Le babil de Babel ou les langues de feu ?

Une tradition de lecture relie la confusion des langues à l’ambition prométhéenne des humains de construire une tour qui touche aux cieux…. Babel, malédiction ou bénédiction ?

Je ne suis pas sûr que la confusion qui entoure la production de briques touche simplement le langage. C’est une confusion totale qui frappe ceux et celles qui ne vivent que pour produire, extraire, éreinter la terre, les eaux, les os, les chairs, animales, végétales…

A l’origine, il n’en était pas ainsi. Dieu confie la terre aux humains pour qu’ils la dominent, mais selon sa manière à lui. Non pour la diminuer, mais pour l’augmenter.

S’il fallait établir un rapport entre la douce seigneurie que doit exercer l’homme sur la création et son usage du langage, on dirait alors que le langage devrait trouver dans le cœur et la bouche des hommes le moyen d’accorder un surcroît de sens à ce qu’ils vivent, par le récit qu’ils en font. « Dis-moi ce que tu dis de toi, je te dirai qui tu es ».

Au lieu de quoi nous avons des borborygmes incompréhensibles et imbéciles d’une immense usine qui produit jour et nuit et ne s’arrête jamais.

Ce fut une des pires expériences de ma vie. Passer 12 jours dans le ventre d’un navire roulier embarquant au fil de ses escales en Méditerranée 3000 voitures, sur 11 ponts superposés. Une usine en mer, ne cessant jamais de tourner. Un bruit infernal. Une humanité à bord dérisoire.

Ce rythme industriel contamine notre orthographe qui devient de plus en plus confus, notre langage de plus en plus embrouillé.

Comment le monde de la beauté, de l’harmonie qui reflète l’harmonie de Dieu, ce monde qui en sept jours et en dix paroles a surgi du chaos et reflète l’harmonie divine, comment a-t-il pu devenir le monde du chaos ?

Comment a-t-il pu devenir le monde, non plus de l’action de grâce, mais le monde de la pollution, le monde que nous connaissons, le monde dont il faut sortir si on veut retrouver la liberté ?

Reconquérons notre liberté. Sortons du pays de l’esclavage de la production, que symbolise la fabrication des briques à Babylone, comme en Egypte. Sortons vers le lieu du repos et de l’harmonie.

Que l’harmonie à laquelle Dieu appelle sa création devienne aussi l’œuvre de nos mains.

Passons de la productivité à la fécondité, qui oblige toujours à une œuvre commune où parfois, et même le plus souvent, la grâce d’En-Haut à sa part.

Dans cette harmonie, tous les langages seront réunis dans une même protestation de louange et d’action de grâce : tibi gratias et Deo.

p. Jacques Ollier

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