Jeudi Saint

Jeudi Saint

Ce soir, ce n’est pas le temps des longues homélies. C’est plus un moment de prière personnelle, communautaire et de remerciement pour le don de l’Eucharistie et du commandement nouveau que Jésus nous donne. Je ne dis pas cela simplement pour justifier la brièveté de mon homélie. Mais, surtout parce que c’est mon désir et, je crois, aussi le vôtre, de prendre ce temps pour écouter avec attention et goûter le récit de la dernière cène juive et du dernier repas de Jésus, pour nous unir avec le cœur et l’esprit au lavement des pieds que nous vivrons après l’Évangile, pour contempler le mystère du pain et du vin qui deviennent pour nous le corps et le sang du Christ ; pour nous arrêter devant le Saint Sacrement et nous laisser regarder par Jésus Eucharistie jusqu’au plus profond de notre cœur, Le laisser pénétrer par son regard nos pensées, nos cœurs, nos affections, nos peines, nos projets pour l’avenir, lui permettre de mettre sa lumière sur notre vie, guérir les blessures et les souffrances quotidiennes, de nous rendre fermes dans nos résolutions. Dans la magnifique abbatiale d’Ebersmunster, en Alsace, il y a une petite table en bois avec la prière composée par un moine, il y a quelques siècles, qui nous aide à prier avec le cœur devant Jésus Eucharistie. Il dit ainsi :

Merci Seigneur
pour Ta tendresse,
merci pour Ta présence divine
qui réchauffe mon cœur
et habite ma solitude.
Je me laisse regarder par Toi,
je me laisse pénétrer par Toi,
je me laisse guérir par Toi.

À la fin de la Messe, nous porterons le Saint Sacrement à l’autel du reposoir. Une belle hymne à Jésus Eucharistie, composée par Saint Thomas d’Aquin, il y a huit cents ans, compare Jésus Eucharistie au « pieux pélican ». Le fait que les pélicans adultes courbent leur bec vers leur poitrine pour donner à manger à leurs petits a conduit à la croyance erronée qu’ils se déchirent la poitrine pour nourrir leurs poussins avec leur propre sang. Le pélican est donc devenu le symbole de l’abnégation avec laquelle on aime ses enfants. Pour cette raison, l’iconographie chrétienne en a fait l’allégorie du sacrifice du Christ, cloué sur la Croix, le cœur transpercé d’où surgissent le sang et l’eau, source de vie pour les hommes. Après l’Évangile, nous répéterons nous aussi, comme Jésus l’a fait lors de la dernière Cène, le lavement des pieds, qui nous propose le nouveau commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Madeleine Delbrel, assistante sociale, mystique et poète d’Ivry sur Seine, a écrit :

Seigneur, si je devais choisir une relique de ta Passion,
je prendrais sûrement cette cuvette pleine d’eau sale.
Courir le monde avec ce récipient,
et à chaque pied me ceindre de la serviette
et me courber jusqu’à terre,
sans jamais lever le regard plus haut que le mollet,
pour ne pas distinguer les ennemis des amis,
et laver les pieds du vagabond, de l’athée, du drogué,
du prisonnier, de l’homicide, de celui qui ne me salue plus,
de ce compagnon pour qui je ne prie plus,
en silence,
afin que tous comprennent ton amour dans le mien.

Il y a mille manières pour faire en sorte que tous comprennent ton amour dans le mien. Saluer celui qui nous a offensé, donner à celui qui nous a trahi la possibilité de se racheter, éliminer toute violence verbale et physique dans les relations familiales et en société, mettre de côté nos propres projets pour faire du bien à une personne handicapée, ou à quelqu’un cloué au lit par la maladie et la vieillesse ; mettre nos capacités au service de la vie sociale et publique ; faire de l’espace à celui qui vit et travaille avec nous… Ce sont là des manières d’aimer qui demandent parfois plus que de verser son sang. Alors que nous célébrons dans le silence et l’adoration le mystère de l’Eucharistie, laissons le Seigneur semer dans nos cœurs cet amour fait de réciprocité et de gratuité.

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