Garde ton peuple dans la joie

Homélie du 3ème dimanche du temps pascal.

Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse ; tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.

Frères et sœurs, je ne sais pas si vous avez bien entendu la prière que j’ai dite en votre nom et que l’on appelle l’oraison. Elle commençait par ces mots :

Garde ton peuple dans la joie.

Et c’est vraiment ce que je vous souhaite de « refaire force et jeunesse ».

Quand on va lire les Ecritures ensuite, on s’aperçoit que ce n’est pas si facile d’être « gardé dans la joie. » Au fond, la rencontre que nous entendons dans l’Évangile est un peu étonnante. Elle a lieu après deux autres rencontres ; les pèlerins d’Emmaüs qui, on le sait, ont reconnu le Christ à la fraction du pain et qui ont ensuite parcouru des kms et des kms à pied pour annoncer la chose et c’est là qu’ils arrivent dans l’épisode du jour.

Mais entre-temps, Pierre a eu aussi une apparition du Christ et on ne s’attend pas à ce que les apôtres réunis, après avoir entendu ce que disaient les disciples d’Emmaüs et saint Pierre puissent être effrayés et qu’ils soient dans le doute. Et après tout, ce n’est peut-être pas si étonnant.

Qui d’entre nous a une foi absolument rectiligne – sans passages par des ” ben oui je crois” et puis des passages où c’est plus difficile -.  Il faut reconnaître que pour les apôtres cela devait être très difficile : comme cela arrive lorsque l’on vit quelque chose de très violent. Il n’y a aucune raison que les disciples aient été dispensés de ce que l’on appelle les traumatismes – cette perte de mémoire, on oublie parce que l’on a vécu quelque chose de très violent-.

Non seulement ils ont vécu quelque chose de très violent pour Jésus, mais pendant cette période-là, ils ont été des traîtres, ou en tout cas des lâches et ils sont partis et probablement qu’ils ne cherchent pas du tout à se souvenir. Comme nous ne cherchons pas davantage à nous souvenir de ce que nous avons fait de mal. Cela nous revient peut-être, mais on aime mieux « ne pas s’en souvenir ». Donc on comprend que c’était difficile pour eux, qu’ils ont eu du mal à croire que Celui qu’ils avaient abandonné ne les abandonne pas. Ils avaient d’autant plus de mal à croire que jusqu’au bout Jésus était le Messie, jusqu’au bout ils avaient des ambitions politiques et ils n’ont pas pris Jésus pour Jésus. Au fond, malgré 3 ans de formation, ils n’étaient pas capables de dire que Jésus était à la fois homme et Dieu. Ils étaient dans la difficulté.  Alors Jésus les prend tels qu’ils sont, et tels que nous sommes. Voilà qu’Il fait quelque chose que nous aurions peut-être aimé vivre, mais en tout cas ils sont les seuls qui ont eu ce privilège-là. Dans saint Luc, Il les invite à le toucher, à palper.

Il leur dit : « c’est moi, c’est vraiment moi ». J’imagine que cela devait être une expérience tout à fait étonnante ; quand vous enterrez quelqu’un et que ce quelqu’un devient vivant et vous dit « touche-moi, regarde même les plaies que j’ai, c’est vraiment moi et ces plaies qui te faisaient souffrir parce que tu avais été lâche, je te demande de les regarder dans la joie.

C’est une expérience extraordinaire que nous n’avons pas, mais nous en avons le témoignage. Par contre ce qui est dit après, nous l’avons. Après c’est très difficile à imaginer. Jésus leur demande le fruit de leur travail, du poisson.

Il essaie de se situer dans la réalité ; au fond peut-être que nous aimerions rêver de la Résurrection dans un autre monde. Dans le monde de nos rêves. Mais c’est dans la toute simplicité de la vie et comme ils ne comprennent pas, Il va leur expliquer les Ecritures, et les Ecritures, nous les avons.

Nous sommes tout à fait capables de lire ce que Jésus appelle Moïse et que nous appelons le Pentateuque, et les juifs la Torah, les Prophètes et les Psaumes. Nous les avons. Jésus va alors leur dire « vous auriez dû lire cela » c’est un peu extraordinaire. Et quand vous ouvrez La Torah, les Prophètes et les Psaumes, ça n’y est pas.

Ce que nous aurions dû lire et ce que nous devrions lire, c’est ce qui se manifeste par la Passion du Christ. C’est-à-dire la fidélité absolue de Dieu, d’un Dieu qui aime l’homme, qui veut être familier de l’homme et qui accepte notre humanité jusqu’au bout. Et Jésus s’incarne pour montrer que Dieu veut faire entrer dans sa divinité. Cela, c’est dans les Psaumes, cela c’est dans la Bible. Mais c’est très difficile à croire. Mais nous l’avons, et nous pouvons faire exactement la même démarche que les apôtres. Nous laisser ouvrir l’intelligence de la Bible.

Comment fêter la résurrection sans cette intelligence de la Bible.

Comment fêter la résurrection, sans cette compréhension d’un Dieu qui veut absolument sauver l’homme. Mais Jésus va encore plus loin. Il dit aux apôtres qu’Il leur donne une mission et quand on regarde plus précisément cette mission – qui est d’aider à la conversion en vue du pardon des péchés- c’est la mission de Jean-Baptiste. C’est la mission que Luc décrit comme étant celle de Jean Le Baptiste, celle véritablement remplie par le Christ, celle que les apôtres reçoivent !  Si saint Luc le raconte à ce moment-là, à la fin de son Evangile, c’est parce que c’est notre travail.

Il est en train d’annoncer ce qu’il va dire dans les Actes des Apôtres, c’est-à-dire ce que les disciples doivent faire : annoncer une conversion des cœurs, essayer de former une conversion des cœurs pour se retirer du péché. Il prouve sa résurrection, en nous disant qu’Il nous fait confiance.

Foi en la Résurrection.

Je sais bien qu’on croit tous à la résurrection si nous sommes ici. On y croit plus ou moins. Mais est-ce que nous avons conscience que la preuve que nous croyons vraiment en la résurrection c’est que nous sommes là, dans le monde pour continuer la mission du Christ.  Et pour permettre aux gens de découvrir qu’ils sont capables d’aimer.

Au tout début de la rencontre, Jésus dit « la paix soit avec vous ». Il ne dit pas :  je vous souhaite la paix, soyez tranquilles. Non, Il souhaite cette paix de Dieu, où l’on est en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec Dieu, avec la nature. C’est cela qu’Il souhaite. Et la preuve que nous croyons en la résurrection, c’est que nous sommes capables par notre vie, par notre témoignage, par nos hésitations, par nos déclarations, par nos actes, de dire que l’amour est plus fort que la mort. Que nous n’enterrons jamais quelqu’un dans des déluges de qualificatifs qui le mettent à l’extérieur pour toujours. Nous croyons en la résurrection, nous croyons à la vie.

Quand, à la messe on dit, on souhaite la paix, on ne le fait pas en disant donnez-vous un petit signe de paix.

On souhaite la paix, parce que le Christ nous donne cette paix et nous donne le pouvoir de répandre la paix.

Nous avons le pouvoir de répandre la paix.

Vous avez entendu l’oraison mais je vais vous la répéter parce que

Croire au Christ ressuscité c’est être sûr, non seulement qu’il est ressuscité, mais qu’Il nous donne le pouvoir de résurrection.

Si nous sommes conscients de ce pouvoir de résurrection, nous pouvons entendre la prière que nous avons faite tout à l’heure :

Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse.

Ah, si nous pouvions refaire nos forces et notre jeunesse…

Tu nous a rendu la dignité de fils et de filles de Dieu, affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.

Frères et sœurs gardez la joie de Pâques !

Amen.

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