lui, puisque c’est ce qu’il a proposé et prêché : « un baptême dans le Jourdain en vue de la rémission des péchés ». Un baptême auquel Jésus lui-même s’est prêté, bien qu’il ne soit pas pêcheur : nous avons entendu cet évangile la semaine dernière. Nous avons entendu le témoignage de Jean à propos de Jésus : « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », et encore : « c’est vraiment lui le fils de Dieu car j’ai vu l’Esprit descendre sur lui et demeurer » .

Son témoignage résonne aujourd’hui comme un testament. Jean est désormais arrêté, il mourra en prison. Les foules qui avaient été saisies par sa parole, qui avaient vu en lui une lumière dans leur horizon bouché, vont retourner chez elles, vont retourner dans les ténèbres, et les disciples de Jean vont se disperser, voire se terrer pour éviter les représailles.

 

Le début de la mission de Jésus

Tous sauf un ! Il y en a un en particulier qui ne se terre pas : c’est Jésus. Il va reprendre le flambeau. Dans l’arrestation de Jean, il voit le signal que Dieu lui adresse, du début de sa mission.

C’est vrai qu’on lit qu’il se retira en Galilée, mais en réalité il ne cache pas. La Galilée va être le point de départ de sa mission, de la proclamation de la Bonne Nouvelle. Elle est choisie à dessein, pas seulement parce qu’il y habite – l’Evangile nous dit d’ailleurs qu’il quitte Nazareth pour s’établir à Capharnaüm. Capharnaüm est un autre petit village, mais il est situé sur une grande voie de communication, entre l’Égypte au sud et la Mésopotamie au nord, de telle sorte qu’y proclamer l’évangile, c’est être assuré de l’écho de sa parole. Si Jean a attiré des multitudes, celles de Jérusalem et de toute la Judée, Jésus va attirer des multitudes plus grandes encore. Car la Galilée, c’est la Galilée des nations.

Des Juifs nombreux vont venir écouter Jésus et vouloir être guéris par lui, vouloir être  libérés par lui de tout ce qui évoque dans une vie l’enfermement : esprits impurs, démons… Mais d’autres des nations viendront également, soit d’eux-mêmes, soit parce que Jésus délibérément les rejoindra. Jésus annonce ainsi que l’Evangile n’est pas fait pour les Juifs seuls, mais qu’il est fait pour le monde entier.

Jésus n’a pour lui que sa parole, cet Évangile du royaume qu’il proclame, et le bien qu’il fait aux malades et aux infirmes.

Mais cette parole est révolutionnaire, elle ébranle le pouvoir en place. Car il est question d’un royaume. Certes il s’agit du royaume des cieux, mais il n’empêche. Pour quelqu’un qui tient fermement son pouvoir en main, comme Hérode pouvait le tenir, comme tous les tyrans, comme tous ceux qui exercent le pouvoir et peuvent être saisis par la tentation qu’il contient, entendre cet évangile, c’est s’exposer. Si Jean a été arrêté, Jésus pourrait l’être aussi. Il ne le sera pas par Hérode lui-même, même si celui-ci participera à son procès, puisque Pilate le lui a envoyé. Jésus sera arrêté par un autre pouvoir beaucoup plus important, celui de Rome, celui dont dépend Hérode.

Le royaume que Jésus proclame n’est pas un royaume tel que nous le voyons sur la terre, un royaume au risque de la violence ou au moins de la dureté. Un royaume incapable de subvenir à tous les besoins, à être attentif notamment aux plus petits, aux plus pauvres.

Le royaume que Jésus proclame est le royaume des cieux, c’est-à-dire le royaume de Dieu. Dieu a seul la capacité d’envisager tous et chacun. Le royaume de Dieu entraîne, élève, enthousiasme. Il est la vraie lumière dans un univers enténébré, celui des contemporains de Jésus, et le nôtre également.

Cet enthousiasme est signifié dans l’évangile de ce dimanche par ces disciples qui vont se mettre à la suite de Jésus.

 

La réponse à l’appel de Jésus.

Ce sont quatre pêcheurs du bord du lac, Simon, André, Jacques et Jean. Jésus choisit ses disciples parmi des gens qui ont une expérience du travail, de l’effort, des gens qui y ont acquis une compétence. Des hommes de labeur, des hommes dont les mains sont calleuses. Des hommes de patience aussi, car il en faut quand on attend le poisson. Jésus choisit ces hommes pour ces qualités issues de leur travail. Certes, il va leur proposer quelque chose qui n’est pas dans l’ordre habituel de leurs compétences : au lieu de pêcher des poissons, il leur propose de pêcher des hommes.

Il n’empêche que Jésus s’appuie sur les compétences de ceux qu’il appelle. Cela ne vise pas uniquement, bien évidemment, ces pêcheurs au bord du lac : nous ne lisons pas l’évangile comme un texte daté ou un texte sans rapport avec ce que nous vivons. Nous sommes tous appelés par Jésus à le suivre ! Et les qualités que nous avons, l’expérience que le travail nous a apportée, l’expérience que les relations humaines nous ont donnée, importent à Jésus. Il en tient compte, même s’il nous demande de travailler à un autre niveau, dans un autre domaine que le nôtre.

On est toujours surpris, en lisant cet évangile, en tout cas je le suis, de la réponse immédiate que ces hommes font à Jésus. Sans doute il y a l’enthousiasme de voir se lever quelqu’un d’autre après Jean, qui va porter le flambeau de la parole de Dieu. Il n’empêche, ce qu’il leur propose est hors de leurs capacités, en un sens démesuré : ce sont des hommes de peine, ce sont des hommes de main, et Jésus leur demande d’être des hommes de parole.

Il faut bien comprendre le sens de leur réponse, celui que Matthieu veut transmettre : en réalité, leur réponse positive est moins le fait de leur liberté que le signe de l’autorité de Jésus, c’est-à-dire de l’efficacité de sa parole.

Quand vous promettez à des gens de devenir pêcheurs d’hommes, il faut que vous le soyez vous-même, sinon ce n’est pas la peine de promettre. Si vous n’avez pas en vous la capacité que vous promettez, vous êtes un charlatan ! Jésus est un pêcheur d’hommes, il est même Le pêcheur d’hommes ! Et il leur donne le gage qu’il a la capacité de leur transmettre ce qu’il leur promet en les pêchant : aussitôt ! Ainsi, leur réponse est moins l’expression de leur liberté, de leur dynamisme, ou des qualités de leur cœur – même si ces qualités sont fondamentales –  que le signe de l’efficacité de la parole de Jésus. Quand Jésus appelle, il attrape, il pêche, il entraîne aussitôt à sa suite.

Vous pourriez m’objecter que, dans l’Evangile, tout le monde ne répond pas ainsi. Jésus a rencontré l’opposition, et même sans rencontrer l’opposition, il a croisé des personnes qui se sont adressées à lui mais n’ont pas fait le pas de le suivre.

C’est vrai. Peut-être que ces quatre pêcheurs acceptent de le suivre parce qu’ils cherchent un autre maître que Jean, quelqu’un qui puisse prendre son relais, et qu’ils n’imaginent pas à ce moment-là à quelle extrémité conduit de prêcher le royaume des cieux. Ils ont pourtant l’expérience de Jean, jeté en prison et qui va mourir, mais ils n’imaginent pas encore le terme de l’aventure avec Jésus.

Jésus le leur révèlera quand ce sera le moment, leur révèlera ce qu’il vise en montant à Jérusalem, souffrir la Passion, mourir et le troisième jour ressusciter. C’est le cœur de l’Evangile, et qui est déjà mystérieusement présent dans ces mots : « Convertissez-vous car le royaume des cieux est tout proche ». Mais l’instant est celui du commencement, pas de la fin.

Au commencement, il s’agit d’annoncer la bonne nouvelle. Il s’agit d’annoncer une nouvelle qui réjouit le cœur. Il s’agit d’accompagner cette annonce d’actes de puissance, de guérisons de maladies et d’infirmités. Et les disciples sont emportés par lui dans cette mission.

Aujourd’hui, l’appel de Jésus continue de retentir. Il n’est pas aussi explicite que dans l’évangile, même si nous prêchons, même si nous pouvons rencontrer des personnes qui nous parlent du Christ. L’appel de Jésus continue de retentir car nous ne sommes pas au terme du chemin. Nous ne sommes pas dans les cieux, nous sommes sur la terre, dans un monde où la  violence est partout, où le royaume des cieux est objet de foi plutôt que réalité sensible.

L’appel de Jésus continue de retentir dans notre monde et cet appel, vous l’avez entendu, c’est : « convertissez-vous. Le royaume des cieux est tout proche ».

Convertissez-vous, changez de cœur, tournez-vous vers Dieu, soyez entraînés par lui. En cette semaine pour l’Unité des chrétiens, en nous appuyant sur la deuxième lecture que nous avons entendue, peut-être pouvons-nous nous interroger sur l’unité que nous désirons avec les autres chrétiens, mais aussi sur l’unité que nous essayons de vivre entre nous, et finalement sur l’unité en nos cœurs : sommes-nous véritablement unifiés, ou nos cœurs sont-ils divisés? Le Christ n’est pas divisé, et le Christ a la capacité de faire l’unité dans nos cœurs.

Peut-être, en réfléchissant à cette parole: « convertissez-vous », pouvons-nous ouvrir nos cœurs à la Bonne Nouvelle du royaume tout proche, à l’invitation à collaborer à son avènement. Que ce soit par une transformation personnelle ou, s’il plaît à Dieu et au Christ, par un témoignage qui rende compte de notre foi. Sans cette communication de foi, il est clair que l’Eglise, votre église, celle de St Pierre de Chaillot, qui mériterait d’être davantage remplie, comme l’Eglise universelle, le sera moins encore. Comment des catéchumènes, des personnes qui désirent être plongées dans le baptême de Jésus, vivre de Jésus, être en alliance avec lui, cette alliance nouvelle et éternelle qui nous rassemble, comment les catéchumènes trouveront-ils le chemin de la parole de Dieu, le chemin de cette lumière qui peut illuminer leur condition, les faire sortir des ténèbres, les réjouir ? Car Dieu veut que nous nous réjouissions.

 

Demandons au Seigneur de reprendre conscience que Jésus continue de sillonner nos existences, de sillonner nos rues, nos villes, nos pays. Son appel continue de retentir, son appel de la bonne nouvelle d’un royaume tout proche auquel il nous invite à collaborer, par une conversion personnelle, par le témoignage à la fois de nos vies et de nos bouches. Amen.

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