Homélie 3 mars 2024, 3ème dimanche de carême

“Détruisez ce temple et en 3 jours je le relèverai.”

 

Chers frères et soeurs,

une courte homélie sur le corps, le corps humain, en partant de l’affirmation de Jésus que l’on vient d’entendre dans l’évangile : “détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai.” L’évangéliste saint Jean ajoute une glose explicative : “il parlait du sanctuaire de son corps.”

Je pose trois thèses sur le corps, et sa dignité  dans le christianisme.

La première thèse, c’est que le christianisme, comme la plupart des grandes religions, s’insère dans une longue tradition humaine et religieuse de respect du corps.

Il rejoint la pensée commune sur la dignité du corps ; en particulier par le soin accordé au corps des défunts.

La plupart des ethnologues et des anthropologues regardent  comme une preuve d’humanité, les soins apportés par la communauté humaine aux corps des défunts, dans les pratiques funéraires.  “Rien de plus dangereux, écrit un  anthropologue, pour une famille humaine , pour une société, qu’un mort “mal passé”.”

L’homme, par cette pratique des rites funéraires, se distingue de l’animal – n’en déplaise aux spécistes -.

L’Église entoure de ses soins le corps des défunts.

 

La deuxième thèse, c’est que  le respect du corps par le christianisme déborde largement  le temps du décès.

Le corps humain est respecté par le christianisme, depuis  sa conception jusqu’à sa mort naturelle. Par ce respect inconditionnel qu’elle donne au corps humain, l’Église interroge chaque époque de l’histoire, sur la façon dont les sociétés considèrent le corps.

Aujourd’hui le corps de l’homme ne semble plus devoir être considéré qu’en fonction de son autonomie.

Je prends deux exemples.

  • Un enfant dans le ventre de sa mère n’est pas considéré comme un humain, au regard du droit. Vous vous souvenez peut-être de l’épisode dramatique d’une femme accidentée dont l’enfant était décédé. On n’a pas considéré que c’était un homicide.
  • Un vieillard aujourd’hui, un malade inutile, non autonome, qui a perdu son autonomie, semble pouvoir être légalement éliminé.

Je pose donc la question.

L’autonomie de l’être humain est-elle la seule garantie que l’on puisse accorder à sa dignité ?

Pour être dignes, devons-nous être impeccables, sans tache, ni rides, sans blessure, ni tristesse ?

 

La troisième thèse :  d’où vient ce déni du corps blessé, mortel ?

Je donne, ici encore  un simple exemple.

Sur le parvis de l’église, lorsque je célèbre des obsèques, le cercueil du corps du défunt est visible aux yeux de tous. Ce cercueil n’est plus guère honoré. Bien peu de passants s’arrêtent et encore moins se signent, font sur eux le signe de la croix. Quand j’étais enfant, on m’apprenait qu’en passant auprès d’un cercueil, on faisait un signe de croix par respect, et pour confier à Dieu cet être qui s’en allait.

La mort semble ne plus exister. C’est d’ailleurs le titre d’un best-seller: “La mort n’existe pas.” Il y a quelques années, on aurait ri d’un tel titre.  Aujourd’hui, le livre connaît un grand succès.

D’où vient cela ? D’où vient cette négation de la mort ?

Une réponse : peut-être est-ce parce que l’on ne considère plus l’homme comme doté d’une âme. Ce terme, vous en conviendrez, a presque disparu de notre lexique quotidien.

L’âme, en vous, c’est votre ressemblance avec Dieu.

C’est là, l’origine de toute dignité humaine.

Nous avons été créés, vous avez été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

C’est toute notre dignité, et cette dignité n’est pas simplement liée à notre âme, mais aussi à notre corps.

“Détruisez ce temple, disait Jésus à ceux qui le menaçaient, et en trois jours  je le relèverai.” Il parlait du sanctuaire de son corps.

Notre corps, votre corps,  est le sanctuaire de Dieu.

Père Ollier.

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