La justice de Dieu plus grande que sa miséricorde

Homélie du 13 septembre 2020, 24ème dimanche du temps ordinaire.

Frères et sœurs, priez Dieu qu’Il me soit une bouche, pour que je puisse vous parler et qu’Il vous soit aussi des oreilles pour que vous puissiez entendre et progresser, pas après pas, chaque dimanche, dans la voie chrétienne.

1.   Dieu de miséricorde pour tous les hommes

Il ne fait aucun doute pour nous chrétiens, et cela est une chance insigne que nous puissions recourir au Dieu de miséricorde.  C’est une chance inouïe parce que beaucoup traînent avec eux un poids énorme de culpabilité, de haine, d’esprit de vengeance, sans jamais pouvoir en être débarrassé, sans que le fil qui les rattache à ces poids de misère, sans que ces chaînes qui les attachent ne soient jamais rompus. Nous avons, nous chrétiens la joie de savoir que nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu qui peut à tout moment nous libérer.

Cela ne veut pas dire que dans d’autres sociétés, dans d’autres cultures, d’autres religions, cet esprit de miséricorde soit absent ; il transparaît à travers des cultes, des rituels que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans les néo religions. Dans le culte juif, chaque année le grand jour de la rémission des péchés, le Yom Kippour, que les Juifs vont célébrer dans deux semaines le grand prêtre entrait une seule fois par an dans le temple pour prononcer le Nom ineffable et asperger l’Arche d’Alliance du sang d’un animal. L’idée était que la vie animale représentant la vie humaine, au contact de l’arche, retrouvait sa pureté.

Nous croyons en la miséricorde de Dieu disponible et vainqueur. Mais si nous pouvons être certains de la miséricorde de Dieu, nous savons aussi que Dieu est juste. Et c’est parce qu’il est juste qu’il est vraiment miséricordieux.

2.   La justice de Dieu sommet de sa miséricorde

Qu’est-ce que cette justice de Dieu ?

Au cours de l’histoire de l’église l’on a réfléchi à la manière dont Dieu pouvait faire miséricorde aux hommes. Était-ce un grand fleuve de vie qui pouvait tout emporter, comme on voit des grands fleuves qui charrient des arbres en quantité, fleuve de vie auquel rien ne résiste, pas même les péchés des hommes ? C’est une possibilité.

Si vous allez à Rome, j’espère que vous pourrez voir l’admirable église de saint Clément à côté du Colisée et du Forum. Vous y contemplerez une magnifique mosaïque qui représente précisément ce fleuve d’eau vive qui vient à la fois purifier et restaurer toute l’humanité. Au milieu de la mosaïque, de la croix du Christ glorieux, s’échappe un fleuve de vie qui vient nourrir les animaux, faire fleurir quantités de fleurs et d’arbres. C’est une manière de considérer la miséricorde de Dieu. Les théologiens protestants du seizième siècle ont conçu la miséricorde de Dieu de la sorte. Elle vient nous recouvrir d’une certaine manière mais elle est en quelque sorte extérieure à nous.

Plus grande encore est la justice de Dieu. En quel sens ?

Eh bien, par le fait que Dieu n’est pas simplement, en nous, victorieux du mal, Il ne vient pas simplement recouvrir d’une espèce de manteau de justice cet arbre qui serait mort. Il vient le renouveler très profondément jusqu’à la racine. Il vient le restaurer de telle sorte que cet arbre qui avait perdu sa vitalité puisse la retrouver.

C’est la justice de Dieu qui nous fait participants de sa propre victoire. Et ceci explique un élément fondamental de notre foi qui est la croix du Seigneur Jésus. Pourquoi le Christ est-il mort, après tout ? Dieu aurait pu, d’un décret souverain dire « Je fais miséricorde à tous les hommes et à toutes les femmes. Mais ce n’est pas ce qu’Il a fait. Il a voulu que cette victoire de la miséricorde et de l’amour vienne jusqu’à nous et que nous la fassions nôtre, de telle sorte que nous soyons nous aussi victorieux. Et le Christ a inauguré en lui ce que Dieu destinait à toute l’humanité.

Je prends un exemple pour vous permettre de mieux comprendre la supériorité de la justice sur la miséricorde.  Il ne fait pas de doute que dans l’histoire d’une famille, tout commence avec l’amour. Amour des parents pour leurs enfants, amour des enfants pour leurs parents. C’est dans cet espace vital d’amour, de tendresse, de respect, d’affection, de confiance qu’un enfant peut grandir, qu’un adolescent peut arriver jusqu’à maturité. Mais nous ne pourrions pas simplement nous satisfaire de cette relation aussi profonde, aussi juste soit-elle. Il y a un moment où il faut qu’un enfant prenne en main sa destinée.  Cet été, j’ai eu l’occasion de constater cela.  Des paroissiens, des amis m’ont dit avec une très grande émotion et joie, combien ils étaient émus au plus profond d’eux-mêmes d’avoir reçu l’annonce des fiançailles de leur enfant. Au moment où de jeunes hommes, de jeunes femmes, prennent en main leur destinée, après avoir été portés par tout ce fleuve d’amour, de tendresse et d’affection, ils donnent un tournant décisif à leur existence par un choix de vie fondamental qui va créer un monde nouveau. Et ce choix est à la fois le fruit de l’amour des parents, mais il le dépasse et l’accomplit. Comme la justice de Dieu qui nous donne d’être vainqueur accomplit sa miséricorde qui est victorieuse.

Ainsi, nous le voyons, la miséricorde de Dieu trouve sa perfection dans sa justice.

3.   Comment accomplir la justice de Dieu en nous ?

La justice de Dieu, c’est que nous puissions faire nôtre sa victoire sur le mal. Comment être victorieux du mal ? Écoutons saint Paul. « Nous sommes victorieux du mal en faisant le bien », en préférant tout ce qui est beau, tout ce qui est grand, tout ce qui nous permet d’échapper à la haine, à la violence, et à la bêtise.  Baudelaire parle de la bêtise « au front de taureau ». Soyons vainqueurs du mal par le bien, en élevant notre esprit, en choisissant de regarder ce qui est beau, d’entendre ce qui est constructif.  Chassons tout ce qui peut nous rabaisser, nous coller à la poussière, pour aller vers les biens, les grands biens spirituels, car il y a des vallées dans l’âme humaine qui sont plus vastes, plus fertiles, plus belles que toutes les vallées de la terre.  Ce sont les vallées de Dieu, les vallées intérieures. Il y a des fleuves dans l’âme humaine, qui sont plus vastes et plus irriguants que tous les fleuves de la terre. Il y a des cieux dans l’âme humaine qui sont plus hauts que ceux que nous promet Elon Musk et ses records d’altitude. Ce sont les cieux de Dieu et nous pouvons les rejoindre aisément parce que nous sommes enfants de Dieu, parce que notre demeure est dans les cieux, parce que Dieu nous offre sa propre demeure, qu’Il est lui-même.

Soyons vainqueur du mal par le bien que le Christ réalise en nous, par nous et avec nous, à la gloire et à la louange de Dieu le Père.

Amen.

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *