La perfection du jugement

Qu’il est difficile de juger et plus difficile encore de bien juger.

Nous avons dans la page de l’Évangile que nous venons d’entendre une sorte de perfection du jugement. Jugement que je distribue en trois qualificatifs :  long, loyal, longanime.

 

Long parce qu’il faut être long pour juger. Pour bien juger il faut prendre son temps.

Nous voyons naître aujourd’hui des tribunaux populaires excessifs dans leur rapidité. On en parle un jour, on condamne et le lendemain, on n’en entend plus parler. Mais les dégâts sont là et quelquefois ils consument une vie entière, en un jour. De ce point de vue-là, il faut le dire simplement : si les réseaux sociaux ont des avantages considérables, ils portent avec eux aussi des faiblesses non moins considérables. Et il nous revient à nous, en tant que citoyens de nous tourner vers ceux qui ont la responsabilité législative pour contrôler ces actes de sauvagerie et en particulier l’anonymat dans les réseaux sociaux.

Regardez Jésus. Avant de juger, il prend son temps. Il se tait d’abord et je crois qu’un bon jugement naît d’un long silence, d’une longue procédure. Longue procédure qui consiste à rassembler les fils de la trame d’une action  ou d’une existence. C’est ce que les philosophes anciens, en particulier Aristote dans son Éthique à Nicomaque appellent la phronesis. C’est l’art de juger des actes dans tout ce qu’ils comportent, dans toute sa complexité. Son histoire, l’ intention qui a présidé à sa réalisation, ses circonstances et ce qu’il porte avec lui de satisfaction. Car tous les criminels ou tous ceux qui commettent des actes délictueux ne sont pas nécessairement fiers de ce qu’ils ont fait.

 

Être long, avant de juger

Et puis, cette longueur nous permet de faire quelque chose qui est indispensable avant le jugement, c’est de passer par nous. Avant d’aller vers la condamnation ou la sentence, le jugement doit passer par nous. C’est à quoi nous invite Jésus.

Que celui qui n’a jamais péché, lui jette la première pierre

On dit parfois que les chrétiens sont hypocrites, qu’ils énoncent une morale mais  ne la pratiquent pas.

Je pense que c’est un reproche que l’on doit entendre et faire nôtre.  Et que nous devons être attentifs à la manière dont nous jugeons en fonction de notre propre moralité.

 

Deuxième qualificatif: un jugement  loyal

Loyal, parce que la loi doit être appliquée. Jésus respecte cette loi :  “va, ne pèche plus” Il reconnaît donc en cette femme – je laisse de côté le fait qu’elle soit seule à être jugée, parce qu’un adultère ça se fait à deux en général et on se demande un peu où est le complice, peut-être affaire de culture peu importe – Jésus reconnait la faute. Jésus apparaît ici comme le législateur. Beaucoup de commentateurs se sont interrogés sur cette étrange scène où Jésus se penche et écrit avec son doigt sur la terre.

Saint Augustin, commentant ce passage, dans ses Traités sur l’Évangile selon saint Jean écrit qu’en écrivant sur la terre il apparaît comme le Législateur : “La loi a été écrite par le doigt de Dieu ; mais elle a été écrite sur la pierre à cause (de votre dureté). Mais, pour le moment, le Seigneur écrivait sur la terre, parce qu’il cherchait à recueillir du fruit » (saint Augustin, Tractatus XXXIII sur l’Évangile de Jean). Il faut que la loi soit respectée : «tu ne commettras pas d’adultère ». Jésus se montre ici loyal envers la Loi de Dieu qu’il a écrite comme Fils de Dieu sur le Sinaï.

 

Loyal, mais longanime

Saint Augustin, poursuivant son commentaire, dit : “Dominus damnavit peccatum, sed non hominem” Dieu a condamné le péché, mais non le pécheur.

Il me semble que dans nos jugements, nous devrions aussi porter de possibles rédemptions. Nous ne devrions pas enfermer quelqu’un dans son acte criminel ou dans l’acte par lequel il a pu nous offenser. Nous sommes toujours plus grands que notre péché, c’est une vérité catholique. Nous sommes toujours plus grands que notre péché et Dieu trouve en nous les ressources pour nous faire sortir d’un acte qui n’est pas conforme à Sa loi.

Frères et sœurs, efforçons nous de grandir dans cet art difficile mais tellement important de bien juger. En prenant notre temps, en étant loyal, car la loi est importante et elle forme des frontières qui nous permettent de vivre en société.  Ne pas voler, ne pas tuer, respecter son père et sa mère, etc… Et puis enfin être par rapport au fautif, longanime et lui ouvrir un passage, une délivrance, lui offrir une Pâques.

 

Amen.

 

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